Le musée des Abattoirs suspend l’interdiction de toucher avec l’ouverture de la première galerie tactile et d’une passionnante exposition temporaire en bas-reliefs et 3D d’œuvres aussi célèbres que « La Joconde » ou « Les Demoiselles d’Avignon » par l’artiste espagnol Xano Martinez.
Dès le plus jeune âge, en entrant dans un musée, on dit aux enfants qu’il faut toucher avec les yeux. Désormais, au musée des Abattoirs de Toulouse, il est possible de regarder avec les mains. Une façon différente, ludique et sensorielle, d’aborder les œuvres de la première galerie tactile.
« Après un test avec le Rideau de scène de Picasso et la maquette architecturale du musée, nous avons souhaité ouvrir une galerie tactile pérenne dans une salle dédiée », explique Lauriane Gricourt, directrice du musée des Abattoirs. « Il s’agit d’un projet inclusif au long cours mené avec l’Institut des jeunes aveugles de Toulouse. Il a pu voir le jour grâce au soutien de la Fondation Orange et à l’accompagnement de la Drac Occitanie ».
Quatre œuvres illustrant la diversité de l’art sont désormais accessibles par le toucher. Il s’agit de « Sans titre » (1959) de Louise Nevelson, « Petit ocre lacéré » (1964) d’Antoni Tàpies, « Géométree n°109 (Parjure n°1) » (1993) de François Morellet et « Infinity Mirrored Room » (1998) de Yayoi Kusama. Reproduites en miniature, ces œuvres permettent de percevoir au toucher leur texture, leur composition et d’en saisir le propos artistique, adapté à une lecture tactile. Des enregistrements audios accompagnent la découverte de ces reproductions et présentent la démarche des artistes. Des photographies des œuvres originales font écho aux reproductions tactiles.
Une expérience sensorielle
« Je suis non-voyante de naissance », informe Geneviève qui a participé au projet de galerie tactile. « Quand je touche l’œuvre de Tàpies, par exemple, cela me rappelle toutes les discussions que nous avons eues au moment de la sélection : comment reproduire cet effet de sable, les lacérations, les traits, les fentes… Si quelqu’un me décrivait cela, je m’ennuierais au bout de cinq minutes. Dans les musées, mon mari me décrit les œuvres, mais au bout d’un moment, je ressens une certaine fatigue. Là, c’est une autre connaissance des œuvres. Ce serait impossible à décrire uniquement avec des mots. Le fait de pouvoir toucher et d’écouter un audioguide, un texte réfléchi, c’est très important. Pour moi, cela fait partie de la culture populaire ».
Une approche rendue effectivement populaire grâce au talent de l’artiste espagnol Xano Martinez qui a réalisé les maquettes mais aussi l’exposition temporaire, visible gratuitement, jusqu’au 18 mars, à la galerie des Publics, située à l’extérieur du bâtiment principal. Non-voyants et voyants sont conviés à un voyage sensoriel et étonnant à la redécouverte d’œuvres aussi célèbres que « La Joconde » de Léonard de Vinci, « Les Demoiselles d’Avignon » de Picasso, « Méduse » du Caravage ou encore « Le Rêve » de Dali.
« À la base, je suis artiste visuel et vidéaste », précise Xano Martinez. « J’ai voulu permettre à tous de redécouvrir ces œuvres reproduites en bas-relief mais aussi en 3D en même temps que les photos sont tactiles ». Une approche bluffante qui permet de ressentir les moindres détails par des effets de profondeur et de matière.

















