Réforme des retraites : pourquoi s’y opposer ?

Alors que la mobilisation contre la réforme des retraites se profile à l’horizon, Julien Langella, membre d’Academia Christiana, explique pourquoi la droite identitaire doit se joindre à cette contestation, en dépassant les clivages traditionnels. 

Dans la prochaine réforme des retraites, l’actif cumule des points durant sa carrière – comme les Miles d’Air France – multipliés, au moment du départ, par la valeur de chaque point à cet instant précis, en tenant compte d’un « coefficient de conversion », de l’espérance de vie et d’autres variables. Le produit de l’opération vous est ensuite versé chaque mois. Sous prétexte de faire des économies et de combler le déficit, on vous pond un gadget technocratique imbitable en vous assurant que c’est un grand pas vers « l’universalité ».

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En d’autres termes, singeant Sarkozy, le sous-Poutine de l’Élysée s’exprime ainsi : « Vous en avez marre de ces régimes spéciaux qui se gavent quand vous galérez à boucler vos fins de mois ? Eh ben on va vous en débarrasser. » Mais dans les faits, le système par points repose tout entier sur les calculs complexes d’une armée de bureaucrates professionnels, rebaptisés « experts », qui ont tout intérêt à ce que les rouages du système soient les plus opaques possible. Par conséquent, si universalité il y aura, ce sera par le bas. Fillon l’avait reconnu lui-même (Public Sénat, 10 mars 2016) : « Le système par points, ça permet une chose qu’aucun politique n’avoue… C’est de baisser chaque année le montant, la valeur des points, et donc de diminuer le niveau des pensions. »

Le système par points réalise les rêves euthanasiques du chamelier fou Attali dans un mix diabolique d’étatisme et de libéralisme

Alors, en quoi une administration centrale, que ce soit le marché (via les fonds de pension et les placements financiers de l’épargne) ou l’État (dans le régime de répartition), serait-elle plus compétente que les travailleurs eux-mêmes pour gérer leur pécule laborieusement amassé ? L’enjeu, c’est la liberté. Aujourd’hui, la « gouvernance », c’est-à-dire le règne des technocrates cooptés par leurs pairs, s’étend aussi bien au secteur privé que public. Dans un cas, notre argent est confié à des hauts-fonctionnaires parasitaires, immigrationnistes, pédocriminels et avorteurs. Dans l’autre, à des banquiers et des assureurs (les uns valant les autres, à l’instar d’un Barroso, ex-commissaire européen recruté chez Goldman Sachs), suspendus aux cordons de la Bourse et aux intérêts des actionnaires qui les tiennent en laisse.

Aucun des deux n’offre de garantie suffisante au travailleur pour protéger le fruit d’une vie de travail. Le seul terme de « points » est révélateur : on avait déjà une monnaie de singe désindexée de toute richesse physique réelle – qui ne tient que par les faibles taux d’intérêts pour relancer l’économie – mais désormais, une unité de mesure abstraite et arbitraire, qui peut varier d’année en année, vient déterminer la « valeur » de vos efforts, et donc, si vous pouvez payer votre loyer et faire vos courses : en somme, si vous méritez de vivre.

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Le système par points réalise les rêves euthanasiques du chamelier fou Attali dans un mix diabolique d’étatisme et de libéralisme, l’un n’allant pas sans l’autre : dès la Révolution française, il a bien fallu décapiter un roi, noyer des paysans, fermer les corporations, dissoudre les assemblées locales, transformer les églises en écuries et interdire le droit de grève (loi le Chapelier) pour imposer le capitalisme sauvage, qui avait besoin du coup de semonce jacobin pour prospérer sereinement sur le désert social. La haine sourde des libéraux de tout poil, de Juppé à Macron, contre la défense des régimes spéciaux, que l’on peut critiquer mais avec d’autres arguments que ceux des gouvernements successifs (les syndicats seraient « conservateurs », « corporatistes »… Comme nous, en réalité !) montre bien que de Robespierre à Macron, c’est la même haleine fétide qui rabougrit le pays des lys.

Ni finance, ni État : traçons une troisième voie.

Article paru dans le quotidien Présent, le 28 novembre 2019

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