Affaire Martine Escadeillas : 33 ans d'énigme pour ce cold case made in Toulouse

Martine Escadeillas avait 23 ans lorsqu'elle a disparu à Ramonville-Saint-Agne (Haute-Garonne), près de Toulouse. Trente-trois ans plus tard, un homme a été incarcéré pour meurtre dans cette affaire.

Martine Escadeillas avait 24 ans lorsqu’elle a disparu à Ramonville-Saint-Agne (Haute-Garonne), près de Toulouse. Trente-trois ans plus tard, un homme a été incarcéré pour son meurtre. (©Capture d’écran/TF1/Sept à huit))

Les proches de Martine Escadeillas connaîtront-ils un jour la vérité ? La disparition de cette jeune femme de 24 ans, en 1986, à Ramonville-Saint-Agne (Haute-Garonne), près de Toulouse, demeure l’un de ces cold case qui font rager les enquêteurs et dévastent les familles.

Des traces de sang dans l’escalier, dans la cave, sur le bouton de l’ascenseur du logement qu’occupait la jeune secrétaire au 12 avenue Tolosane. Et puis plus rien. Aucun signe de vie depuis le 8 décembre 1986. 33 ans déjà. Évaporée.

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Elle dépose son compagnon à l’arrêt de bus et s’évapore

La justice bute depuis si longtemps sur cette énigme. Le drame s’est noué entre 8h15 et 8h30. C’était un lundi. Martine a pris sa voiture pour déposer son compagnon à un arrêt de bus, avant de revenir à son appartement. Elle voulait finir de se préparer pour partir à son tour au travail. Puis, plus aucune trace.

L’enquête s’est enlisée. Un suspect, « amoureux » en cachette de la victime, a été un temps dans le collimateur des gendarmes. Entendu. Relâché. Pas de preuve.

Martine a déposé son compagnon à l’arret de bus avant de revenir chez elle, pour finir de se préparer avant de partir au travail, ce lundi 8 décembre 1986.

Martine a déposé son compagnon à l’arrêt de bus avant de revenir chez elle, pour finir de se préparer avant de partir au travail, ce lundi 8 décembre 1986. (©Capture YouTube/France 3)

La voisine croit l’avoir vu

Le témoignage d’une voisine, médecin de son état, lui avait en outre offert un alibi en béton. Il ne ressemblait pas à la description qu’elle avait livrée du suspect. Elle affirmait avoir aperçu, le jour de la disparition de Martine, dans la cage d’escalier, « un homme trapu, presque chauve, entre 40 et 50 ans ».

Faute d’éléments, un non-lieu avait été prononcé en 2008. Et le dossier, refermé. Avant un incroyable rebondissement, huit ans plus tard.

La piste Patrice Alègre
Dans ce dossier, un autre nom est souvent revenu, au cours de l’enquête : celui de Patrice Alègre. Le tueur en série toulousain, a été condamné à la perpétuité, en 2002, pour cinq meurtres, une tentative de meurtre et six viols sur des femmes de la région de Toulouse, entre février 1989 et septembre 1997, date de son interpellation à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).
Le profil de Martine Escadeillas, une jolie jeune femme, pouvait coller avec celui des victimes d’Alègre. Et surtout, elle fréquentait à l’époque le bar Le Santa Fe, à Toulouse, établissement dont le tueur en série était un habitué.
Après son interpellation en 1997, il avait été officiellement entendu dans l’affaire Escadeillas. Aucun lien formel n’ayant pu être établi, la piste Patrice Alègre avait été refermée. De manière définitive.  

Patrice Alègre, tueur en série de Toulouse, a officiellement été entendu dans la disparition de Martine Escadeillas, car tous deux fréquentaient le même bar. Mais la piste avait été écartée.

Patrice Alègre a été entendu dans l’enquête sur la disparition de Martine Escadeillas, car tous deux fréquentaient le même bar à Toulouse, Le Santa Fe. Mais la piste du tueur en série toulousain avait été écartée. (©Capture d’écran YouTube)

Le courrier qui relance l’affaire

C’est une lettre émanant d’une ancienne amie de Martine, parvenue sur le bureau du procureur de Toulouse, en 2016, qui a relancé l’affaire. Elle désignait « l’amoureux » transi comme l’auteur du meurtre.

Les gendarmes de la Section de recherches de Toulouse ont repris le dossier à zéro. Tout remis à plat. Profité des avancées de la science et des nouvelles techniques pour affiner leur enquête. Et le coup de théâtre est intervenu en janvier 2019.

Lire aussi : Toulouse. Le tueur en série Patrice Alègre va demander sa libération conditionnelle

Interpellé 33 ans après les faits

33 ans après les faits, l’homme est interpellé dans l’Isère. Ce père de famille de 56 ans, menuisier de son état, qui a refait sa vie loin de Toulouse, n’est autre qu’un ami de Martine et de son compagnon

Initialement écarté de la liste des suspects par le témoignage de la voisine, il revient en pleine lumière. Avec la jalousie et la frustration pour mobiles.

Il avoue… puis se rétracte

Et il craque en garde à vue. Le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari détaille alors, lors d’une conférence de presse tenue au palais de justice, le vendredi 25 janvier 2019 :

Cet homme connaissait [Martine Escadeillas] et s’est rendu chez elle le jour des faits. Une discussion a eu lieu au troisième étage de la résidence. Une violente dispute l’a opposé à la victime. Il a exercé des violences sur elle. Elle a tenté de fuir. Il l’a poursuivie. Et il a expliqué que la jeune femme est décédée au bas de l’escalier…

Le 25 janvier 2019, le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari et Philippe Coué, colonel de la Section de recherches de la gendarmerie, avaient tenu une conférence de presse, suite à la mise en examen pour "homicide volontaire" du suspect de 56 ans.

Le 25 janvier 2019, le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzeari et Philippe Coué, colonel de la Section de recherches de la gendarmerie, avaient tenu une conférence de presse, suite à la mise en examen pour « homicide volontaire » du suspect de 56 ans. (©Archives/Hugues-Olivier Dumez/Actu Toulouse)

Mis en examen pour homicide volontaire

L’homme reconnaît son implication. Mais ne livre pas d’aveux circonstanciés. A-t-il été « éconduit » par Martine et par frustration l’a-t-il tuée, comme les enquêteurs le suggèrent ? Mais si tel est le cas, qu’a-t-il fait du corps ?  

Déféré devant le juge d’instruction, il se rétracte. Il n’en est pas moins mis en examen pour « homicide volontaire » et placé en détention provisoire. Reste, pour la justice, à établir sa culpabilité de manière irréfutable.

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Une étrange petite montre

Et dans cet incroyable dossier au long cours, un nouveau rebondissement survient : les enquêteurs de la SR mettent la main sur un étrange bijou. « Une petite montre avec un bracelet en métal, orné de barrettes et de petites pierres semi-précieuses couleur bleu pétrole ». Le mis en cause l’avait offerte à la compagne qu’il avait séduite à Lyon, peu de temps après avoir quitté Toulouse.

La famille de la disparue est affirmative, dans les colonnes de nos confrères du Parisien. Cette montre est bien celle de Martine, selon sa sœur, Nicole :

Nous avions acheté cette montre [ensemble] un peu plus de trois semaines avant sa disparition. Nous avions été au Pas-de-la-Case (Andorre), elle avait flashé dessus. Pour moi, il n’y a aucun doute : la montre que l’on m’a présentée correspond à celle que portait Martine, cela m’a sauté aux yeux. J’espère [que le suspect] va nous dire la vérité et ce qu’il a fait du corps de [ma sœur].

Lire aussi : Toulouse. Affaire Martine Escadeillas : la montre qui pourrait tout changer, 32 ans après sa disparition

Extrait de sa cellule, le principal suspect a été confronté pendant trois heures au petit-ami de Martine Escadeillas, jeudi 12 décembre 2019, au palais de justice de Toulouse.

Extrait de sa cellule, le principal suspect, qui nie désormais les faits, a été confronté pendant trois heures au compagnon de Martine Escadeillas, jeudi 12 décembre 2019, au palais de justice de Toulouse. (©Laurent Derne/Actu Toulouse)

« Aucune raison de le maintenir en détention »

Depuis l’été 2019, et la révélation de cet élément matériel jugé à charge par la partie civile, les lignes n’ont plus vraiment bougé. La défense du suspect évoque un dossier basé sur « des conclusions purement intellectuelles ». L’homme, pour sa part, demeure mutique.

Et la confrontation de trois heures organisée jeudi 12 décembre 2019 par le juge d’instruction entre cet homme et le compagnon de Martine, amis depuis longtemps et perdus de vue, n’a pas permis de faire éclater la vérité.

Me Éric Mouton, l’avocat du mis en cause, y voit cependant de réels motifs de satisfaction, comme il l’a confié à Actu Toulouse :

Cette confrontation a été extrêmement positive pour nous. Elle a fait apparaître un certain nombre de lacunes dans le dossier. Mon client maintient qu’il n’est pour rien dans cette affaire. Il a été amené à faire des déclarations en garde à vue qui ne sont pas le reflet de la vérité. J’attends aujourd’hui qu’il soit remis en liberté. On ne peut pas faire abstraction de la présomption d’innocence. Il a des garanties de représentation, il y a des éléments de doute sur sa culpabilité et aucune raison de le maintenir en détention pendant des mois.

La douleur de la famille de Martine

L’instruction suit son cours. Contacté, l’avocat des parties civiles n’a pas donné suite.

Pour sa part, la famille de Martine s’accroche à l’espoir de connaître enfin la vérité, aussi douloureuse soit-elle, pour entamer ce qui demeure, pour l’heure, un impossible deuil. Et pouvoir un jour, peut-être, tourner la page.   

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