Les renforts de police au Mirail ont-ils conduit au "transfert" de délinquance au nord de Toulouse ?

Dimanche 17 mars 2019 au matin, une fusillade vient de retentir juste à la sortie la station de métro Trois Cocus, devant la pharmacie des Izards. Bilan : deux blessés, dont un grave

Dimanche 17 mars 2019 au matin, une fusillade vient de retentir juste à la sortie la station de métro Trois Cocus, devant la pharmacie des Izards. Bilan : deux blessés, dont un grave (©G.L. / Actu Toulouse)

À l’occasion d’une séance de questions orales, le député (MoDem) Jean-Luc Lagleize a mis les pieds dans le plat, en pleine Assemblée nationale, mardi 18 juin 2019 : la création de la Police de sécurité du quotidien (PSQ) au Mirail aurait conduit, selon lui, au « transfert » de la délinquance au nord de la ville.

Interrogeant le gouvernement, le député de la 2e circonscription de la Haute-Garonne s’est inquiété de la sécurité publique dans les quartiers des Izards-Trois Cocus et de Borderouge, à Toulouse. Tous deux ne sont pas classés « Quartiers de reconquête républicaine » (QRR)… à l’inverse du Mirail.

La PSQ a fait « preuve d’efficacité » au Mirail…

Jean-Luc Lagleize a d’abord rappelé que la Police de sécurité du quotidien (PSQ) était « un engagement majeur du Président de la République et de notre majorité ». Et pour le député, cette PSQ, qui a consisté au déploiement de 30 agents début septembre 2019 au Mirail, a fait ses preuves dans ce quartier :

En s’adaptant aux attentes de la population et aux besoins du territoire, ce dispositif mis en œuvre dans le quartier de reconquête républicaine du Mirail à Toulouse a su faire preuve d’efficacité et a obtenu des résultats visibles sur le terrain en quelques mois à peine, pour lutter contre l’insécurité, contre les trafics et contre la radicalisation, en renforçant la présence des forces de l’ordre au plus proche de nos concitoyens.

« Effet pervers » sur les Izards – Trois-Cocus et Borderouge ?

Mais selon Jean-Luc Lagleize, la PSQ a aussi conduit à déplacer les problèmes du Mirail ailleurs dans Toulouse :

Toutefois ce dispositif a eu un effet pervers à Toulouse, avec une intensification des trafics dans d’autres quartiers, comme par exemple aux Izards-Trois Cocus et à Borderouge. C’est ainsi que plusieurs fusillades, mortelles, liées à ces trafics, ont eu lieu ces derniers mois, dans ces deux quartiers en plein développement et qui connaissent une hausse démographique importante.

« Lors de la dernière fusillade, en date du 4 mai dernier, un jeune homme de 19 ans a été abattu sous les fenêtres du domicile familial », a rappelé le député. « La situation de nos concitoyens n’est plus tenable aujourd’hui », a-t-il lancé, appelant le gouvernement à « redoubler d’efforts pour lutter contre cette délinquance, contre le trafic de stupéfiants et la circulation d’armes ».

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Appel à mettre en œuvre la PSQ aux Izards et à Borderouge

Évoquant « le déficit de personnels de nos forces de l’ordre » à Toulouse, il lançait un appel pour obtenir plus d’effectifs au nord : 

En ce 18 juin, je vous lance un appel : pouvez-vous prendre l’engagement de mettre en œuvre la Police de sécurité du quotidien dans les quartiers des Izards – Trois Cocus et de Borderouge, afin de reconquérir l’ordre républicain ? 

Pour le ministre, « la PSQ se déploie » au nord de Toulouse

En réponse, Marc Fesneau, ministre (également MoDem) chargé des relations avec le Parlement, a confirmé que « les effectifs de la sécurité publique de Toulouse avaient été renforcés de 30 personnels » et a rappelé que « ces Quartiers de reconquête républicaine font l’objet d’effectifs supplémentaires parce qu’ils connaissent des problématiques particulières, par exemple au Mirail ». Puis il a avancé, à la surprise générale :

Dans les quartiers Izards – Trois-Cocus et Borderouge, la PSQ se déploie.

Évoquant la mise en place de groupes de travail depuis mai 2019 à Toulouse, « dont un dans le quartier de La Maourine », le ministre étayait : « Cette mobilisation commence à porter ces fruits. Dans ces quartiers, la délinquance a diminué de 12 % au cours des quatre premiers mois de l’année 2019. Les problèmes liés au trafic de drogue que vous avez souligné sont parfaitement identifiés et rien ne permet de lier l’activité délinquante dans ces quartiers à la création d’un QRR au Mirail ».

Le député, lui, redoutait que ces quartiers du nord de Toulouse, « qui sont encore dans la République », ne sombrent « dans la face obscure ».

Vidéo. Regardez la question du député Jean-Luc Lagleize, et la réponse du gouvernement :

« Première nouvelle », dit-on chez Alliance

La PSQ qui se déploie au nord de Toulouse ? Les syndicats policiers, de leur côté, n’en ont jamais entendu parler. « Première nouvelle », sourit Grégory Hemous, délégué syndical chez Alliance. « Mais ce serait très bien que la PSQ soit étendue à d’autres zones, et avec des effectifs en conséquence ». Il poursuit :

La PSQ était uniquement destiné aux QRR. Or, les Izards et Borderouge n’en font pas partie. Et de ce que l’on sait, nos 30 collègues recrutés avec la PSQ n’ont été prévus qu’au Mirail. Et malgré ces équipiers supplémentaires, nos effectifs sont encore en souffrance… Nos collègues de la BST du Mirail sont d’ailleurs pris par des tâches indues, ce serait bien de les concentrer sur leurs cœur de métier, plutôt que de les coller à suivre les gilets jaunes tous les samedis, ou à conduire des détenus vers d’autres villes. Quand ils font ça, ils ne sont plus dans le quartier.

Quant au « transfert » de délinquance d’un bout à l’autre de la Ville, cela ne convainc pas le syndicaliste : « Le problème de la drogue est désormais un peu partout à Toulouse, et ce bien avant la PSQ ».

« Une guerre commerciale », selon Unité SGP Police FO

Même son de cloche du côté de Didier Martinez, délégué régional Unité SGP Police FO :

L’extension du problème vers les Izards date bien avant la PSQ. Celle-ci a été créée avec des apports d’effectifs exclusivement au Mirail. Mais l’ampleur des trafics, l’économie souterraine et l’argent généré font que ça s’étend sur tous les quartiers… Cela dit, nous réclamions dès la mise en place de la PSQ des renforts de police sur l’ensemble de la ville de Toulouse, notamment aux Izards.

« C’est vrai que la PSQ a permis d’être plus efficace au Mirail, on a pu faire davantage d’offensive », poursuit-il. « Mais il faudrait davantage d’effectifs partout, pour lutter contre la querelle des territoires. Car pour eux, c’est une guerre commerciale ». Didier Martinez déplore lui aussi que « depuis des mois, le week-end, nous ne sommes plus consacrés à des missions d’ordre public ».

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150 à 200 policiers supplémentaires réclamés

Tous deux réclament, comme le maire d’ailleurs, 150 à 200 policiers supplémentaires à Toulouse. Et malgré ce manque criant d’effectifs, les deux syndicats soulèvent enfin que la Ville rose ne touchera pas d’effectifs complémentaires en septembre : elle ne sera pas concernée par le « mouvement général », qui permet à des policiers de demander des mutations dans une autre ville… Va comprendre !

Jean-Luc Moudenc en remet une couche
Lors d’un point presse consacré au bilan de ses cinq ans de mandat au Capitole, le maire (LR) de Toulouse Jean-Luc Moudenc a évoqué le problème du développement du trafic de drogue – et par effet domino des règlements de comptes – dans la Ville rose. Réclamant une nouvelle fois davantage d’effectifs de police, il soufflait : « Toulouse est minée par une extension du trafic de stupéfiants. Les points de deal se sont étalés dans la ville, comme dans toutes les grandes métropoles. Les maires, nous ne sommes pas outillés pour cela. Nous n’avons pas le droit de faire des enquêtes, nous ne pouvons que nous adresser à l’État ».
Interrogé sur l’évolution du quartier de Borderouge, Jean-Luc Moudenc a constaté qu’il s’y était développé un « nouveau point de deal » ces dernières années. Une mauvaise tournure liée, selon lui, aux décisions d’urbanisme de son prédécesseur, Pierre Cohen, dans la partie nord du quartier. Il a indiqué que la mairie s’attachait à « rééquilibrer la vie à Borderouge et rendre plus compliqués les trafics ».
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