AU CINEMA. "Une vie cachée", le jour où ce paysan autrichien s'est élevé contre le nazisme

Valérie Pachner (Franziska) et August Diehl (Franz).

Valérie Pachner (Franziska) et August Diehl (Franz).

9 août 1943. Brandebourg. Allemagne. La lame d’une guillotine dressée au fond d’un garage s’abat sur Franz Jägerstätter. Il a 36 ans et a commis l’irréparable. Ce paysan autrichien, après avoir été le seul à voter dans son village natal près de Salzbourg contre l’Anschluss en 1938, manifeste ouvertement contre le nazisme. Plus grave, il refuse de combattre pour le Troisième Reich. Il est condamné à mort.

Il manifeste contre le nazisme

Largement oublié après la Seconde Guerre mondiale, Franz Jägerstätter va faire cependant l’objet d’une biographie signée en 1964 du sociologue américain Gordon Zahn. En juin 2007, le pape Benoit XVI autorise la Congrégation pour la cause des Saints à le reconnaître comme martyr. Il est ensuite béatifié en la cathédrale de Linz le 26 octobre de la même année, journée de la Fête nationale autrichienne. Son épouse Franziska lui survivra jusqu’au 16 mars 2013. Elle avait alors 101 ans.

« Une vie cachée » nous raconte l’aventure spirituelle de Franz, un vrai défi qui mit en danger sa famille mais qu’il releva de la plus flamboyante manière. Catholique fervent, il a rapidement compris combien l’Allemagne nazie tenait plus d’une barbarie moderne que d’une véritable démocratie.

Les valeurs qui l’habitent depuis toujours sont en opposition complète avec le monde qui l’entoure en 1938. Franz va donc se murer, comme pour se protéger, dans celles-ci, jusqu’au sacrifice final qui pour lui sera le seul chemin vers cette Lumière devenue sa seule raison de vivre. Ou de mourir.

Cheminement pour chemin de croix

Ce cheminement qui tient d’un véritable chemin de croix, le réalisateur choisit de nous le faire suivre au rythme des doutes et des certitudes qui envahissent Franz. Au rythme également des saisons qui, elles, s’égrènent, imperturbables et puissantes face aux conflits humains.

La lenteur géniale du film

Et c’est dans cette lenteur que réside le génie de ce film. Une lenteur qui nous permet, délivrés de toute action superflue, mais aussi de tout dialogue envahissant, de communier littéralement avec Franz, de se poser les mêmes questions au même moment, les yeux rivés sur des cachots sordides ou bien sur cette campagne lumineuse et violente à la fois.

Autant le dire, les derniers instants sont insoutenables d’émotion, de révolte et d’horreur conjuguées. Un aveu, le dernier plan de ce film qui a fasciné et bouleversé l’auteur de ces lignes est une véritable délivrance. C’est dire !

Performance toute en retenue

Saluons la performance toutes en retenue et en regards d’August Diehl (Franz) et de Valérie Pachner (Franziska), de même que celles, dans des rôles éphémères, de Bruno Ganz et Matthias Schoenaerts.

Comment terminer cet article sans citer la phrase finale du roman « Middlemarch » de George Eliot figurant sur l’écran en fin de projection :

… car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées.

Elle donne le titre du film et son insondable vérité.

>> La bande-annonce, en vidéo, de ce film bouleversant <<

Robert Pénavayre

Infos pratiques :
« Une vie cachée ».
Réalisation : Terrence Malick.
Avec : August Diehl, Valérie Pachner…
Durée : 2 h 53.
Genre : drame historique

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