Dans les Pyrénées centrales, au-dessus du village d’Arbas, la forêt de la Fontaine de l’ours est connue des randonneurs qui l’empruntent pour rejoindre le pic de Paloumère et des spéléologues, plus attirés par les profondeurs du réseau souterrain Félix Trombe. Depuis mai 2019, elle abrite aussi la première forêt cinéraire de France, un lieu de plus d’un hectare, planté de hêtres et de sapins au pied desquels des urnes contenant des cendres de défunts ont été enfouies. Seules des médailles discrètes, gravées à leur nom et accrochées aux arbres, témoignent de la présence des 50 sépultures présentes sous les frondaisons.
C’est Élia Conte-Douette, à l’origine de la société Cime’Tree, opérateur funéraire, et de la marque déposée « forêt cinéraire », qui a convaincu la mairie d’Arbas de proposer, comme c’est déjà possible en Allemagne, une alternative aux inhumations classiques pour les habitants de la commune et d’ailleurs.

« Pour leur fin de vie ou celle de leurs proches, certaines personnes ne veulent pas d’un environnement urbain et minéral. Elles recherchent de la simplicité, un retour à la nature et une approche humaine. En sacralisant un espace, la forêt cinéraire est aussi un outil de préservation du milieu naturel », souligne Élia Conte-Douette. Pour cette Toulousaine de 48 ans qui exerce en parallèle le métier de formatrice en management environnemental, le choix d’Arbas ne tient pas du hasard. Elle avait en tête l’engagement de ce village de 285 âmes en faveur de la biodiversité et la réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées.
Des débuts difficiles
Pionnière, la forêt cinéraire d’Arbas a connu des débuts difficiles. Un an et demi après sa création, sous la pression des services de l’État et en l’absence de législation propre, la commune a dû se résoudre à suspendre l’achat de concession de novembre 2020 à juillet 2024. « Le projet était sans doute trop avant-gardiste, il a fallu être patient. Durant quatre ans, de nombreuses personnes se sont mobilisées pour faire entendre leur besoin et obtenir la réouverture. La demande est réelle. Cinquante inhumations ont déjà eu lieu et 90 emplacements, associés à des arbres, ont été achetés en concession », souligne Élia Conte-Douette.
Espace ouvert à 1 100 m d’altitude, la forêt d’Arbas a essaimé ailleurs en France. Son initiatrice accompagne d’autres collectivités dans la création de leur propre lieu funéraire et assure des formations spécifiques au métier d’opérateur en forêt cinéraire. Un projet a émergé dans l’Aveyron, deux autres sont en cours de finalisation dans la Meuse, à moins de 10 km l’un de l’autre. Le plus avancé devrait ouvrir au printemps et, comme celui d’Arbas, être accessible à tous.
Le village pyrénéen a aussi inspiré la Ville de Toulouse qui a décidé de créer, au sein du cimetière de Terre-Cabade, un espace boisé cinéraire. Aménagé sur une parcelle de 400m² utilisée pour le stockage de végétaux, il va accueillir plus de 1 700 arbres et arbustes, plantés selon la méthode de reforestation du botaniste japonais Miyawaki. Les travaux ont démarré fin 2025 et devraient se terminer en avril. Cet espace dédié où vont cohabiter ormes, frênes, cerisiers, tulipiers de Virginie et grenadiers, permettra seulement la dispersion des cendres au pied des arbres et non l’inhumation d’urnes funéraires.


















