Pascale Cazaneuve, infirmière libérale à Toulouse, alerte sur l’impact de la hausse des prix du carburant sur la profession. Les indemnités kilométriques ne suffisent plus.
Le prix des carburants s’envole et impacte directement le quotidien des infirmières libérales. Pascale Cazaneuve, infirmière à Toulouse, était l’invitée ICI Matin, ce mercredi. Elle est membre du SNIIL (Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux).
ICI Occitanie : Plus de 2 euros le litre de gasoil, ça devient compliqué pour vous ?
Pascale Cazaneuve : On a pris 20% de augmentation sur nos déplacements, depuis la hausse drastique du carburant. Et c’est étonnant que l’État n’ait pas pensé à faire quelque chose.
Vous qui faites partie du SNIIL, quelles sont les remontées du terrain depuis dix jours ?
Quand je parle de 20% d’augmentation, c’est une moyenne. Pour une infirmière libérale en secteur rural, qui peut faire jusqu’à 200 km par jour, c’est une réalité financière. C’est une augmentation de 20 euros par plein !
On « encaisse » ça pour pouvoir continuer à soigner les patients, ceux qui sont le plus loin vont être, à un moment donné, impactés. Les infirmiers libéraux font tout ce qu’ils peuvent, mais il faudrait quand même qu’on soit conscient de la réalité.
Quel est le ressenti aujourd’hui au sein de la profession ?
Il y a de l’inquiétude, de la lassitude. Ce métier n’est plus ce qu’il était, on nous a fortement oubliés. On a été applaudis pendant le Covid, et puis après, hop ! aux oubliettes.
Le conflit au Moyen-Orient semble parti pour durer, quelles conséquences ça peut avoir sur le long terme sur votre profession ? une désaffection ?
Un désengagement, c’est sûr et certain. On ne peut pas demander aux métiers de service en première ligne comme les médicaux de pouvoir absorber tout ça.
J’ai cru entendre à plusieurs reprises que l’État avait des stocks, qu’en plus de ça, notre carburant ne vient pas en totalité de ces territoires en guerre, mais de qui se fiche-t-on ? Est-ce qu’il ne pourrait pas y avoir un petit peu d’anticipation, plutôt que de faire subir cela à la population ?
Il y a des indemnités kilométriques qui existent, ça ne suffit pas aujourd’hui ?
Aujourd’hui, notre profession a des usages, on a 2,75 euros de déplacement par acte. Mais ces 2,75 euros ne sont pas uniquement pour rembourser le prix de l’essence, c’est aussi l’entretien, l’assurance, etc. C’est un coût de mobilité. Et c’est le plus faible des professions libérales qui se déplacent, il faut quand même aussi le dire.
En détail, si vous n’avez pas de professionnel au plus près de chez vous et que vous appelez une infirmière qui est à 20 km de chez vous, elle pourra ajouter une indemnité kilométrique qui est de 0,35 euros en plaine. Et de 0,50 centimes en montagne. Mais dans tous les cas, tous les calculs peuvent être faits, ça n’absorbe pas le coût global de la mobilité.
Cette indemnité de déplacement ou ce tarif forfaitaire est en discussion depuis plus de dix ans.
Thierry Clair, le président de l’UNAPL Occitanie (Union Nationale des Professions Libérales) souhaiterait lui un chèque carburant, comme il existe un chèque énergique, c’est une bonne idée ?
Pourquoi pas ! Mais il faudrait aussi une priorisation aux pompes, parce que si demain il n’y a plus de carburant, comment font les infirmières pour aller voir les patients chez eux ? Comment les gens isolés au fond des territoires se font soigner ?
L’État doit agir rapidement, et puis surtout ne pas oublier les gens qui sont auprès de la population. On est levés aux aurores tous les matins, on rentre tard le soir, on est auprès des gens, à leur domicile. Et sans nous, je ne sais pas comment ça peut fonctionner. On est le plus grand hôpital de France !
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555















