SÉRIE (2/8). Son nom revient régulièrement après les fusillades toulousaines. Pourtant, selon plusieurs sources policières, aucun élément ne permet à ce stade d’établir que la DZ Mafia contrôle un point de deal en Haute-Garonne. Derrière la réputation de l’organisation marseillaise apparaissent surtout des alliances ponctuelles et des tueurs recrutés pour des missions précises. Au printemps 2024, une équipe appelée pour intimider les concurrents d’un couple aux Izards aurait toutefois tenté de s’imposer à Bagatelle. Une affaire qui a conduit les enquêteurs jusqu’à un chef présumé du groupe, détenu à Vendin-le-Vieil.
Le 24 avril 2024, vers 20 h 45, trois hommes descendent d’une voiture rue du Cher, à Toulouse. L’un filme, les deux autres tirent. Deux personnes sont blessées aux jambes sur ce point de deal de Bagatelle. Plus de deux ans après, les enquêteurs soupçonnent un chef de la DZ Mafia d’avoir commandité l’attaque. Mais jusqu’où s’étend réellement l’influence de l’organisation marseillaise dans les quartiers toulousains ?
Le nom de l’organisation marseillaise revient régulièrement derrière les fusillades, avec le soupçon de mettre la main sur les cités. Sur le terrain, la réalité observée par les enquêteurs paraît bien plus nuancée.
« Jusqu’ici, aucun renseignement ne permet d’établir que la DZ Mafia a pris la main sur un point de deal de Haute-Garonne. Il y a eu des alliances ponctuelles, mais liées à des contrats précis », confie un fin connaisseur des guerres de territoire à Toulouse. La seule et unique véritable tentative de « putsch » a eu lieu en 2024.
Une alliance de circonstance
Au mois d’avril de cette année-là, aux Izards, une famille perd peu à peu sa place au cœur du trafic. Son point de deal, qui attirait des milliers de clients par jour, est convoité par d’autres prétendants du quartier. Un couple aurait alors cherché des renforts pour conserver sa position.
La femme possède des attaches dans les Bouches-du-Rhône. Son compagnon, récemment incarcéré, aurait croisé en détention des membres de la DZ Mafia. « Ces relations naissent souvent en détention et se prolongent à la sortie », observe une source policière. Contre quelques milliers d’euros, l’équipe marseillaise aurait accepté d’impressionner leurs concurrents.
Vers le 20 avril 2024, la porte d’un appartement est incendiée. L’attaque est filmée, diffusée puis revendiquée par le groupe. Des rafales sont également tirées aux Izards.
Mais ces renforts auraient rapidement entrevu une autre possibilité : s’implanter à leur tour, à quelques kilomètres de là, à Bagatelle, où le « terrain » leur aurait semblé plus facile à prendre qu’à Marseille. L’assaut du 24 avril serait lié à cette tentative.
Début mai 2024, les unités de la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) interpellent sept suspects : le couple haut-garonnais et cinq Marseillais. Parmi eux figure un homme présenté comme un tueur à gages de la DZ Mafia, qui serait impliqué dans six autres exécutions.
Un des pontes de la DZ Mafia aurait donné le « Go »
Devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse, en février 2025, l’un des suspects sollicite sa libération sous contrôle judiciaire : « J’ai voulu accompagner un ami. Je ne savais pas qu’on allait tirer, je n’étais pas là pour tuer », affirme-t-il. Le jeune homme occupait pourtant la même voiture que ce « sicario » présumé.
En septembre 2026, l’enquête conduit les policiers toulousains jusqu’à la prison de Vendin-le-Vieil. Ils s’y entretiennent avec l’un des chefs présumés de l’organisation marseillaise, soupçonné d’avoir commandité la fusillade.
Au-delà des stupéfiants
Ces hommes de main interviennent aussi dans des affaires sans lien avec les stupéfiants. À Saint-Jory, au nord de Toulouse, une société spécialisée dans l’irrigation, dont le propriétaire est israélien, a ainsi été visée en janvier 2024.
Un membre de la DZ Mafia, envoyé pour incendier l’entreprise, a été condamné à huit ans de prison. Au cours de l’instruction, cet homme de 39 ans est allé jusqu’à menacer de mort la juge. Des liens avec l’Iran sont soupçonnés dans cette attaque et une enquête est toujours en cours au parquet national antiterroriste.
L’affaire illustre la disponibilité de ces exécutants pour des commanditaires extérieurs au narcotrafic. Souvent confrontés très tôt à la violence des quartiers marseillais, ces hommes constituent un vivier de « personnalités violentes » dans lequel viennent puiser différents réseaux. « Marseille regorge de tueurs à gages prêts à tout », glisse un enquêteur.
Un nom comme protection
Mais venir de Marseille ne suffit pas à faire de ces exécutants des membres de la DZ Mafia. Plusieurs ont été arrêtés pour des meurtres ou des tentatives de meurtre, sans que leur appartenance à l’organisation puisse toujours être établie.
« La plupart se revendiquent de la DZ ou de la Yoda, le camp adverse, mais en réalité, ce n’est pas le cas. Ces organisations sont une sorte de label. Elles embauchent ponctuellement des petites mains pour effectuer des missions. Si une personne a travaillé une fois pour eux, elle peut se vanter d’en faire partie pour s’acheter une réputation ou une protection », souligne un fonctionnaire de police.
Les recrutements sur les réseaux sociaux, contre plusieurs milliers d’euros, compliquent encore l’identification de ces appartenances. « Il n’y a ni carte d’adhérent, ni signe distinctif pour prouver son appartenance », ironise un enquêteur. Pour la police, le véritable défi consiste alors à remonter jusqu’aux commanditaires.
Des commanditaires locaux
Dans les dossiers toulousains de fusillades et de stupéfiants, les investigations ramènent très majoritairement les policiers à des acteurs locaux. L’un de nos interlocuteurs avance une explication géographique : « Nous ne sommes pas vraiment sur les routes de la drogue contrairement à Perpignan ou Grenoble par exemple. Ces territoires stratégiques les attirent beaucoup plus. »
Les affaires résolues étayent surtout cette analyse. « Dans 99 % de nos dossiers de fusillades et de stups, ce sont des acteurs locaux qui apparaissent. La mise au jour des serveurs de la messagerie Sky ECC nous l’a clairement démontré », résume un enquêteur chevronné. « Les donneurs d’ordre étaient bien d’ici. Ils ont été d’ailleurs condamnés à de lourdes peines. »












