Artiste toulousain issu du graffiti, Cédric Lascours, dit « Reso », fait partie des créateurs choisis par le Toulouse Football Club pour revisiter l’écharpe violette, symbole fort des tribunes. Entre hommage à 1986, culture napolitaine et volonté de rendre l’art accessible, il raconte sa démarche.
Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter la proposition du TFC ?
Le club m’avait déjà fait confiance pour une façade et l’intérieur du centre de formation. Et puis c’est mon club de cœur. Je me souviens de 1986, quand Toulouse bat Naples : j’étais fan. Aujourd’hui, le TFC est dans une belle dynamique. J’ai trouvé intéressant de lier le sport et la culture.
Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être associé à un symbole aussi fort que l’écharpe ?
C’est un défi artistique. Ce n’est pas le logo du club, mais il fallait s’approprier les codes d’un symbole fort, presque un drapeau hissé par les supporters. C’est une reconnaissance aussi qu’un club me confie cette expérience.
Le violet est-il une couleur difficile à travailler ?
J’adore le violet, donc ça ne m’a pas gêné. Le contraste avec le blanc peut être subtil à gérer, mais c’est une couleur moins conventionnelle que le bleu ou le rouge. Justement, c’est ce qui la rend intéressante.
Comment avez-vous interprété ce violet du TFC ?
Je me suis inspiré des maillots de 1986, avec le violet rayé. Je ne pouvais pas reprendre le logo de l’époque, mais j’ai voulu rendre hommage à cette période, celle où je suis devenu supporter grâce à mon cousin.
Dans ma carrière, j’ai aussi fait partie d’un crew de graffeurs à Naples. Là-bas, la culture foot imprègne tout, Maradona était un dieu. Je suis attaché à cette époque et à ces valeurs. Il y a aussi une petite touche d’humour : même si Toulouse a battu Naples en 1986, cette référence me relie aux deux villes.
Avez-vous cherché à rester fidèle aux codes du club ou à les bousculer ?
J’ai essayé de les bousculer. Je n’ai pas mis le logo en avant. Une fois qu’on a assimilé le logo, pas besoin de l’afficher en grand pour identifier le club. J’ai découpé ses formes, utilisé une écriture « TéFéCé » à la toulousaine, intégré des références à l’identité du club dans mon univers graphique. Je voulais faire de cette écharpe une œuvre artistique plus qu’un simple objet de communication.
Avez-vous pensé aux supporters en créant ?
Oui, forcément. Rien que le violet, qui n’est pas commun, c’est l’identité forte du club. Après, ce sera aux supporters de dire si j’ai respecté cet esprit.
Passer du mur ou de la toile à une écharpe, qu’est-ce que ça change ?
Déjà, le passage du mur à la toile, ce n’est pas du tout pareil. L’écharpe, c’est un format supplémentaire pour m’exprimer. Finalement, c’est assez proche du graffiti : c’est un format allongé, qui laisse de la place pour le geste.
Voyez-vous cette écharpe comme un objet d’art ou un objet populaire ?
J’ai essayé de rendre populaire une œuvre d’art. C’est un peu le métier de graphiste : embellir des murs ou des objets du quotidien. Tout le monde peut être supporter, c’est universel.
Est-il important pour vous que l’art sorte des galeries pour aller au stade ?
Oui. L’art doit être accessible à tous. De plus en plus de stades intègrent l’art, et il a toute sa place dans ces lieux qui sont aussi des supports de communication et d’expression.
Si vous deviez résumer en une phrase pourquoi vous avez dit oui ?
Pour rendre l’art populaire et le donner à tout le monde. Le seul reproche qu’on pourrait faire, c’est qu’il n’y aura peut-être pas assez d’écharpes pour tous. Mais je trouve fort que des supporters portent sur eux un bout de mon œuvre pour affirmer leur appartenance au club. Et pourquoi pas, demain, travailler sur des maillots ? Ça correspond bien à l’image jeune et dynamique du TFC.




















