Le cobra à lunettes, de nouveau aperçu ce jeudi 14 mai après un premier signalement mardi à Castelginest, suscite une vive inquiétude. Philippe Gillet, expert autodidacte avec soixante ans d’expérience dans la manipulation d’espèces venimeuses et figure influente sur les réseaux sociaux, a analysé le cliché du serpent. Pour La Dépêche du Midi, il livre son expertise sur les risques de morsure, les capacités d’adaptation de ce reptile et les dangers d’une potentielle reproduction en milieu naturel.
Vous avez analysé la photo transmise par les gendarmes. Est-ce bien un cobra à lunettes ?
C’est un Naja naja, un cobra à lunettes, il n’y a pas à tortiller. Quand vous voyez des voitures, si je vous demande où est la deux-chevaux, vous la trouvez tout de suite. Pour moi, c’est pareil avec les serpents. Là, j’ai bien vu qu’il est dressé, et il a les deux points distinctifs qu’on voit bien.
Est-ce dangereux pour les habitants ?
Ça ne va pas sauter sur les gens, ce n’est pas un ressort, le cobra se cache. Ces animaux fuient lorsque les humains tendent à les agresser. Maintenant, une morsure de cobra, ça peut être une amputation du doigt, de la main, du bras voire la mort. Si vous le voyez, vous ne l’approchez pas.
Comment agir pour le retrouver ?
Il suffit de savoir où il a été vu pour la dernière fois. Le soir, il sort prendre les derniers rayons du soleil. La journée, il cherche la chaleur sous de vieilles tôles. Là où il y a des cochonneries, il y a des rats, et là où il y a des rats, il y a des serpents. Lui, avec sa langue bifide, il va pister les souris et aller les manger dans leur trou. Et comme c’est un animal qui a vécu en terrarium, il ne va pas courir loin.
Peut-on le piéger ?
On ne peut pas vraiment le piéger. S’il rentre dans une cage, il ressort. Le mieux, c’est d’aller le chasser à la main. Quand on doit faire ça, on l’embête pour qu’il se dresse, puis on met son doigt sur sa tête, et on peut le ramasser. On a l’habitude.
Peut-il s’installer durablement dans la région, comme une espèce invasive ?
Il pourrait. Vous avez des cobras au Maroc, par exemple. En hiver, il fait très froid là-bas, qu’est-ce qu’ils font ? Ils rentrent dans des trous, ils hibernent. Ils peuvent rester six mois sans manger, ça ne les dérange pas. Le problème, c’est la saison des reproductions. Si c’est une femelle et qu’elle pond, c’est un peu moyen. Il y aura les petits cobras. C’est une nouvelle espèce invasive, comme les tortues de Floride ou les ragondins, mais les cobras, c’est encore plus problématique.
Le réchauffement climatique ne risque-t-il pas d’aggraver les choses ?
Le cobra peut s’adapter. On a à peu près le même climat qu’au Maroc, et ils sont capables d’hiberner. Ils vont se mettre au chaud, sous les vieilles tôles. Ce sont des animaux qui peuvent s’installer. Et les bébés cobras ont un venin sept fois plus actif que les adultes, plus concentré, donc très efficace.
D’où vient-il ? Aurait-il pu arriver par inadvertance ?
Il ne vient sûrement pas d’un zoo. Dans les élevages, les animaux sont pucés, on retrouverait le propriétaire. Là, c’est volontaire. En Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, des salons sont organisés quatre fois par an, dans lesquels des cobras sont vendus librement. En France, les règles sont différentes et plus strictes, il faut être capacitaire. Mais un Français peut acheter un cobra à l’étranger, et revenir avec sans jamais le pucer. S’il s’échappe, le propriétaire ne dira probablement rien de peur d’avoir des ennuis. Si c’est le cas ici, on ne le saura jamais.
Seriez-vous prêt à intervenir si la mairie vous contacte ?
Si le maire de Castelginest, Grégoire Carneiro, me contacte, bien sûr, on se déplacera, on ira. Mais ce n’est pas à moi de le contacter : c’est une question de responsabilité. S’il y a un accident, on est responsables. Ce n’est pas la peine de tuer ces animaux, il n’y en a déjà pas beaucoup sur la planète. La mairie peut solliciter des spécialistes pour le rechercher. Ce n’est pas la première fois qu’on nous appelle.













