Patrick Pavan, l’autodidacte toulousain


Par Claire Eckersley

Jusqu’au 24 mars à Toulouse, la galerie Agama expose «Les Bonobos». Sur planche ou sur plâtre, une dizaine de silhouettes de primates sont dessinées dans un style épuré, une façon de retrouver une expression brute de l’art.

Il avait pris l’habitude de les tailler directement dans les murs, peints à l’encre de Chine ou aux pigments naturels, sur fond neutre. Ses bonobos conservent toutefois les traits rudimentaires de la pierre. Fils et petit-fils de maçon, Patrick Pavan a appris le métier de plasticien en autodidacte il y a maintenant presque vingt ans. Cheveux courts, barbe drue, vêtu d’un pull et d’un jean simple, cet ancien chauffeur de bus à l’air gaillard a travaillé douze ans dans l’hôtellerie avant de revenir, un peu par hasard, sur les bancs de la fac à trente ans.

« Je pensais devenir écrivain, se souvient-il. Je faisais une licence de lettres mais j’avais pris des cours d’histoire de l’art en parallèle. Un jour, un enseignant nous a montré des diapositives. J’ai tout de suite adoré regarder les images. » Façonner des silhouettes est alors devenu pour l’artiste plasticien, passionné par les formes, un moyen d’expression, un « besoin de faire immédiat », que ne pouvait pas assouvir la littérature.

Avec des matériaux du bâtiment, clin d’œil à ses origines ouvrières, Patrick Pavan travaille les corps, les visages, essentiellement à partir de silhouettes, d’abord humaines, sur des façades en béton ou en brique. «Les bonobos, eux, sont arrivés plus récemment, il y a six mois ou un an, suite à la commande d’une fresque par un antiquaire marseillais. » Reprenant une tradition picturale ancienne où les singes étaient représentés pour se moquer des travers des hommes, l’artiste toulousain se détache de cette conception, préférant seulement inviter le spectateur à une réflexion sur lui-même.

Debout devant un de ses plus grands tableaux représentant un immense primate qui semble nous fixer comme des étrangers, il confie : « le regard du bonobo s’apparente à un miroir de notre animalité. Il porte un regard sur ce qui se passe, sur ce que l’homme fait et ce qu’il est. » Avec un ADN quasiment identique à celui des humains, le bonobo est un cousin de l’homme qui nous invite à explorer notre propre animalité, celle que nous voulons refouler.

Une exposition à redécouvrir à Marseille en avril prochain.


« Les Bonobos », une exposition de Patrick Pavan

A la Galerie Agama

Jusqu’au 24 mars à Toulouse

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