Ce vendredi 13 mars, la librairie Ombres Blanches reçoit l’académicienne Chantal Thomas. À travers ses deux nouveaux livres, elle tisse des liens fascinants entre Patti Smith, Colette et Virginia Woolf, des femmes d’exception qui ont brisé les dogmes pour s’inventer un espace de liberté.
À l’été 2024, l’académicienne Chantal Thomas évoquait des femmes exceptionnelles qui ont, elles aussi, séjourné sur la Côte d’Azur. « Femmes sur fond d’azur » en constitue la compilation. Et paraît au même moment « Inventer sa chambre à soi » qui relie dans le temps Virginia Woolf, Colette et Patti Smith. Leur trait commun ? Leur positionnement contre les impératifs et dogmes de leurs époques mais aussi leur vie artistique…
Comment a débuté l’histoire des deux livres que vous venez présenter chez Ombres Blanches vendredi ?
Quand j’ai proposé ces cinq femmes pour la série estivale du « Monde », elles avaient en commun d’être venues sur la Riviera et d’y avoir fait une découverte fondamentale. Et en approfondissant leur existence, j’ai été troublée par la manière dont elles avaient des liens les unes par rapport aux autres. Par exemple, Marie Bashkirtseff, qui voulait faire du chant, avait croisé Sophie Cruvelli, qui, elle, était une grande cantatrice. Katherine Mansfield, non seulement lisait Marie Bashkirtseff qui était son modèle mais admirait aussi Colette. Elles ont en commun également le fait d’avoir écrit des livres sous forme de journaux intimes, sauf pour Colette. Marie Bashkirtseff, la reine Victoria ou Katherine Mansfield ont écrit des journaux toutes leurs vies. On les retrouve dans « Femmes sur fond azur ».

Le deuxième livre, « Inventer sa chambre à soi », s’intéresse également à trois femmes d’importance pour vous…
Oui, c’est pour ça que j’avais très envie que les deux sortent en même temps. Une écrivaine est dans les deux livres : Colette. Et puis, il y a un certain prolongement sur la question de trouver un lieu de bien-être, ou un lieu où on se sente heureux et protégé, une chambre à soi, concept inventé par Virginia Woolf. Colette a vécu cette histoire incroyable d’avoir eu « sa chambre à soi » mais de ne pas en avoir la clé, d’être l’esclave, l’écrivaine fantôme de son mari, Willy. Et la troisième, Patti Smith, s’est imposée également parce que j’aime vraiment ce qu’elle chante et ce qu’elle écrit. Et puis, elle a eu cette idée d’ouvrir un café, c’est génial !
Patti Smith occupe une place à part dans votre parcours…
Je suis arrivée aux États-Unis au moment de la sortie de son album « Horses » il y a 50 ans, je ne l’ai jamais rencontrée mais je fréquentais moi aussi Saint Marks Place, le Naropa Institute où j’ai croisé Allen Ginsberg et Al Wymann, ce milieu de poésie et de rock qui m’a charmée. C’était, et ça continue d’être, une vitalité poétique et un engagement dans la musique. C’est quelque chose que je découvrais, ce n’était pas du tout français.
Mais en même temps, quand vous écrivez « Je vivrai autrement », on note la correspondance d’état d’esprit avec ces femmes…
Voilà ! Je ne savais pas du tout ce que je voulais, mais je pensais que je ne voulais pas vivre la répétition un peu morne de mes parents, sans projet précis. Je ne savais pas encore ce que je voulais faire. Je l’ai découvert très tard, je ne suis pas quelqu’un qui fait des projets.
Mais le goût pour la liberté vous caractérise vous aussi…
C’est quelque chose qui m’anime. Et ces six femmes qui abordent sur la Côte d’Azur ou sur la Riviera sont très différentes, mais elles ont ça en commun, elles cherchent une suspension des obligations. Mon père est mort très jeune à 42 ans, j’étais dans une famille où il n’y avait pas beaucoup de restrictions. Et quand je suis partie après le bac, à Bordeaux, j’ai eu une année assez désagréable parce que j’étais pensionnaire, et je n’étais pas habituée. Et après, j’étais d’autant plus excitée par la liberté, c’est vrai ! (rires) La découverte de la chambre à soi, pour moi, ça a été la découverte de la chambre et de la vie étudiante. Et ça, c’est comme si j’avais trouvé tout de suite le format d’existence qui me plaisait (rires).
Virginia Woolf, Colette, Patti Smith inspirent encore ?
Ce sont des modèles qui inspirent et la preuve c’est que Patti Smith sortira un livre en avril, « Le Pain des anges » (Gallimard). Elle continue de faire des tournées et de susciter des passions. Colette est toujours autant lue, sinon plus, et « Une chambre à soi » de Virginia Woolf a inspiré bon nombre de livres depuis sa parution. Donc, elles continuent non seulement d’inspirer les artistes, mais aussi les lecteurs et les lectrices.
















