Ce samedi 28 mars au soir, le magasin Alinéa de Blagnac baisse définitivement le rideau. Après 15 ans de présence, l’enseigne de meubles succombe à la liquidation judiciaire de la marque, laissant 41 salariés sur le carreau.
L’ambiance est électrique dans les allées du magasin. D’un côté, des clients qui chassent les promotions à -50 % ; de l’autre, des employés qui, entre deux passages en caisse, commencent déjà à faire leurs cartons. Pour beaucoup, c’est bien plus qu’un simple travail qui s’arrête.
« J’ai ouvert le magasin et là je vais le fermer »
À la caisse, Élodie, 38 ans, garde le sourire malgré la gorge serrée. Commerçante dans l’âme, elle est ici depuis l’inauguration en 2010. C’était son premier CDI, elle n’avait alors que 23 ans.
« J’ai ouvert le magasin et là je vais le fermer. C’est un gros mélange d’émotions, de la tristesse« , confie-t-elle avec nostalgie. Pour marquer ce moment, elle a prévu un geste symbolique avec ses collègues : « Je pense qu’on va refaire la même photo dans l’escalier. On était tous réunis pour l’inauguration en juillet 2010 et je pense que lundi, on fera le même clap de fin avec cette même photo. Ce sera poignant d’être postés au même endroit**. »**
Malgré le choc, Élodie tente de rester debout : « Il faut accueillir ce qui nous vient, affronter la vie. Changer de métier au bout de quinze ans, ça peut aussi être un tremplin ! «
Le sentiment d’une « hécatombe » pour le commerce français
Dans les rayons, le constat est brutal. Dès vendredi, le magasin était quasiment vide. Seules quelques bougies et quelques plaids n’avaient pas encore été pris d’assaut par les chasseurs de bonnes affaires. Bernard, un client toulousain, descend l’escalier les mains vides, l’air abattu.
« L’être humain est cupide par nature. Là, tout est à moins 50 %, alors les gens s’y jettent », regrette-t-il. Pour lui, cette fermeture est le symbole d’une crise plus profonde : « On est chez un fabricant français, ce n’est pas le premier qui est en redressement. C’est une hécatombe des magasins français. C’est tout le modèle marketing qui est chamboulé, et les conséquences directes, ce sont des humains derrière. »
Une pancarte pour ne pas oublier leurs noms
À l’entrée du magasin, une simple pancarte en carton attire les regards. Marie-Ange, une cliente fidèle, la prend en photo, les yeux humides. Dessus, les noms de tous les employés, certains présents depuis plus d’une décennie.
» C’est très triste. Ce que je ne comprends pas, c’est que c’est l’une des plus belles enseignes qu’on a ici. De la qualité, de jolis produits… », souffle-t-elle. Un sentiment de gâchis partagé par de nombreux habitants de l’agglomération qui voyaient en Alinéa Blagnac un repère familial depuis quinze ans.
Un sort national fixé au 31 mars
Si pour les équipes de Blagnac l’aventure s’arrête concrètement ce soir, le volet judiciaire, lui, n’est pas tout à fait clos. Le sort de l’enseigne nationale se joue encore devant les tribunaux. Après le rejet d’une offre de reprise jugée irrecevable par la direction début mars, le tribunal de commerce doit rendre sa décision finale ce mardi 31 mars.
Trois issues restent possibles : un plan de redressement de la dernière chance, une cession partielle ou la liquidation judiciaire totale de la marque. Mais à Blagnac, les lumières s’éteindront bien ce samedi soir.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555
















