Toulouse. Sur son lieu de travail, le voyeur se rinçait l’œil dans les toilettes et sous la douche

C'est à travers deux trous dissimulés par de la feutrine que le voyeur s'adonnait à sa perversion.

C’est à travers deux trous dissimulés par de la feutrine que le voyeur s’adonnait à sa perversion. (©DR)

C’est l’histoire d’une trahison. D’une confiance rompue au sein d’un espace sacro-saint : le lieu de travail.

L’affaire débute officiellement en novembre 2015 chez Ineo, un sous-traitant d’Engie, dont les locaux sont situés à Basso-Cambo, à Toulouse. Quatre entreprises différentes y cohabitent, toutes sur le même site. Jasone, l’une des victimes, par ailleurs déléguée CFDT, se remémore :

Cela faisait plusieurs mois que l’un des deux WC dédiés aux femmes du premier étage était inutilisable. Soit parce qu’il était souillé, soit parce qu’il était fermé, soit parce qu’on y trouvait des textes ou des magazines pornos. Un jour, nous avons surpris un individu qui en sortait et filait se réfugier côté hommes. Ça nous a mis la puce à l’oreille.

Deux trous percés dans la cloison, cachés par de la feutrine

Une rapide « perquisition » dans ces WC dévoile le pot aux roses. Un simple couloir technique sépare les lieux d’aisance masculins et féminins.

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Deux trous percés au niveau du coffre de la chasse d’eau, protégés par de la feutrine, côté femmes, offre une vue imprenable sur l’intimité de ces dames, douche comprise. Le choc. Jasone se remémore :

Nous étions sept à déposer plainte. Il a fallu attendre huit mois avant que nos toilettes soient sécurisées et des caméras installées. Huit mois pour que la direction accepte enfin de porter plainte à nos côtés. On nous a traitées d’hystériques, de menteuses. On nous a intimé de ne pas ébruiter l’affaire. La direction privilégiait la voie disciplinaire. Puis tout est retombé. Notre plainte a été classée sans suite. 

Le voyeur présumé conserve son poste

L’homme, censé les avoir épiées – un « responsable d’affaires divorcé et père de famille » – conserve son poste au rez-de-chaussée.

« Tous les matins, il fallait passer devant lui. La direction nous a conseillé d’emprunter une autre porte ! Certaines ne prenaient plus l’ascenseur, de peur d’être coincées avec lui. Moi, j’essayais de lui faire face : ce n’était pas nous qui avions fait quelque chose de mal ». L’horreur.

Un policier finit par dévoiler le pot-aux-roses

En juin 2018, relancée par des plaignantes outrées du peu d’empressement de la justice à entendre leur souffrance, le Parquet de Toulouse confie l’affaire à un policier du commissariat de Bellefontaine, à Toulouse.

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L’enquêteur entend tous les protagonistes. Se rend sur le terrain. Et au rez-de-chaussée, dans les toilettes, il découvre… le même dispositif, qu’il s’empresse de prendre en photo.   

« Pendant trois ans, de 2015 à 2018, ce voyeur a continué d’observer nos collègues féminines du rez-de-chaussée, qui ne se doutaient de rien puisque l’affaire n’avait pas été ébruitée », se désole Jasone.

Quatorze dépôts de plainte 

Aujourd’hui, elles sont quatorze à avoir porté plainte. Le voyeur malsain a finalement été licencié en décembre 2018. Il serait passé aux aveux. Son procès aura lieu en septembre 2019. Mais le mal est fait. La déléguée CFDT s’indigne :

La moitié des victimes suit une psychothérapie suite à cette affaire. Nous l’avons vécue comme un véritable viol de notre intimité, alors qu’elle a été traitée comme une vulgaire blague de potache. Et je reste persuadée que s’il s’était agi d’un employé lambda, ou si les faits en question avaient touché l’étage de la direction et pas celui du service administratif, composé à 80% de femmes, l’affaire aurait été traitée différemment.

« Des mesures mises en place immédiatement » par la direction

Contactée par Actu Toulouse, Ineo dénonce « des actes intolérables de voyeurisme » et met en avant sa réactivité. « Dès la connaissance des faits, des mesures ont été mises en place immédiatement sur les sites par la direction et le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) » et une « plainte contre X déposée ».

L’objectif principal (…) a été de protéger les salariés et d’offrir à celles/ceux qui avaient été potentiellement concernés des moyens d’écoute, cellule psychologique, réunions d’information, numéro vert. 

« Durant l’enquête (…) le site a été sécurisé : verrouillage des locaux techniques, gestion renforcée des accès et vidéosurveillance (…). A l’époque, malheureusement, et malgré tous les efforts déployés, l’enquête de police n’a pas permis de détecter l’auteur des faits. »

« Qu’il se fasse soigner »

Tout se décante avec le passage de la police. « En décembre 2018, l’enquête a abouti, le salarié a immédiatement avoué. Il a été mis à pied et licencié sur le champ ». Selon l’entreprise, « une cellule psychologique (restera disponible pour les salariés) le temps nécessaire. »

Jasone, elle, n’attend désormais qu’une chose : « que tout le monde, au procès, se rende compte de ce qui s’est passé, que ce monsieur soit reconnu coupable et qu’il se fasse soigner ».

Vers un procès en septembre 2019. Initialement audiencé le 16 avril 2019, le procès du voyeur a finalement été renvoyé au 20 septembre 2019, devant le tribunal correctionnel de Toulouse.

Laurent Derne

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