Crash d'Ethiopian Airlines : l'analyse des boîtes noires va débuter en France

Un employé du Bureau d'enquêtes et d'analyses français (BEA) récupère les donnés de paramètres de vol d'une boîte noire, dans le laboratoire du BEA au Bourget, près de Paris, le 7 septembre 2018.

Un employé du Bureau d’enquêtes et d’analyses français (BEA) récupère les donnés de paramètres de vol d’une boîte noire, dans le laboratoire du BEA au Bourget, près de Paris, le 7 septembre 2018. (©AFP/Archives/ALAIN JOCARD)

L’analyse des boîtes noires du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines débute vendredi 15 mars 2019 en France pour tenter de dévoiler le scénario de l’accident dans lequel 157 personnes sont mortes dimanche 10 mars.

C’est le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA), près de Paris, qui sera chargé de la lecture des cartes mémoires des enregistreurs de vols, a annoncé cette agence française réputée pour son expertise dans les enquêtes délicates sur des accidents d’avion.

Le BEA, où sont arrivées jeudi les boîtes noires, a été choisi par les autorités éthiopiennes qui dirigent l’enquête sur l’accident.

Boeing suspend les livraisons de ses avions

Boeing avait plus tôt annoncé la suspension des livraisons des avions actuellement en production « jusqu’à ce que nous trouvions une solution ». Selon un porte-parole, l’avionneur américain poursuivra en revanche leur production.

Boeing n’était pas encore en mesure de dire où ces avions fraîchement sortis des chaînes d’assemblage allaient être stockés.

Et le porte-parole a écarté l’éventualité de réduire le rythme de production ou de fermer provisoirement des usines. Boeing produit actuellement 52 MAX par mois et il prévoyait avant cette crise d’augmenter la cadence de production à 57 exemplaires, éventuellement en juin.

L’agence américaine de l’aviation (FAA) avait ordonné mercredi de clouer au sol « provisoirement » les Boeing 737 MAX 8 et 9 aux Etats-Unis dans le sillage de décisions similaires des autorités de sécurité aérienne dans le monde entier.

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Des experts au travail sur le lieu du crash près d'Addis Abeba, le 13 mars 2019.

Des experts au travail sur le lieu du crash près d’Addis Abeba, le 13 mars 2019. (©AFP/TONY KARUMBA)

Panique du pilote

Washington a justifié ce choix par la collecte de « nouvelles données » satellitaires fournies par le Canada, montrant des similarités entre la tragédie d’Ethiopian Airlines et celle de Lion Air, en octobre, dans la trajectoire des avions qui se sont tous deux écrasés quelques minutes après le décollage.

L’interdiction de vol « sera maintenue le temps de plus amples investigations, incluant l’examen des informations contenues » dans les boîtes noires, a indiqué la FAA.

L’accident en Ethiopie est survenu moins de cinq mois après celui de la compagnie indonésienne Lion Air, en mer de Java, qui a tué 189 personnes.

La première boîte noire contient les paramètres de vol, la seconde les conversations et alarmes du cockpit qui ont été enregistrées jusqu’à l’accident.

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Le New York Times a indiqué jeudi soir que le pilote aux commandes du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines avait rencontré une situation d’urgence immédiatement après le décollage, demandant d’une « voix paniquée » un retour.

« Break, break, demande retour à la maison », dit le commandant aux contrôleurs aériens alors qu’il tente d’éviter deux autres vols approchant l’aéroport, selon le quotidien américain qui s’appuie sur les déclarations d’une personne ayant eu accès aux échanges entre l’équipage et les contrôleurs.

L’expression « break, break » est utilisée pour donner priorité à un message, signifiant que l’équipage est confronté à une situation d’urgence que les pilotes n’arrivent pas à gérer.

La compagnie avait dit dès dimanche que l’équipage avait demandé un retour à Addis Abeba mais c’est la première fois que le contenu des messages du commandant avec le contrôle aérien est dévoilé.

L’Ethiopie s’est tournée vers la France car elle ne dispose pas de l’équipement nécessaire pour les examiner. Ces boîtes, équipant le MAX, sont comme l’avion qu’elles équipent de nouvelle génération et demandent donc une grande expertise.

L’organisme américain chargé de la sécurité dans les transports (NTSB) a de son côté dépêché trois enquêteurs en France pour participer aux travaux, une procédure habituelle puisqu’il s’agit d’un constructeur américain.

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Rassurer les passagers

Pour l’heure, rien n’a filtré sur la possibilité d’exploiter pleinement ou non ces enregistreurs de vol alors que le responsable des autorités américaines Dan Elwell a révélé mercredi qu’ils avaient été « endommagés » lors de leur impact avec le sol.

Mais les boîtes noires étant conçues pour résister à des chocs extrêmes, « cela ne présage en rien de l’intégrité des données qu’elles contiennent », a souligné un ancien responsable du BEA.

Et si les données étaient partiellement effacées, le BEA pourrait se tourner vers le fabricant de ces enregistreurs pour les reconstituer en tout ou partie.

Des proches des victimes en pleurs sur le site du crash du Boeing 737 MAX d'Ethiopian Airlines, à Hama Quntushele en Ethiopie le 13 mars 2019.

Des proches des victimes en pleurs sur le site du crash du Boeing 737 MAX d’Ethiopian Airlines, à Hama Quntushele en Ethiopie le 13 mars 2019. (©AFP/TONY KARUMBA)

Malgré la décision de clouer au sol la flotte d’avions flambant neufs, le PDG de Boeing Dennis Muilenburg avait renouvelé mercredi sa « confiance totale en la sécurité du 737 MAX », affirmant que la décision, à l’initiative du constructeur, avait pour finalité de rassurer le grand public.

L’interdiction de vol ne devrait pas perturber sérieusement le trafic aérien mondial avec quelque 370 appareils de cette famille sur environ 19 000 avions d’au moins 100 passagers en service au niveau international, tous modèles confondus, selon des données d’Airbus.

Néanmoins, les compagnies sont confrontées à un casse-tête logistique pour réorganiser leur programme de vols avec d’autres appareils.

L’enquête sur l’accident de Lion Air a pour le moment mis en cause un dysfonctionnement sur le système de stabilisation en vol destiné à éviter un décrochage de l’avion, le « MCAS » (Maneuvering Characteristics Augmentation System).

Plusieurs pilotes américains avaient eux-mêmes rapporté fin 2018, sur une base de données anonyme de la NASA, avoir été confrontés à un dysfonctionnement de ce dispositif.

Source : © 2019 AFP

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