Le harcèlement, sexuel et moral, au sein d’un cabinet d’avocats toulousain a éclaté après enquête à l’été 2021. Absent à son procès ce mardi à Montauban, l’ex-patron est condamné à trois ans de prison, dont un an ferme, et cinq ans d’interdiction d’exercer.
Un arrêt maladie de dernière minute et une absence qui pèse lourd. Me Olivier Michelet « n’a pas eu les couilles de venir nous dire qu’il était innocent », s’emporte Me Rachel Lheureux dans sa défense d’une jeune femme. Quand le procureur de Montauban, Bruno Sauvage, déplore : « Plus facile de s’en prendre à de jeunes femmes, stagiaires, que d’affronter le procureur et les juges d’un tribunal correctionnel ! »
En juin 2021, cet avocat aujourd’hui âgé de 60 ans a été accusé de viols, d’agressions et harcèlements sexuels, mais aussi de harcèlements moraux. Lors de sa garde à vue en juillet 2022, puis deux fois devant la juge d’instruction, il a hurlé aux mensonges, aux exagérations, aux rapports sexuels consentis. Certes les viols ont été écartés par l’instruction. Et trois des victimes identifiées ne se sont pas constituées mais le dossier s’impose.
Stagiaires 35 heures par semaine !
La présidente Aude Sallefranque le détaille. Comment appréhender l’ambiance délétère que racontent ces trois femmes ? « Ces boules au ventre » qui les envahissent sur la route du cabinet ? Elles étaient étudiantes, en stage ou en formation. « Ma convention prévoyait 15 heures par semaine ; j’en faisais facilement 35, avec des relances le week-end ou en vacances », déplore l’une d’elles qui oubliait ses cours pour le cabinet.
Une autre, en alternance, se souvient « de remarques incessantes. Un coup élogieux, deux minutes après odieux. Un jour, il a renversé son bureau parce que je ne l’avais pas averti immédiatement d’un renvoi. De retour chez moi, j’ai pensé que la prochaine fois, il allait me frapper. J’ai démissionné. »
Après des premiers mois presque idylliques, entre passion amoureuse et relations sexuelles, une autre relation dégénère. « Vous aviez quel âge », s’inquiète la présidente. « Vingt-deux ans », répond celle qui est devenue avocate. « Et lui, presque 55 ans. N’y avait-il pas une forme d’emprise ? » La jeune femme, tout de noir vêtue, n’ose pas l’affirmer. Une psychiatre avance l’hypothèse.
Une jeune femme exaspérée à qui il interdisait les pantalons et regrettait les collants a déclenché l’affaire en dénonçant son comportement sur les réseaux. Elle serre les poings lorsque la défense dénonce que la main ait glissé sur la jupe un soir de décembre 2019. « Personne ne pouvait nous voir. Affirmer le contraire est un mensonge », assure la victime. « Et dire qu’il était chargé comme un âne ? », relance le procureur, surpris par l’expression utilisée par l’avocat. « Un verre de vin le soir, de l’alcool à midi. Il ne titubait pas et il n’était pas ivre. »
« Il n’assume rien »
Les conseils des victimes, Mes Clémence Doumenc, Rachel Lheureux et Samuel Fourlin, pestent contre cet absent. « Il criait son innocence mais il fuit à l’heure de son procès, résume Me Doumenc. En réalité, il n’assume rien. » « Il insulte, rudoie, critique toujours davantage et pousse ‘sa chose’ dans la détresse », regrette Me Fourlin. Me Lheureux souligne « la force extraordinaire pour trouver le courage de dénoncer. Le courage qui manque aujourd’hui à cet homme pour assumer ».
« Autorité, emprise, omerta, mensonge », énumère le procureur Bruno Sauvage, convaincu de la réalité « de tous les faits ». « Et madame, si nous n’avons pas retenu le viol, c’est uniquement par manque d’éléments. Pas parce que nous ne vous croyons pas. » Il requiert trois ans de prison, dont deux années de sursis probatoire et surtout cinq ans d’interdiction d’exercice de la profession d’avocat.
Lourd. Seul contre tous, Me Guy Dedieu essaye de trouver des arguments. Il admet « les excès », le « ton » mauvais, le harcèlement, « d’une autre époque, forcément ». Pas les contraintes sexuelles. Et bataille surtout contre une interdiction d’exercer « excessive, disproportionnée, inutile ».
Le tribunal a jugé rapidement. Me Olivier Michelet est condamné à trois ans de prison, dont deux années avec sursis probatoire ; une année ferme sous bracelet électronique. Plus cinq ans d’interdiction d’exercer la profession d’avocat. Jugement accompagné d’une exécution provisoire. Les victimes obtiennent 5 000 et 1 500 euros de dommages et intérêts.

















