Face à des délais de rendez-vous qui explosent, des médecins retraités s’apprêtent à ouvrir un centre de santé dans le centre-ville de Toulouse, d’ici début 2027. Partie d’une volonté locale, le projet rejoint le réseau national des Centres de spécialités médicales Odon Vallet (CSMOV), qui lutte contre les déserts médicaux. La structure a pour objectif de réunir jusqu’à 35 spécialistes et de proposer des consultations sans dépassement d’honoraires. Le professeur Henri Boccalon, à l’initiative, a partagé à La Dépêche ses ambitions et lance un appel aux retraités intéressés pour y participer.
La Dépêche. C’est le contexte de crise de la démographie médicale qui vous a poussé à agir ?
Pr Henri Boccalon. Face à la démographie médicale déficiente et aux délais de rendez-vous qui ont triplé en sept ou huit ans, je me suis inquiété de la situation. L’évolution a été extrêmement rapide. On parle beaucoup des généralistes lorsqu’on évoque les pénuries, mais au niveau des spécialistes, c’est la même chose. La dermatologie, la cardiologie, la gériatrie sont en première ligne.

Toulouse n’est pourtant pas une zone rurale isolée. Comment expliquer que ça touche aussi les grandes villes ?
Dans notre région, le nombre brut de médecins n’a peut-être pas diminué dans toutes les disciplines. En revanche, la population a fortement augmenté. Il y a donc un vrai déficit par rapport à ce qui serait nécessaire pour couvrir les besoins. Certains quartiers toulousains, pourtant pratiquement en centre-ville, sont en situation d’alarme. Des médecins annoncent leur départ et ne trouvent aucun remplaçant. Le paradoxe est qu’on tire la sonnette d’alarme pour la ruralité en supposant que des villes comme Toulouse sont bien dotées, mais c’est faux.
Faire retravailler les médecins retraités, est-ce la solution miracle pour sauver le système ?
Retrouver le nombre de médecins nécessaires va prendre énormément de temps. Malgré les mesures prises au niveau des études, il y a un changement de modèle sociétal qui s’opère. On va chercher les tout jeunes qui sortent de la faculté en leur faisant effectuer des stages d’internat dans les zones sous-dotées, en espérant qu’ils s’y installeront. Nous, nous apportons une solution à l’autre bout de la chaîne. Ce n’est pas une solution unique, mais c’est une alternative.
Comment avez-vous réussi à motiver des confrères ?
Nous étions quelques-uns à nous réunir et à réfléchir au sujet. Notre but n’était pas de savoir si nous allions recommencer à travailler de manière classique, mais plutôt de nous demander : que faisons-nous de notre retraite ? Certains disaient que c’était dommage de ne pas avoir la possibilité de continuer à exercer. Lorsqu’on prend notre retraite, il n’existe aucun système qui permette de se réintégrer facilement dans une filière de travail, sans avoir trop de gestion à assumer. Mais on a pu être intégré au réseau national des Centres de spécialités médicales Odon Vallet. Grâce à lui, toute la gestion comptable, les salaires, le juridique, est pris en charge. C’est un soulagement immense et une vraie garantie de sérénité pour nous.
Vous visez 35 médecins. Toutes les disciplines seront-elles représentées ?
Pour l’heure, nous sommes 25 praticiens avec une douzaine de spécialités : gastro-entérologie, neurologie, urologie, gériatrie, cardiologie, psychiatrie, pédiatrie, cancérologie, diabétologie, dermatologie, gynécologie, médecine vasculaire, ainsi que la médecine physique et de réadaptation (MPR). Notre souhait est d’intégrer également des médecins généralistes, leur présence est indispensable. Nous leur lançons un réel appel. 65 000 Toulousains n’ont pas de médecin traitant aujourd’hui. Pour accéder à un spécialiste dans le cadre du parcours de soins, il faut être adressé par son généraliste.
Est-ce raisonnable pour des personnes à la retraite de retourner travailler ?
C’est leur désir, personne ne leur force la main. L’axe de motivation, c’est de rendre service tout en ayant le plaisir de travailler. Ce projet s’adresse à des retraités, avant 75 ans, qui veulent aussi conserver du temps libre et leurs loisirs, puisqu’ils pourront choisir entièrement leur emploi du temps, entre un et deux jours par semaine.
Quelle sera l’organisation concrète du futur local ?
Nous visons 250 m², pour aménager environ six locaux de consultation, adaptés en fonction des spécialités. Le centre sera situé en centre-ville afin d’être accessible au plus grand nombre par les transports en commun. Cette accessibilité passe aussi par la tarification en secteur 1, sans dépassement d’honoraires. Pour les usagers, la prise de rendez-vous fonctionnera de manière classique, via des plateformes en ligne comme Doctolib. On espère son ouverture pour début 2027.
N’avez-vous pas peur d’être pris d’assaut dès l’ouverture à Toulouse ?
Si cela marche bien, ce sera une excellente chose. Si le succès nous dépasse, il sera encore plus facile d’obtenir les moyens, de trouver des locaux plus grands et des aides pour développer l’activité.













