L’éducateur des équipes de foot de l’US Colomiers a fait 45 victimes. Des ados âgés de 12 à 15 ans, filmés à leur insu pendant plusieurs années alors qu’ils étaient nus sous la douche, dans les vestiaires, ou en train d’uriner. Bon nombre de victimes sont tristement réunies ce jeudi 26 mars 2026, aux côtés de leurs familles et des encadrants de l’US Colomiers, pour faire face à leur agresseur. Cyril G., aujourd’hui âgé de 39 ans, est jugé pour « enregistrement et détention d’image à caractère pornographique d’un mineur de moins de 15 ans », « voyeurisme sur mineur », et « utilisation d’un moyen pour apercevoir à son insu et sans son consentement ses parties intimes ». Ce moyen, en l’occurrence, c’est son téléphone et son réveil-espion. L’alarme – et la caméra qu’elle dissimulait – était placée devant la douche où il envoyait les joueurs, alors qu’ils se trouvaient en séjour à Mérignac pour une compétition. C’est ce qui finira par le trahir, au mois de mai 2023, avant de déclencher une flopée de plaintes et sa suspension du club.Deux années et un renvoi plus tard, voilà Cyril G. fait face à ses victimes et aux magistrats, adoptant une attitude si détachée qu’elle en a laissée sans voix toute une salle d’audience – déjà traumatisée par ses actes. Comment justifie-t-il ses agressions ?
Qui est le prévenu ?
La salle d’audience, bondée, est silencieuse. « Est-ce que les victimes pourraient lever la main ? », questionne le président. Timidement, les bras se lèvent sur les bancs du public.
Les ados et leurs parents font face à Cyril G., debout dans le box des prévenus. Ils le toisent, avec sa barbe fournie, sa doudoune à manches longues, ses yeux bruns, qui fixent de le vide pour éviter leurs regards.
Trois séances par semaine, trois ans de sévices
Le trentenaire, défendu par Me Olivier Vercellone et Me Catherine Pons-Fournier, encadrait spécifiquement les équipes des moins de 16 ans et des moins de 13 ans. « L’équipe U13, c’est une catégorie particulièrement importante parce que c’est l’année qui peut déboucher sur le pôle espoir », glisse le père d’une victime à Actu Toulouse. « Il y a beaucoup d’enjeu et Cyril avait beaucoup d’emprise sur les enfants, ils avaient besoin de lui pour être sélectionnés ! »
Lui, qui a entraîné les ados « trois séances par semaine, plus les matchs » et ce, pendant six ans. Les agressions s’étalent sur au moins la moitié de cette période : trois longues années de sévices, de début 2020 jusqu’à mi 2023.
Le réveil-espion installé dans la chambre d’hôtel
Au mois de mai cette année-là, il encadre deux séjours à Mérignac, en Gironde, dans le cadre de compétitions sportives. Les ados ont 12 ans lors du premier séjour, 16, lors du second. Après les matchs, le coach organise un roulement et leur demande de débriefer deux à deux dans sa chambre d’hôtel : pendant qu’il s’entretient avec le premier, le second joueur passe à la douche dans la salle de bains. « Une rotation comme à l’armée », souffle le président. « Il y avait beaucoup d’entretiens à faire ! », rétorque le prévenu.
Devant la douche, le trentenaire avait préalablement installé un réveil-espion pour filmer les gamins dénudés, à qui il donnait des directives : il fallait bien essuyer la buée sur la vitre, bien se sécher à la sortie. « C’était juste dans le but que la douche reste propre ! », insiste l’ancien coach.
« Il nous oblige à faire pipi devant le chariot »
Ce réveil, installé devant la douche, éveille les soupçons d’un ado. Il prend des photos de la caméra déguisée et les montre à son père. Pour le coach, c’est le début de la fin. L’enquête ouverte consécutivement met en lumière sa mécanique sordide et particulièrement organisée, qui dure depuis déjà trois ans. Car l’affaire de Mérignac n’est pas un cas isolé.
Devant le prévenu, le procureur dissèque d’autres actes, commis durant ou après les entraînements : par exemple, il demandait aux joueurs d’uriner à un endroit précis, devant lequel il avait préalablement installé un chariot où il posait son portable… dirigé en direction des joueurs. « Il nous obligeait à faire pipi devant le chariot », témoignait un garçon de 15 ans à l’époque. « Si jamais on faisait pipi de l’autre côté, il nous engueulait, et il nous obligeait à faire pipi à l’endroit prévu. »
Quels avocats défendent les 42 parties civiles ?
Les 42 parties civiles sont défendues par Me Sophie Michel-Cau, Me Nelly Magendie, Me Cynthia Hamiche, Me Samel Fourlin, Me Frédérique Knopf-Silvestre, Me Jacques Levy et Me Lisa Mili.
Filmé dans les vestiaires
Confirme-t-il ces agissements, demande le président ? « Oui, tout à fait », soutient l’autre. « Je lançais l’enregistrement en amont et je posais le téléphone. » Le trentenaire ne sourcille pas, admet tout, s’explique en détail sans témoigner d’émotion particulière – sauf peut-être un semblant de désinvolture -, y compris à propos des moments où il filmait les ados dans les vestiaires.
Il avoue sur un ton naturel que dans ces moments-là, il se plaçait devant les garçons au moment où ils étaient dénudés, dirigeant son portable « vers les parties génitales, les fesses ou le corps entier », prenant tour à tour des photos ou des courtes vidéos.
Des appareils électroniques remplis de preuves
Sur son téléphone, suite à son interpellation, les policiers retrouveront 61 photos et vidéos capturées au moment où ses victimes urinaient. Ainsi qu’un mode d’emploi du réveil-espion – la notice était « à portée de main », note le président de l’audience.
Sur son ordinateur, au-delà des nombreuses vidéos pédopornographiques téléchargées, les enquêteurs découvriront aussi 54 vidéos des mineurs filmés dans les vestiaires. Le prévenu transférait régulièrement les images sur des disques durs, affirmant que c’était « pour les supprimer, sans intention de les regarder ensuite ». De quoi offusquer la salle, hébétée face à ses justifications bancales.
« Pas d’attirance pour les ados »
Car s’il reconnaît ses actes (depuis qu’on a retrouvé les preuves), s’il assure « comprendre la colère » des familles, Cyril G. nie être pédophile. Il explique qu’il était en dépression, se sentait seul, privé d’affection sexuelle.
« J’ai fait ça pour franchir l’interdit, pas par excitation sexuelle. C’était un exutoire, quelque chose que je faisais de temps en temps, et voilà. » Vous n’avez donc pas d’attirance pour les ados, confronte le président ? « Non, je ne suis pas attiré par les ados ! Si c’était ça, je vous le dirais !, lâche le prévenu. Devant l’expert psychiatre, il avait déjà insisté sur ce point, niant « toute attirance sexuelle sur des personnes prépubères ou des adolescents ».
Risque de récidive élevé
Le rapport du psychiatre conclura cependant qu’il « cherche à justifier à tout prix ses agissements autrement que par des intentions pédophiles », et qu’il apparaît « hautement probable qu’il a présenté une attirance sexuelle pour le corps des victimes présumées ».
Avec « un risque de récidive élevé », souligne le président. Suite à son placement initial sous contrôle judiciaire, l’entraîneur avait d’ailleurs tenté de se rapprocher à nouveau de mineurs, provoquant son placement en détention provisoire fin 2025.
La peine demandée par le procureur
Lors de ses réquisitions, le procureur de la République soulève la manipulation exercée par Cyril G. sur les enfants, dont il salue le courage, d’avoir su se soulever contre cette figure d’autorité. Égrainant les dénégations successives du trentenaire, le procureur lâche : « C’est fou, le déni, ce que ça peut faire ».
Il requiert donc que l’entraîneur soit déclaré coupable et condamné à 12 mois d’emprisonnement avec maintien en détention. Ainsi qu’une interdiction de contact avec un mineur pendant 10 ans, une obligation de soins, un suivi socio-judiciaire avec une peine de deux ans d’emprisonnement s’il ne le respecte pas, et une interdiction de paraître en Haute-Garonne.
Le verdict est attendu le mercredi 1er avril à 14 heures.
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