Bière, vin, sirop : les pièges à frelons asiatiques ne sont pas une bonne solution

Le frelon asiatique est apparu en France au début des années 2000.

Le frelon asiatique est apparu en France au début des années 2000. (©Adobe Stock)

Le frelon asiatique, ou Vespa velutina, n’a désormais d’Asiatique que le nom tant il est bien installé et acclimaté en France et en Europe. L’Orne n’est évidemment pas épargnée par cet envahisseur. « Nous avons de plus en plus de demandes sur ce sujet, il y a vraiment eu un pic l’année dernière », constate l’Association des maires de l’Orne.

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En ce moment c’est une période de répit, car les spécimens meurent en hiver. Tous ? Non, seules les reines survivent en se cachant dans des arbres creux, sous des tas de feuilles, dans des trous de murs, attendant le mois de février pour sortir et refonder des colonies.

C’est donc justement maintenant que l’Association des maires de l’Orne, entre autres, recommande aux élus de s’attaquer au problème. « Nous pouvons agir en disposant dans nos jardins et sur nos balcons des pièges pour attraper ces futures fondatrices de nids. Une reine = 2 000 à 3 000 individus », souligne ainsi l’association dans un communiqué.

Pour cela, elle préconise de :

« récupérer des bouteilles plastiques d’eau minérale, de percer trois trous et de verser à l’intérieur 10 cm d’un mélange composé d’1/3 de bière brune, 1/3 de vin blanc (pour repousser les abeilles), 1/3 de sirop de cassis. Il faut laisser ces pièges en place de la fin février à la fin avril, mais vous pouvez prolonger l’opération jusqu’à l’arrivée du froid ».

Ce cocktail semble plébiscité par de nombreux articles sur internet, tant il est facile d’utilisation et serait efficace. Ainsi, un Landais cité anonymement par un quotidien régional en 2015 se vantait d’avoir « éliminé 72 frelons avec un seul piège » à Dax (Nouvelle Aquitaine) l’année précédente. Un « exploit » repris chaque année dans les communiqués.

Le fameux piège accessible à tous.

Le fameux piège accessible à tous. (©DR)

Inefficace, non sélectif, contre-productif

Pour autant, ce piège ne serait pas une bonne solution. Déjà, parce que son efficacité n’est pas prouvée. Selon un rapport sur les « intérêts et dangers » du piégeage, datant de 2013, émanant Muséum national d’Histoire naturelle et de la Direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt des pays de la Loire, « après 4 années d’expérience, le piégeage de printemps montre ses limites comme moyen de lutte ».

En Vendée, en 2009, aucune reine fondatrice n’a été piégée pour 12 nids découverts, en 2010 « 6 fondatrices sont piégées pour 195 nids recensés », et l’année d’après :

« les 400 pièges n’ont permis de collecter qu’une dizaine de reines fondatrices pour 485 nids identifiés ».

C’est maigre, surtout quand on compare aux 1 089 insectes divers capturés en moyenne par piège chaque semaine. Si le « piège sucré » n’attire effectivement pas les abeilles, il n’y a pas que les abeilles dans l’écosystème. Le rapport poursuit : 

« Les publications scientifiques montrent l’insuffisance de la sélectivité de pièges avec les appâts actuels. […] Les pièges capturent de nombreux autres insectes faisant parfois partie d’espèces rares ou protégées ».

Quant aux méthodes qui utilisent des appâts empoisonnés, elles « ont un impact sur le reste de l’environnement et risquent donc de desservir nos espèces locales » en faveur du frelon asiatique, comme l’écrit le Muséum national d’Histoire naturelle (Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) qui suit l’expansion de l’envahisseur depuis 2007.

Dernier argument, le côté contre-productif du piégeage de masse. L’INPN souligne :

« une lutte irraisonnée contre une espèce envahissante peut conduire à favoriser son installation. Cette espèce produit de très nombreuses femelles fondatrices (plus de 500 pour un gros nid), et le printemps est la période où la mortalité des fondatrices de frelons comme de guêpes est la plus élevée, en grande partie du fait de la compétition intervenant entre individus d’une même espèce. Détruire certaines fondatrices à cette période ne ferait que laisser la place à d’autres ».

L’INPN conseille donc « d’éviter le piégeage des femelles fondatrices de frelon asiatique en dehors d’un cadre expérimental » et de ne poser des pièges à sélection physique qu’en cas d’attaque sur un rucher, et ce, à partir du mois de juin.

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Que faire, alors ?

Pour autant, il est possible d’agir pour protéger les abeilles, car c’est bien là le principal problème causé par les frelons asiatiques. Le Muséum national d’Histoire naturelle recommande d’installer des grilles autour des ruches, avec des mailles assez grosses pour laisser passer les abeilles, mais trop petites pour les frelons. Une alternative déjà utilisée par des apiculteurs, qui permet de diminuer le stress des butineuses.

Quant à l’élimination des frelons asiatiques, il est évidemment conseillé de se tenir à distance et d’appeler votre mairie lorsqu’un nid est découvert. Elle vous dirigera alors vers une entreprise spécialisée.

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La destruction en discussion dans l’Orne

Pour la prise en charge financière de la destruction d’un nid de frelons asiatique, chaque département a une politique différente. Dans l’Orne, rien n’est encore prévu par le Conseil départemental. L’Association des maires de l’Orne y travaille, des discussions sont en cours pour qu’une convention tripartite soit mise en place entre le Département, la collectivité et le demandeur. La décision devrait être annoncée dans les prochains mois.

Si malgré tout vous décidez d’installer le piège sucré décrit précédemment, ne l’accrochez pas avec une simple ficelle. Un conseiller municipal de Longny-les-Villages a ainsi eu la surprise de voir une centaine de Vespa velutina tenter de ronger la corde pour libérer leurs congénères prisonniers.

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