Antoine Fantuz : In Bikini dura rock

Par Bertrand Lamargelle

 

Antoine Fantuz est l’un des jeunes programmateurs du Bikini. Le Bikini on l’aime, c’est notre patrimoine musical, qui a franchi l’épreuve du temps depuis plus de trente ans (le Pied, lui, a disparu, comme d’autres beaux endroits que nous adorions : le Boulevard du Rock, le Broadway, le Petit Diable, l’Autan, la Dynamo qui arrête les concerts…). On a passé une petite heure en sa compagnie pour mieux comprendre la vie de cette salle mythique, certaines évolutions qui nous agacent parfois, en quoi consiste son métier, bref passer un peu derrière le miroir…

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Quel est ton parcours ?

 

J’ai fait un IUP Métiers et Arts du Spectacle à Nîmes. Je suis toulousain mais on ne dispensait pas cet enseignement à Toulouse il y a dix ans. J’ai fait mes premiers stages à Bleu Citron et au Bikini avant qu’il réouvre. J’ai été embauché avec l’équipe que remontaient les frères Sansonetto. J’ai débuté à la communication puis enchaîner aussi ensuite avec la programmation. Je fais encore les deux, avec Fabrice Sansonetto qui est le programmateur principal. Je m’occupe surtout des Curiosités du Bikini, durant toute l’année mais aussi pour le festival du mois de juin qui clôture la saison en beauté.

 

Quelle est ta sensibilité musicale personnelle ?

 

Aujourd’hui j’aime beaucoup la scène garage des Thee Oh Sees, Ty Segall, Parquets Courts, White Fence… Quand j’étais ado, j’ai grandi avec du rap, du rock festif (La Ruda Salska, Kargols) ou dub (Peuple De L’Herbe), et de la house.

 

On voit beaucoup moins de groupes à guitare aujourd’hui au Bikini. C’est lié à l’époque ou est-ce un choix de votre part ?

 

C’est vrai que l’on doit suivre les goûts du public. On a pas un seul public au Bikini mais quinze ou vingt. Il n’y a pas de calcul particulier, on essaie d’attirer tous ces publics. Concernant le rock, ce n’est plus trop à la mode en ce moment. Les derniers groupes rock à avoir cartonné remontent déjà à six ans, avec des trucs comme les Foals. Les groupes rock déjà connus tournent moins et les cachets ont explosé. Parfois tu perds de l’argent, comme récemment avec Suede ou The Coral. Et certains ont grossi et ne passent plus chez nous. On a encore les Pixies ou les Hives, mais les Artic Monkeys, par exemple, jouent désormais au Zénith. Le public rock a vieilli, les jeunes écoutent plutôt de l’électro ou du hip-hop. Mais tout ça ce sont des cycles, le rock reviendra, comme il était revenu il y a quinze ans avec la vague américaine type Strokes. Contrairement à ce que pensent certains, nos concerts les plus commerciaux nous permettent de gagner de l’argent pour financer les pertes de groupes rock qui remplissent beaucoup moins. On n’oublie vraiment pas notre ADN rock !

 

Vous travaillez essentiellement avec des tourneurs ? Des associations aussi ?

 

On travaille avec une quinzaine de tourneurs. Certains sont très spécialisés comme Buzz à Bordeaux qui fait quasiment tous les groupes de garage américain. Là on a fait pour la deuxième fois le Bikini Fest avec du garage (Thee Oh Sees, Magnetix, Cathédrale, Angry Dead Pirates) : il y avait un concert au bord de la piscine en début de soirée, avant de passer sur la grande scène, des stands de disquaires, de la bouffe, c’est toujours un évènement sympa. L’an passé, on avait eu Ty Segall. On a fait 500 personnnes, c’est pas mal. Il y a aussi de super associations à Toulouse qui nous aident à monter quasiment 20% de nos concerts : Reg@rts pour l’électro, La Chatte A La Voisine pour la pop indé, SPM le métal, Kalakuta la world music, Antistatic, et bien d’autres … Ça nous apporte beaucoup.

Quelles sont les relations entre le Bikini et les autres salles ?

 

Écoute, ce n’est pas le cas partout en France mais à Toulouse, on s’entend tous bien. C’est agréable et ça facilite les choses. De toute façon, on ne se concurrence pas de par nos tailles, on se complète. Tout le monde est gagnant car il faut qu’il y ait une scène, de la vie rock à Toulouse. Et, selon l’audience d’un groupe, il trouve naturellement sa place dans la géographie scénique locale. Tu as des groupes qui, à mesure qu’ils grandissent, vont jouer dans plusieurs salles de la ville au fil de leur parcours.

 

Quelle est la jauge actuelle du Bikini ? Combien de concerts tous les mois ?

 

On peut aller jusqu’à 1500, et les concerts s’équilibrent à partir de 400-500 personnes. En deçà, c’est problématique financièrement. Car les places ne dépassent jamais 40 euros, c’est notre politique. On a entre dix et vingt concerts chaque mois.

 

Oui vous êtes une salle privée, vous ne pouvez pas faire n’importe quoi. Combien de personnes travaillent sur un concert en moyenne ?

 

Cela varie de 10 à 20 : backliners, sécurité, barmen, technicien son, technicien lumière…

 

Pourquoi avoir arrêté le Festival des Inrocks ?

 

Ces dernières années, on avait trop de mal à remplir la salle. On adorait le faire mais on a du y renoncer.

 

Peux-tu nous parler des Curiosités du Bikini ?

 

C’est un projet qu’on a créé en 2009, en partenariat avec Bleu Citron et soutenu par le Crédit Agricole. La finalité est de programmer des groupes peu connus et de leur permettre de jouer devant une salle complète plutôt que devant cent personnes. Avec un prix d’entrée à 5 euros, gratuit pour les adhérents du Bikini. Ça a très bien marché dès le départ, et on a 1000 personnes en moyenne. On fait un plateau avec un groupe moteur (qui commence à faire le buzz et qui peut attirer le public au profit des trois autres), deux groupes moins connus et un groupe local (on y tient, on en met un à chaque fois). Avec Samuel Capus de Bleu Citron, on fait un travail de repérage pour dénicher les groupes.

C’est le Crédit Agricole qui mécène l’évènement ?

 

Oui vraiment car, à 5 euros la place, on ne pourrait pas amortir, même avec la salle complète (il faut payer les groupes, l’accueil et notre personnel).

 

Et le point d’orgue des Curiosités est le festival de juin ?

 

Oui, on finit sur les Curiosités en juin. Et, comme tu as pu le voir cette année, l’édition était totalement axée sur les découvertes.

 

Oui, plus aucun mammouth ou grosse cylindrée. Pourquoi ? Certains bruits ont couru que vous aviez mangé un gros déficit avec Placebo ? Pourquoi avoir arrêté l’ancienne formule qui était très chouette ? Ça va pas du coup manquer d’attractivité et intéresser surtout les jeunes puisque cette nouvelle édition était très axée hip-hop et électro ?

 

C’était très chouette c’est vrai, le site du Canal est superbe. Mais on avait du mal à équilibrer à chaque édition, Placebo en est un exemple oui. Mais il y a d’autres raisons, comme d’oublier la finalité première contenue dans le nom : les Curiosités, la découverte. On a donc fait évoluer le concept : quasiment que des groupes découvertes, recentrer le cadre autour du Bikini avec plusieurs scènes (parking, piscine, derrière le Bikini, à l’intérieur avec la grande scène), un prix très attractif (10 euros), des concerts non stop de 18h à 6h du matin. Ça a très bien marché, on a eu 2000 personnes tous les soirs. Le public était en effet jeune, peu de festivaliers au-dessus de 40 ans. C’était plus électronique mais le samedi, on a eu quatre groupes à guitares comme Grand Blanc.

 

Quels sont les concerts de l’année écoulée qui t’ont mis une claque ?

 

La Colonie De Vacances, Thee Oh Sees, Moderat.

 

Le Bikini

Hervé Sansonetto (Greg Lamazères)

 

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