Depuis la fermeture de l’hypermarché Casino en 2024, les derniers commerçants de la galerie marchande de Basso Cambo, à Toulouse, voient leur activité s’effondrer. Alors que la cession à Bouygues reste bloquée pour un projet immobilier, l’opticien Fabrice Ailloud accuse son bailleur de les laisser dépérir pour éviter de les indemniser. Le bailleur, Magellim, assure avoir recherché des solutions. La mairie veut réunir les acteurs privés pour trouver rapidement une solution. On vous raconte cette situation ubuesque.
Dans la galerie marchande de Basso Cambo, désertée depuis la fermeture de Casino en 2024, Fabrice Ailloud tente de maintenir son magasin d’optique. Quatre commerces subsistent sur une dizaine de cellules. Presse, coiffeur, institut de beauté, réparateur de téléphones : les départs se sont succédé.
La chute de l’activité et les difficultés de trésorerie lui ont aussi coûté son enseigne Optic 2000, explique-t-il. Sa sœur, associée, a démissionné et sa compagne a trouvé un autre emploi. Lui reste avec trois salariés, après avoir investi 200 000 euros pour agrandir et rénover son magasin.
« Pourtant, j’ai construit ici une affaire pérenne depuis plus de 25 ans. Je ne peux ni vendre l’activité que j’ai développée, ni partir avec une indemnisation qui me permettrait de rebondir. »
« La vente de mon fonds est impossible »
Au cœur du conflit, le projet de renouvellement urbain porté par la mairie et dont Bouygues Immobilier a été désigné lauréat. Fabrice Ailloud rappelle que le protocole prévoit des discussions entre bailleur et commerçants sur leur indemnisation et leur éventuel relogement.

« Mais, dans mon cas, malgré mes demandes répétées, il n’y a pas eu de véritable négociation », affirme-t-il. Il estime que la disparition annoncée de la galerie condamne son patrimoine professionnel : « Je me retrouve captif du local : la vente de mon fonds est impossible, et cette impossibilité a détruit sa valeur patrimoniale. »

L’opticien indique avoir assigné son bailleur, Immoval 8, lié à Magellim. « J’ai le sentiment qu’Immoval 8 cherche à obtenir une galerie vide pour pouvoir la céder, sans concrétiser les engagements d’indemnisation pris dans le cadre du projet. Il y a une volonté de nous laisser crever. » Les responsabilités et les éventuelles indemnisations restent à trancher.
Il interpelle aussi la municipalité : « Elle a lancé le projet et peut rappeler aux acteurs leurs engagements. » Et résume son sentiment : « On nous demande de nous effacer au nom de l’avenir du quartier, mais aujourd’hui, ce sont les commerçants qui en paient le prix. »
Magellim défend ses démarches
Sollicité par La Dépêche, Magellim précise que le fonds qu’il gère « ne possède que 30 % de la galerie commerciale » et ne peut donc décider seul de son avenir. Un protocole de cession a été signé en 2025, mais sa réalisation a été empêchée « notamment en raison du contexte du marché immobilier ».
Le gestionnaire assure avoir formulé des propositions, « au prix d’efforts financiers importants », restées sans suite. Il affirme aussi avoir rencontré individuellement les commerçants : « Les conditions exprimées n’ont pas permis de parvenir à un accord. »

Magellim soutient continuer à assumer ses responsabilités dans son périmètre, malgré une situation locative dégradée et « d’importants impayés de loyers et de charges ».
La mairie veut réunir les acteurs
Pour Gaëtan Cognard, maire de quartier, « la principale rupture commerciale, ça a été la fermeture de l’hypermarché ». Mais les bailleurs « doivent assurer l’entretien, le fonctionnement et le dialogue ».
L’élu juge la situation « inacceptable ». La mairie prévoit de réunir les propriétaires et Bouygues dans les prochaines semaines. Elle avait demandé une relocalisation temporaire des commerces pendant les travaux, puis leur retour dans les futurs locaux. Un engagement dont les derniers commerçants attendent désormais la traduction concrète.
















