Le sondage IFOP pour La Dépêche du Midi, Sud Radio et Fiducial sur les municipales de mars à Toulouse montre que le match sera serré pour le maire sortant Jean-Luc Moudenc. Et qu’un duel à gauche entre les socialistes et leurs alliés d’un côté et les Insoumis de l’autre devra être arbitré. Décryptage.
Rien n’est joué à Toulouse. Le sondage exclusif IFOP pour La Dépêche du Midi, Sud Radio et Fiducial sur les intentions de vote aux municipales des 15 et 22 mars est lourd d’incertitudes pour les principales listes en course. À moins d’un mois du scrutin, il montre que, vu depuis la ligne de départ, le match s’annonce serré. Avec trois candidats qualifiés au second tour : le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, à la tête d’une liste de six formations de droite et du centre et des sans étiquette, François Briançon qui a fédéré toute la gauche hors LFI (socialistes, Ecologistes, Archipel citoyen, PCF, Place publique, PRG…) et François Piquemal (La France insoumise, NPA, Assemblée des quartiers…).
Chacun, en mobilisant son électorat habituel, est déjà fort dans son camp, montre l’enquête, mais rien n’est figé car Jean-Luc Moudenc, au premier tour, est talonné par François Briançon. Et le candidat Insoumis, dans ce sondage réalisé pour moitié après la mort du militant nationaliste à Lyon et la mise en cause de LFI – c’est un des premiers dans ce cas dans l’Hexagone –, ne subit pas d’impact négatif. Bien au contraire. C’est le troisième homme de la campagne, celui, relève le directeur général de l’IFOP, Frédéric Dabi, qui est « en position d’arbitre ». Il crée la surprise aujourd’hui et annonce qu’il la créera encore au soir du 15 mars en virant en tête.
Si elle s’unit au second tour, la gauche toulousaine, qui est majoritaire, renverse Jean-Luc Moudenc et entre au Capitole avec 53 % des voix, dit à nouveau ce sondage. Mais les conditions d’une telle victoire, qui serait historique, comme celle de Jean-Luc Moudenc, qui serait élu pour la troisième fois d’affilée, seront déterminées au premier tour. Dans la Ville rose, beaucoup se joue d’emblée, au premier round. Et le sondage nous éclaire sur les rapports de force déjà à l’oeuvre.
Le RN sous les 10 %
Si les Toulousains votaient dimanche, ils placeraient en tête Jean-Luc Moudenc avec 33 % des intentions de vote. François Briançon, avec la gauche hors LFI, est tout juste derrière avec 30 %. Et François Piquemal, loin de décrocher par rapport au précédent sondage qui le donnait à 19 % (Cluster17 pour Politico), atteint 23 %. Aux municipales de 2020, Jean-Luc Moudenc avait passé le premier tour avec 37 %. Il se tasse donc. Il est même dans la marge d’erreur par rapport à François Briançon, observe Frédéric Dabi qui fait le total de la gauche et obtient 53 %. On retrouve le point cardinal des élections à Toulouse : la gauche est majoritaire sur le papier.
La bonne nouvelle pour Jean-Luc Moudenc est que le RN, avec 7 %, ne passe pas la barre des 10 % qui ouvre les portes du second tour. Le parti représenté par Julien Leonardelli ne retiendrait pas des électeurs qui seront donc libres de se reporter sur le maire sortant. Car Jean-Luc Moudenc a peu de réservoirs de voix. Il lui appartient, plus qu’à d’autres, de mobiliser d’entrée de jeu. Pour sortir le plus haut possible et tenter de plier le match. Frédéric Dabi voit des raisons d’espérer pour l’actuel locataire du Capitole dans sa capacité à séduire ses fidèles, les plus de 50 ans, et ceux qui ont voté Macron, Pécresse mais aussi Le Pen et Zemmour en 2022.
À gauche, François Briançon bénéficie de la dynamique de l’union qu’il a réalisée. Surtout avec les Écologistes auxquels il a promis la présidence de la Métropole. Le PS, réduit à la portion congrue au conseil municipal après les tensions entre la liste Archipel d’Antoine Maurice et Nadia Pellefigue en 2020, a repris des couleurs. Et c’est déjà un exploit sur lequel peu aurait parié. Il retrouve 75 % de l’électorat de Nadia Pellefigue contre 39 % de celui d’Antoine Maurice. Lui aussi a donc une marge de manœuvre pendant cette campagne.
François Piquemal peut compter sur les moins de 35 ans. Et surtout les 18-24 ans qu’il séduit dans une proportion impressionnante de 46 %. À tel point que le candidat Insoumis en a fait la clé de son arrivée au Capitole. Les cadres et professions supérieures sont plutôt favorables à François Briançon (37 %) mais disent oui à 27 % à l’Insoumis, et à Jean-Luc Moudenc avec la même estimation.
Il y a donc match pour le maire sortant. Et il y a match dans le match à gauche. La question déjà posée de la fusion des listes Briançon-Piquemal resurgit donc. Après le drame de Lyon, la distance s’est creusée. Mais personne n’a officiellement prononcé le mot de rupture à Toulouse. On voit mieux pourquoi. L’hypothèse reste ouverte. Peut-être le restera-t-elle jusqu’à ce que les résultats du premier tour tranchent. Car ce sont eux qui fixeront les conditions d’une éventuelle alliance en fonction du poids de chacun. À moins que ceux qui sont d’ores et déjà hostiles à LFI dans la liste Briançon obtiennent gain de cause d’emblée ou emportent l’arbitrage du 15 au soir. À Toulouse, la bataille des municipales se joue sur plusieurs terrains.






















