Une panne d’électricité plonge un immeuble toulousain dans le noir depuis dimanche. Treize foyers vivent un véritable cauchemar, entre frigos vidés, douches improvisées et quotidien chamboulé. L’origine de l’infiltration d’eau reste, pour l’heure, un mystère. Excédés, les locataires menacent désormais de ne plus payer leurs loyers.
Les volets roulants sont bloqués à mi-hauteur. Le salon de Sofia* baigne dans une pénombre permanente depuis dimanche. Cette habitante et ses deux adolescents vivent sans électricité. Comme les douze autres foyers du 75 route de Blagnac, dans le quartier des Sept-Deniers à Toulouse. Dans ce bâtiment beige aux lignes anguleuses et à la façade austère, le confort a disparu dans un bruit étrange.
La panne débute à la fin du week-end, peu après 22 heures. « On a entendu un boum. On est sortis dans le couloir. On pensait que ça venait de chez nous », raconte cette locataire installée dans l’immeuble depuis vingt-cinq ans. Dans l’obscurité, les voisins circulent avec des lampes torches. Une odeur de brûlé flotte dans les parties communes.
Un technicien d’Enedis intervient environ une heure plus tard. Le diagnostic tombe rapidement : le coffret électrique de l’immeuble est rempli d’eau. Impossible de rétablir le courant.
Depuis, la vie s’organise tant bien que mal. Les habitants ont créé un groupe WhatsApp pour suivre l’évolution de la situation et partager les rares informations. « Depuis lundi, on harcèle le syndic par mail, par appel, par message. On nous répond qu’ils font ce qu’ils peuvent », ajoute, dépitée, Sofia.
Dans les appartements, les conséquences deviennent lourdes. Sofia tente de s’adapter tant bien que mal : « Je suis en rééducation, je reste souvent allongée. Pour charger les téléphones, on va chez quelqu’un. Pour se laver, on va chez la famille. On mange souvent dehors. » Une solution provisoire qui a un coût. « J’ai dû jeter tout ce qu’il y avait dans le frigo : de la viande, des surgelés. »
Une grève des loyers
D’autres habitants ont préféré quitter temporairement leur logement. Ils ont été relogés par leur assurance. « Pour moi, tout le monde se renvoie la balle. On est en train de survivre. Un jour de panne, ce n’est pas grave. Mais quatre jours, c’est beaucoup. On a l’impression que tout le monde s’en fout », dénonce la mère de famille. Certains évoquent déjà la possibilité de suspendre le paiement du loyer.
Pour plusieurs résidents, la situation trouve pourtant son origine bien plus tôt. « Je l’avais signalée en 2022 », assure Sofia, vidéo à l’appui, montrant un plafond des parties communes gorgé d’eau au-dessus des compteurs électriques.
Le syndic assure qu’une recherche de fuite est en cours. « Plusieurs professionnels ont été mandatés », indique Christophe Boulin, directeur de l’agence Citya Côte Pavée, qui gère la copropriété. « Nous avons récupéré cet immeuble récemment. Des travaux qui auraient dû être faits auparavant ne l’ont pas été et nous essayons de remettre la copropriété d’aplomb. »
L’origine précise de l’infiltration reste, pour l’instant, inconnue. « Nous sommes obligés de tout vérifier. Malheureusement, on ne peut pas aller plus vite », poursuit-il, assurant que les propriétaires sont informés « chaque jour de l’état d’avancement ».
Dans ce petit immeuble de deux étages, la situation pourrait encore durer. « Je pense qu’il faudra au moins une semaine de plus », estime une habitante. En attendant, le garage a été ouvert manuellement pour permettre les allées et venues. À la tombée du soir, les couloirs s’éclairent à la lampe torche.

















