Chaque année, la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse (Haute-Garonne), située à proximité de la basilique Saint-Sernin, reçoit entre 10 et 15 dons de particuliers. « Nous sommes très sollicités mais nous ne pouvons pas tout accepter. Ce sont toujours des ouvrages intéressants pour nous et des gestes émouvants », reconnaît Magali Vene, directrice de l’établissement depuis 12 ans, en nous montrant une très volumineuse Bible en allemand de 1686 qui, avec sa couverture en bois protégée par de la peau de truie, présente un aspect remarquable. « On dirait un grimoire d’Harry Potter », sourit la directrice, heureuse de pouvoir présenter ce livre donné il y a quelques années.
Tout récemment, c’est une édition des « Essais » (1580) de Michel de Montaigne (1533-1592), datée de 1657, qu’une ancienne professeure agrégée de littérature a cédé à la bibliothèque. « Elle n’est pas rarissime mais c’est une version définitive du texte, qu’il a retravaillé jusqu’à sa mort. Nous avions déjà une version de 1588 et cela complète une série d’éditions. Nous possédons aussi un recueil d’apophtegmes, des citations morales de l’Antiquité, possiblement annotées par Montaigne, qui nous a été donné », explique la directrice, qui estime le livre entre 6 et 8 000 euros.
« Un texte très important de la pensée humaine »
Mais d’argent il n’était pas question pour Véronique Dainese, qui a « privilégié l’intérêt intellectuel à l’intérêt matériel » en confiant cet ouvrage acquis par ses arrière-grands-parents belges. Elle en avait hérité à la suite de son succès à l’agrégation et un sujet sur… Montaigne. « Je ne me voyais pas faire de l’argent sur le dos de Montaigne. Je voulais qu’il soit en accès libre », confie-t-elle, heureuse d’avoir fait ce choix.
Cet ouvrage, dans lequel on peut notamment lire la célèbre citation de Michel de Montaigne au sujet de son ami Étienne de La Boétie « parce que c’était lui, parce que c’était moi », vient enrichir la collection de la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse, qui compte « un petit million » d’ouvrages, évalue Magali Vene. « Montaigne est important parce qu’il est le premier à parler de lui. C’est un texte très important de la pensée humaine, et à la fois très accessible », poursuit la conservatrice d’État, qui insiste sur le travail de médiation, notamment auprès des scolaires, mené dans ce bâtiment de 1935 où de nombreux étudiants viennent profiter d’une ambiance studieuse dans un décor agréable et lumineux.
« Nous avons un rôle d’initiation au patrimoine écrit. Et ce genre d’éditions anciennes est l’occasion de faire ce travail. Nous avons aussi des livres enluminés. Une des plus belles pièces est un registre rarissime de l’inquisition méridionale datant de 1240 environ. Un livre important à Toulouse, où est né l’ordre des Dominicains, fer de lance de l’inquisition », raconte Magali Vene. Et comme le patrimoine est vivant, la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse accueille en ce moment en résidence le plasticien toulousain Serge Pey, qui a fait don de ses manuscrits de poésie et dont les œuvres seront exposées dans la grande salle.

















