Frederick Wiseman


du 3 au 31 mai 2017 – Cinémathèque de Toulouse

Depuis bientôt cinquante ans, Frederick Wiseman, fin moraliste et explorateur inlassable de la nature humaine, s’attache à montrer comment les hommes vivent ensemble.

 

Chez lui, les institutions, dans leur fonctionnement le plus ordinaire, sont le cadre idéal, au sens géographique et cinématographique, pour observer comment s’organise l’ordre et se formalise la violence dans la société américaine.

 

Wiseman, après avoir produit The Cool World de Shirley Clarke en 1963, entre véritablement en cinéma de façon autodidacte à la fin des années 1960, avec Titicut Follies (sur la prison psychiatrique de Bridgewater), son premier film et le manifeste de ce que sera sa grammaire cinématographique.

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Depuis maintenant 50 ans et plus de 40 films, la première spécificité du cinéma de Wiseman est d’observer l’activité humaine dans sa dimension collective, à travers des institutions ou des lieux de vie. Un lycée, un hôpital, un tribunal, un grand magasin, un musée, un opéra, une caserne, une salle de boxe, un quartier, un parc… Wiseman filme le fonctionnement d’un lieu et saisit le complexe chaos de l’existence.

 

Sa méthode : une équipe réduite à trois, dont lui qui prend le son. Investir le lieu sans véritable repérage préalable, sans point de vue préconçu, et tourner. Pas d’interviews, pas de commentaires, pas de musique additionnelle. Des images et des sons. Wiseman filme beaucoup. Tourner pour trouver. Ses tournages durent plusieurs semaines. Il accumule les heures de rushes, des séquences qu’il appelle « objets trouvés ». Le film naîtra de ce matériau. Il doit s’écrire de lui-même, d’après le matériau (image et son) enregistré. Le montage fera le reste. Une étape qui dure aussi des semaines, si ce n’est des mois. Une étape de réduction pour trouver l’essence du film ; pour trouver LE film. Pour Wiseman, le scénario s’écrit au montage. C’est-à-dire arranger entre elles des séquences, sans se référer à la chronologie de tournage, pour rendre une synthèse de ce que le tournage lui a appris du lieu et des personnes qui le font. « Je ne dirais pas que mes films montrent la vérité, et je déteste cette expression de “cinéma-vérité”. Je filme un sujet, une situation, parce que je ne sais pas ce que j’en pense, je tourne et je monte justement pour le savoir. » (Wiseman)

 

Cela donne une narration en forme de mosaïque. Une mosaïque de moments de réel, pris sur le vif, et agencés en une humaine fresque. Un cinéma complètement choral (plus qu’un dit film choral) et tout à fait impressionniste dans sa manière de rendre par petites touches une vérité de l’instant. Dernière chose, le cinéma de Wiseman s’inscrit dans la durée. Ses films sont longs et cette durée hors norme est le creuset d’une immersion totale. Wiseman nous plonge littéralement dans de nouveaux univers, tels que Proust l’entendait ci-dessus. Wiseman : plus fort que la réalité virtuelle. Plus fort qu’une virtuelle réalité.

 

Franck Lubet, responsable de la programmation de la Cinémathèque de Toulouse

 

JOURNÉE D’ÉTUDES / RENCONTRE

VENDREDI 19 MAI

 

JOURNÉE D’ÉTUDES « FREDERICK WISEMAN : ORDRE ET RÉSISTANCE »

 

Observateur silencieux du quotidien, Frederick Wiseman introduit sa caméra dans des lieux ordinaires de l’activité sociale pour en préciser les rouages avec patience et curiosité. Son œuvre nous prend à témoin des absurdités, des injustices et de l’aliénation de l’ordre social tout en restant sensible aux gestes de résistance accomplis par les citoyens anonymes dans les replis du système. C’est l’expression critique et esthétique de cette tension qu’interrogera cette journée d’études, organisée par l’Université Toulouse Jean Jaurès.

Entrée libre dans la limite des places disponibles

> Vendredi 19 mai de 9h à 12h

Université Toulouse Jean Jaurès

> Vendredi 19 mai de 14h à 18h

Cinémathèque de Toulouse

 

RENCONTRE AUTOUR DU CINÉMA DE FREDERICK WISEMAN

 

Animée par Franck Lubet, responsable de la programmation de la Cinémathèque de Toulouse.

Intervenants : Zachary Baqué, maître de conférences en civilisation américaine, et Vincent Souladié, maître de conférences en études cinématographiques (Université Toulouse Jean Jaurès). Philippe Pilard, auteur et réalisateur de films, spécialiste de Frederick Wiseman (sous réserve).

 

Wiseman est un cinéaste en retrait dans ses films mais un commentateur prolixe de son art. Sa présence en creux et sa parole en marge en font un auteur décentre. Comment remettre en perspective l’œuvre et le discours de la méthode ?

Entrée libre dans la limite des places disponibles

> Vendredi 19 mai à 19h

Frederick Wiseman

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