Un ténor solaire à la carrure de pilier. Avant de conquérir la Scala de Milan, le Samoan Pene Pati pose ses valises à Toulouse pour « Lucia di Lammermoor ». Des terrains de rugby à la scène du Capitole, il évoque sa passion pour l’opéra, son héritage insulaire et son amitié avec les joueurs du Stade Toulousain.
Est-ce vrai que c’est grâce à la chorale de votre club de rugby que vous avez découvert l’opéra ?
Oui, c’est vrai. C’était mon entraîneur à l’époque. Il m’a dit : « Si tu veux jouer au rugby, tu dois chanter dans la chorale ». Il disait ça parce que pour lui, c’est la même sensibilité, la même émotion. Il voulait prouver qu’on peut être un homme fort et un artiste à la fois, que c’est la même chose. Il avait raison, il était formidable. L’équipe de rugby a beaucoup apprécié cela, et c’est ainsi que j’ai découvert le chant et l’opéra.
Combien de temps avez-vous joué au rugby ?
De 8 ans à 19 ans en Nouvelle-Zélande car ma famille a quitté les îles Samoa quand j’étais tout petit. J’ai même joué jusqu’à 23 ans car j’avais poursuivi le rugby au Pays de Galles quand j’étudiais à Cardiff grâce au grand ténor Dennis O’Neill.
Comme au rugby, la solidarité du milieu de l’opéra vous a permis de poursuivre vos études de chant, notamment grâce à des fondations et à des artistes comme Dennis O’Neill ou Kiri Te Kanawa qui vous ont soutenu…
Grâce à ces fondations, j’ai pu faire ce que j’aimais. Il existe une réelle solidarité dans le monde du chant et de l’opéra. Les gens veulent vous soutenir. Au rugby, on soutient les autres en tant qu’équipe. À l’opéra, c’est pareil : on vous soutient parce que c’est une équipe sur scène. Ces fondations ont été cruciales, elles m’ont guidé, me disant : « Tu devrais aller ici, ou là ».
Qu’est-ce que ça vous fait de chanter pour la première fois à Toulouse, la capitale du rugby ?
Je suis vraiment très heureux. J’ai du mal à croire que c’est ma première fois ici. Je suis aussi ravi d’avoir vu l’équipe du Stade Toulousain. Ils m’ont même donné un maillot à mon nom. Je suis allé voir les joueurs et les entraîneurs le deuxième jour après mon arrivée. J’en connais quatre qui ont joué en Nouvelle-Zélande, comme Jérôme Kaino ou George Tilsley. J’ai aussi rencontré d’autres membres de l’équipe. Malheureusement, Antoine Dupont n’était pas là à cause du Tournoi des Six Nations.
Vous aimez donner une âme à vos personnages. Comment avez-vous travaillé le personnage d’Edgardo, amoureux de Lucia ?
C’est un rôle difficile à interpréter parce qu’on ne sait pas toujours sur quel pied danser : suis-je jaloux, amoureux, en colère ? J’essaie de trouver le juste équilibre pour que le public y croie. Son rôle est assez court, il faut donc marquer les esprits rapidement pour que les gens soient de votre côté. Je joue Edgardo en essayant d’être le plus crédible possible. Je ne suis pas seulement jaloux ou en colère, je suis surtout triste. J’essaie de donner une réponse humaine plutôt qu’une réponse purement opératique.
Vous reprendrez ensuite ce rôle à la Scala de Milan. C’est une consécration !
Oh que oui ! Mais ça me fait un peu peur aussi, car c’est la Scala, un lieu chargé d’histoire. C’est agréable de jouer à Toulouse d’abord, car je m’y sens à l’aise, comme en famille, avant d’affronter le public italien.
Qu’aimez-vous dans le Bel Canto ?
La simplicité et la beauté de la musique. Dans le Bel Canto, l’essentiel, c’est la voix. C’est ce que je préfère : avoir cette capacité d’être là et d’utiliser pleinement ma voix.
Parlant de voix, les spécialistes disent que votre timbre solaire rappelle la voix de Pavarotti. C’est le compliment suprême, non ?
C’est le plus beau compliment mais c’est aussi une croix à porter. C’est un poids énorme parce que tout le monde s’attend à ce que vous soyez comme lui. Dès que vous faites une petite erreur, on entend : « Oh la la, ce n’est pas Pavarotti ». La comparaison est flatteuse mais je ne suis pas Luciano Pavarotti, je suis Pene Pati ! Il avait une voix bien supérieure à la mienne. Il était fantastique, je n’en suis pas encore là.
Vos origines samoanes sont-elles la raison du soleil qui est dans votre voix ?
Je pense que oui. Parce que c’est une île avec du soleil. Mais quand j’y réfléchis, je pense que cela vient de nos origines très humbles. Quand on part de rien, on est juste heureux de ce qui nous arrive. Je suis heureux d’être ici, en France, à Toulouse. Pour nous, aux Samoa, c’est un rêve. Alors je souris car c’est une chance que peu de gens ont. Je suis heureux de dire merci à toute l’équipe. Et je pense que cette joie rend le spectacle meilleur et rend les gens autour de moi meilleurs aussi.






















