Gilets jaunes. Un observatoire dénonce « l'augmentation des violences policières » à Toulouse

Une interpellation lors de l'acte XVIII des gilets jaunes, le samedi 16 mars 2019, à Toulouse.

Une interpellation lors de l’acte XVIII des gilets jaunes, le samedi 16 mars 2019, à Toulouse. (©Frédéric Scheiber / Actu Toulouse)

Ils arborent des vêtements jaune et bleu siglés aux logos de leur organisation et arpentent le pavé durant les manifs. Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, en novembre 2018, les 24 membres de l’Observatoire des pratiques policières (OPP) assistent, selon eux, à « une dérive dans la doctrine du maintien de l’ordre », à Toulouse.

Une « stratégie (…) qui vise à dissuader de manifester »

Mercredi 17 avril 2019, à l’occasion de la présentation d’un rapport « établi selon des normes scientifiques », avec l’appui de chercheurs du CNRS (bouclé le 23 mars 2019, ndlr), son animateur, Pascal Gassiot, dénonce « une augmentation de la violence, et une escalade dans les armements ». Il appuie :

À Toulouse, toutes les armes à disposition des policiers ont été utilisées.

Il souligne « une stratégie policière qui vise à dissuader les gens de venir manifester, purement et simplement, en générant la peur ».

Lire aussi : Gilets jaunes : les violences policières se multiplient-elles lors des manifs à Toulouse ?

Les chiffres de la préfecture contestés

Des manifestants qui ont, selon l’observatoire, peur d’être « matraqués, éborgnés et dans le meilleur des cas, gazés. Tous les manifestants sont visés et pas seulement les casseurs ». Pour l’OPP, « la force publique se substitue désormais au dialogue social ». 

Le rapport dénombre 150 blessés en cinq manifs (entre les actes XII et XVI). « C’est deux fois et demi plus que les chiffres communiqués par la préfecture ».

Dans le viseur de Pascal Gassiot : la BAC, Brigade anti-criminalité.

La police a franchi un pas dans la violence. Les membres de la BAC sont formés aux flagrants-délits, pas au maintien de l’ordre. Nous demandons qu’ils ne soient plus déployés sur les manifestations. 

Une « justice d’abattage »

L’observatoire dénonce le dogme qui fait de chaque manifestant « un casseur aux yeux des policiers », s’il ne décampe pas au premier tir de gaz lacrymogène.

Il pointe aussi les « sommations parfois inexistantes », les « chantages à la liberté » lors des interpellations préventives.

Nous dénonçons par ailleurs avec force le recours systématique aux comparutions immédiates, qui est une justice d’abattage.

Une « stratégie du chaos » de la police ?

Membre du syndicat des avocats de France, Benjamin Francos déplore une inquiétante « alliance politique-police-justice » :

Au 3 avril 2019, avec 39 condamnations recensées, Toulouse est devenue la deuxième ville de France en la matière. Des ‘tarifs’ apparaissent : violences contre les forces de l’ordre ? Six mois ferme. Un outrage ? Deux mois ferme. Et à chaque fois, un mandat de dépôt. Et l’individualisation des peines, dans tout ça ?

Pour Benjamin Francos, l’objectif policier se définit en trois mots : « stratégie du chaos ».

Ce que réclame l’observatoire

Toujours selon l’observatoire, « il existe trois types de violences : l’originelle, subie par les gens dans leur vie quotidienne ; celle de la révolte, qui se manifeste dans la rue ; et celle de la police qui veut faire taire la seconde. Aujourd’hui, le discours officiel est de stigmatiser la seconde en taisant les deux autres ».

Ses membres réclament l’interdiction des grenades lacrymogènes et de désencerclement, ainsi que des lanceurs de balles de défense (LBD). L’observatoire sollicite également un audit indépendant sur « la formation et le déploiement des compagnies de sécurisation et les compagnies départementales d’interventions ». Surtout, ils réclament « le retrait des policiers de la BAC lors des manifestations ».

Le préfet dénonce ce rapport

Dans un communiqué, le préfet de la Haute-Garonne a clairement dénoncé « un document qui qualifie le maintien de l’ordre de ‘politique policière de répression massive (…) nationale, organisée par le ministre de l’Intérieur’ avec une ‘volonté de faire peur (…) quitte à blesser et mutiler manifestant-e-s et badauds’ ».

Pour Etienne Guyot :

L’usage de la force (…) est strictement encadré par la loi (et) gradué au regard des circonstances, des situations d’émeutes urbaines ou de violences particulièrement graves.

Le préfet énumère les « dérapages » des manifestants, « semaine après semaine » : voies de fait, atteintes aux biens, destructions, violences volontaires, spécifiquement dirigées contre les forces de l’ordre. 

217 blessés côté forces de l’ordre

Il dénombre « 217 blessés » du côté des forces de l’ordre qui paient « un lourd tribut » et rappelle ce « gendarme mobile qui a vu sa tenue d’uniforme s’embraser suite à un jet de cocktail molotov le 26 janvier 2019″.

Des « agissements » qui, selon lui, « n’ont plus rien à voir avec l’exercice de la liberté d’expression« . Il invite par ailleurs toute personne « s’estimant victime de violences (à) porter plainte ». 

Qui compose l’Observatoire des pratiques policières (OPP) ?
Ce collectif, créé à Toulouse en 2016, rassemble la Ligue des droits de l’Homme, la Fondation Copernic et le Syndicat des avocats de France. Il fonctionne avec l’aide de chercheurs du CNRS. À l’issue de chaque manifestation, notes, photos et videos sont compilées pour constituer un compte-rendu. C’est cette somme de données qui est venue abonder le rapport.

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