C'est une première : on peut désormais enterrer des urnes funéraires dans une forêt, près de Toulouse

La forêt d'Arbas, sur les contreforts des Pyrénées, accueillera le repos éternel des défunts.

La forêt d’Arbas, sur les contreforts des Pyrénées, accueillera le repos éternel des défunts. (©Capture d’écran CIME’TREE)

C’est une petite commune située au pied des Pyrénées, au cœur du « Pays de l’ours ». Un environnement sauvage et bucolique qui ravit les randonneurs, les cyclistes et tous les amateurs de la grande Boucle, qui découvrent, chaque été ou presque, ces paysages filmés d’hélicoptère.

Une première en France

A Arbas (Haute-Garonne), 262 âmes recensées en 2016, à une centaine de kilomètres au sud de Toulouse, un projet attire l’attention. Depuis le mois de mai 2019, la commune abrite en effet la première forêt cinéraire de France. Un lieu dédié à l’inhumation d’urnes funéraires biodégradables.

Formatrice dans le développement durable, Elia Conte Douette n’avait pas vocation à devenir opératrice funéraire. C’est désormais le cas sous l’enseigne CIME-TREE (un jeu de mot écolo avec le vocable anglais signifiant cimetière, ndlr). Elle confie à Actu Toulouse :

Lors de mes formations, j’ai souvent évoqué les cimetières forestiers d’Allemagne. Et il y a trois ans, je me suis dit pourquoi ne pas adapter ce concept en France ?  Ce que l’on a développé à Arbas, c’est un projet à la croisée des chemins entre le funéraire et la préservation des forêts.

Elia Conte Douette est à l'initiative du projet avec la commune d'Arbas.

Elia Conte Douette est à l’initiative du projet avec la commune d’Arbas. (©DR)

La nature invite au silence

Une commune engagée, des élus investis, un site pilote, des acteurs locaux (ONF, ONC) impliqués de longue date dans les démarches de développement durable. La première forêt cinéraire ne pouvait que prendre racine à Arbas. Elle invite à vivre le deuil différemment, en offrant aux familles un lieu de mémoire, d’apaisement, de sérénité en pleine nature. 

Beaucoup de gens ne se voient pas dans un cimetière. Certains ne vont même plus se recueillir sur la tombe de leurs parents ou grands-parents. A Arbas, il y a des sapins, des épicéas, des hêtres, des frênes. Le retour à la nature séduit les gens avec lesquels je discute de la mort. Un tabou tombe. La forêt délie les langues. On en revient, finalement, à d’anciennes pratiques… 

Dans ce site naturel, une zone de silence, symboliquement délimitée, est requise. « Il n’y a pas de clôture, juste des panneaux, détaille Elia Conte Douette. On ne peut pas y ramasser des échantillons de plantes ou d’arbres. On ne grave pas les troncs. On ne dépose pas de fleurs ou d’objets. Les végétaux qui poussent témoignent de ceux que furent les défunts. Leur contemplation invite au recueillement. »

Lire aussi : Toulouse. Grâce à une urne 100 % écolo, les morts renaissent sous la forme… de végétaux

Démarche écolo

L’idée est désormais d’essaimer cette pratique à travers le territoire. Car une forêt cinéraire répond aux problématiques environnementales que rencontre la société. Les cimetières débordent. Et les forêts françaises sont essentiellement exploitées pour la seule production de bois. Elia Conte Douette abonde :

Cela permet de préserver des lieux d’exception suivant une approche écologique et éthique. Et ce, afin de garantir le respect des familles, des territoires et des milieux naturels.  

Inhumation individuelle ou collective, chaque emplacement peut contenir jusqu’à dix urnes.

Tous les emplacements se situent au pied d’un arbre et sont assimilés à des concessions perpétuelles.

Il faudra toutefois passer par les urnes biodégradables proposées par la société CIME’TREE pour avoir le droit d’y reposer. Et ce « afin de respecter le substrat forestier et la biodiversité locale ».  

Tarifs. Une urne biodégradable « produite localement par des artisans locaux » coûte de 10 euros (en lin) à 500 euros (en bois). Il faut ajouter 375 euros de frais, ainsi que le coût de la concession, fixé par la commune et qui lui revient. De 175 euros TTC (emplacements collectifs) à 250 euros TTC (emplacement individuel) pour une concession à perpétuité.
Sur Internet, sur le site de Cime’tree 

Dispersion des cendres : que dit la loi ?
Selon la loi, les cendres ont désormais le même statut qu’un corps. Après la crémation, elles sont recueillies dans une urne cinéraire, comme l’indiquent les pouvoirs publics. Elle peut être gardée pendant un an, délai durant lequel les proches (ou le défunt s’il l’a prévu) doivent décider de leur devenir : inhumation dans un cimetière ou dispersion en pleine nature.
A ce sujet, la loi en France est touffue. On peut effectuer cette dispersion en pleine mer, mais pas toujours dans les cours d’eau, car cela reste à la discrétion des municipalités. Il est possible de les disperser dans la nature mais en s’assurant qu’aucune cendre ne se répande, même partiellement, sur la voie ou dans un lieu public (stade, square, jardin public…).
A noter qu’il est interdit de conserver une urne funéraire à son domicile.  

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