Un premier colistier de François Briançon (PS), le conseiller régional Marc Sztulman, dit non à l’alliance avec la France insoumise de François Piquemal en vue du second tour des municipales à Toulouse. Il s’explique dans une tribune que nous publions.
Première conséquence de l’annonce de la fusion des deux listes de gauche à Toulouse, le départ d’un des colistiers de François Briançon, le conseiller régional socialiste Marc Sztulman. Un départ qui était prévisible, car annoncé. À plusieurs reprises, le conseiller régional, proche de Carole Delga, avait dit tout le mal qu’il pensait des ambiguïtés de Jean-Luc Mélenchon sur le sujet de l’antisémitisme. Sentant la fusion avec LFI très probable, il avait même commencé à rédiger une tribune sans attendre le résultat du premier tour du scrutin, qui a placé François Piquemal (LFI) devant François Briançon (PS) avec 27 % des suffrages contre 25.
Dans cette tribune, que nous publions, il explique les raisons de son départ.
« Je ne me rallie pas à La France insoumise. La politique, ce n’est pas troquer son éthique contre un siège, quand le chemin exige qu’on renonce à ce que l’on est, ce n’est plus un chemin, c’est une déroute. Notre liste est arrivée troisième. Certains de mes colistiers ont fait le choix de se rallier à La France insoumise pour le second tour. Je refuse pour ma part de les suivre.

En tant que Toulousain, je refuse cette compromission aux côtés de membres d’un mouvement dont le chef a laissé entendre que les attentats de mars 2012 relevaient d’un complot et que le terroriste n’était » qu’un petit personnage sorti du chapeau ». Sept personnes sont mortes à Toulouse et à Montauban. Des enfants ont été assassinés devant leur école. Réduire ces crimes à une manipulation, c’est exécuter les victimes une seconde fois. François Piquemal a réussi l’exploit singulier d’écrire cent pages sur l’histoire contemporaine de Toulouse sans jamais les mentionner. Voilà ce que ce mouvement fait de la mémoire : quand il n’ironise pas, il l’efface. En tant que militant engagé depuis plus de vingt ans contre l’antisémitisme, je ne peux concevoir de combattre ce fléau du lundi au jeudi pour assister aux conseils municipaux le vendredi avec ceux qui n’ont jamais consenti à clarifier. Est-il nécessaire de rappeler qu’il y a quelques mois, l’un des chefs locaux de LFI se vantait aux universités d’été de ce mouvement d’être » pire que les juifs « . Sans que cette parole ne provoque la moindre distanciation.
La haine des juifs n’est jamais un phénomène isolé : chaque fois qu’une société l’a tolérée, c’est l’ensemble de ses libertés qui a vacillé. Quand on s’appelle Sztulman, on sait ce que signifient les prononciations ironiques des noms de famille. On sait d’où elles viennent. On sait où elles mènent. En tant qu’homme attaché à l’éthique, je constate que la brutalisation du débat public est devenue la marque de fabrique de ce mouvement. On reconnaît un mouvement politique aux compagnons qu’il choisit et aux chefs qu’il se donne. Dans les deux cas, je ne peux que prendre mes distances avec eux. On m’opposera qu’ils n’ont jamais été condamnés pour antisémitisme. Jacques Doriot non plus. Pour autant, qui peut nier qu’il l’était ? L’absence de condamnation n’a jamais valu brevet de vertu. La justice a toutefois jugé qu’il était possible de les qualifier de » passionnément antisémites « . J’ai pour ma part d’autres passions. On me demandera de croire aux gages qu’ils donnent. L’expérience du Nouveau Front populaire suffit à répondre. Ils s’étaient engagés à la clarté sur l’antisémitisme. Ils se sont vautrés dans l’obscurité.
LFI m’accusera sans doute de faire le jeu de la droite. On dira que je suis un bourgeois qui jouit d’un privilège de classe, voire de race. Peu m’importe. À ces accusations, je préfère garder les valeurs du socialisme dans la tempête, celles de Jaurès et de Blum. D’autres, par opportunisme ou par sincère volonté de gagner, préfèrent les mettre de côté le temps d’une alliance. Mais une stratégie sans valeurs n’a pas de valeur. Elle n’a qu’un prix.
Mes anciens colistiers et amis conservent toute ma sympathie. Je les sais sincères. Je ne leur en veux pas. Nous avons tracté ensemble, défendu une certaine vision de Toulouse. Je sais que cette alliance est le fruit d’une panique qui se mue en espoir. Mais l’espoir ne dispense pas de la lucidité. S’il y a un regret, il est pour moi seul : je n’ai pas su les convaincre qu’il n’y a pas d’antisémitisme que l’on efface par une tractation, et que la défense des valeurs humanistes et républicaines ne peut être à géométrie variable. Mon éthique personnelle commande aux stratégies politiques. Elle ne leur obéit pas. Je ne quitte pas le combat. Je quitte un attelage où l’on m’a demandé de fermer les yeux. Les miens resteront ouverts. Ils l’ont toujours été. »



















