Paris. Le gilet jaune de Melun, Eric Drouet, comparaît en correctionnelle : notre compte rendu d'audience

Le gilet jaune Eric Drouet au tribunal correctionnel de Paris avec, à droite, son avocat Me Khéops Lara ©J-F C.

Le gilet jaune Eric Drouet au tribunal de Paris avec, à droite, son avocat Me Khéops Lara ©J-F C.

C’est au milieu d’une forêt de micros et de caméras que le Melunais Eric Drouet, figure historique des gilets jaunes, accompagné de son avocat Khéops Lara, du barreau de Melun, et de quelques sympathisants dont son ami Jérôme Rodrigues, est apparu à l’audience matinale du vendredi 15 février, au nouveau palais de justice de Paris.

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Il devait y répondre de la mise en examen pour participation à des manifestations sur la voie publique sans autorisation. Une accusation portant sur deux dates successives de l’histoire tourmentée des gilets jaunes : le samedi 22 décembre, au soir de l’acte 6 des manifestations, et le mercredi 2 janvier suivant.

Réseaux sociaux

En décembre, alors que la manifestation s’était déroulée sans heurts dans le quartier de Montmartre, Eric Drouet, poursuivi pour non déclaration de manifestation, ne s’en estimait nullement l’instigateur. Même chose en janvier, où cette fois Eric Drouet avait relayé sur Facebook le projet d’une simple cérémonie en hommage aux morts et aux blessés du mouvement, avec dépôt de bougies au bas des Champs-Elysées. Un tout petit groupe avait alors répondu à l’invitation.

Devant une salle archi-comble, où l’on apercevait Jérôme Rodrigues, qui a perdu un œil, l’avocat de la défense ouvrait énergiquement les débats en situant immédiatement son propos sur le terrain politique. Contestant la validité juridique de la procédure menée contre son client, il interpellait ouvertement les juges sur une procédure qu’il estime inique : « Où est le droit ? Où est la liberté de circulation ? Dans un pays comme la France, vous ne vous pouvez pas laisser passer ça ! ».

S’ensuivait, par la présidente de la chambre, le long récapitulatif des événements depuis l’arrestation d’Eric Drouet, jusqu’aux relevés des pages Facebook et des différents réseaux sociaux, très utilisés dans la communication entre les gilets jaunes avant chaque manifestation.

La vidéo qui sème le malaise

Il fallait attendre le milieu de la matinée pour assister au tournant de l’audience : la projection sur grand écran d’une vidéo d’une vingtaine de minutes, filmée au téléphone portable et qui allait constituer sans doute l’événement du procès.

Et que voyait-on sur cette vidéo ? Un compte rendu détaillé, image par image, de deux séquences successives de la soirée du 2 janvier où l’on assistait à l’arrestation d’un groupe d’une vingtaine de personnes paisibles sur le bord d’un trottoir parisien.

Des hommes et des femmes de tous âges, sans gilets jaunes, se déplaçant sans signe ostensible d’agitation ni de manifestation ; rien en tout cas qui puisse en apparence menacer l’ordre public, la sécurité du quartier ou même la République.

Une longue confrontation statique et paisible s’ensuivait avec le cordon de CRS dépêchés sur place, avant que ceux-ci, sur ordre, ne se saisissent du prétendu leader et seulement du leader. Preuve sans doute que l’intention était de le neutraliser en personne, et non de mettre un terme à une manifestation à haut risque pour la sécurité publique…

Un argument que devait reprendre Me Khéops Lara dans sa plaidoirie. C’est d’ailleurs ces images d’arrestation diffusées largement par les télés qui sont restées dans toutes les mémoires.

Réquisitions

Après cette projection qui semait un certain malaise dans la salle et dans le cortège de journalistes, le procureur en accusateur public droit dans sa toge, n’avait d’autre issue que de revenir au droit, rien qu’au droit et seulement au droit. Celui de l’accusation portant sur « la manifestation non autorisée ».

S’exprimant à son tour à la barre avec aisance, Eric Drouet n’avait aucun mal à répondre point par point à son accusateur, diluant sa propre responsabilité dans l’écoulement sans fin des paroles fluides et truffées de smileys transcrites sur les réseaux sociaux. Il rappelait aussi la méthode des gilets jaunes, « ce mouvement sans chef ». Non sans ironie, le routier soulignait que « les manifestations non déclarées de son mouvement étaient celles qui se déroulaient le plus pacifiquement car elles n’attiraient aucun casseur. »

Le procureur a réclamé un mois de prison avec sursis et 500€ d’amende contre Eric Drouet. Le jugement sera prononcé le 29 mars. Me Khéops Lara a quant à lui réclamé la relaxe : « L’affaire est vide ! Le dossier s’écroule… Ne reste que l’instrumentalisation politique ».

Jean-François CALTOT

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