Après quatre jours de débats, la cour d’assises de la Haute-Garonne a acquitté Gor, un garçon de 27 ans. Il était accusé d’avoir tiré, ou donner l’ordre d’ouvrir le feu sur un garçon blessé par cinq balles à Saint-Alban, en juillet 2021. Son complice, en fuite, est condamné à 20 années de réclusIon criminelle.
Dans la salle ensoleillée de la cour d’assises de Haute-Garonne, les rayons éclairent le visage fin et arqué de Gor Haji-Muradyan. Cet accusé de 27 ans bataille contre une tentative d’assassinat qui lui est reprochée. « Je suis innocent des faits qui me sont reprochés », assure une nouvelle fois cet homme lors de son ultime interrogatoire. « Alors pourquoi est-ce vous que la victime désigne ? », rétorque Valérie Noël, la présidente de la cour d’assises. « C’est une réponse que j’aimerais bien avoir », regrette Gor.
Après quatre jours d’audience riches en rebondissements, Me Morgane Dupoux défend Aziz, visé par cinq coups de feu le 10 juillet 2021 à Saint-Alban, au nord de Toulouse. L’avocate regrette que « sous prétexte de son passé de délinquant, les intérêts de la victime aient été salis ». Elle rappelle la gravité des faits : « Aziz s’est fait tirer dessus car on voulait le tuer », s’exclame l’avocate. « Peut-être que si vous n’aviez pas survécu, on vous aurait moins injurié », pourfend l’avocate en fixant son regard sur son client.
Le manque d’élément matériel
Au moment de commencer son réquisitoire, la voix de François Jardin, l’avocat général, laisse transparaître une certaine hésitation. L’avocat général qualifie les faits de « collatéraux au narcotrafic ». Ainsi, Aziz était « exposé » de par sa place dans ce monde. Pour asseoir son analyse, l’avocat général s’en prend à une partie de l’assistance qui, au cours des quatre jours de procès, est venue « pour écouter ce qui se disait ». Le magistrat suppute même que certains témoins avaient « la langue nouée ».
François Jardin marque une pause. Et, après une grande inspiration, il poursuit : « Aucun élément matériel ne permet d’affirmer que c’est l’accusé qui a tenté d’assassiner la victime. Le doute devant lui bénéficier, je requiers son acquittement. »
À peine cette phrase achevée, Gor fond en larmes et embrasse son pendentif en même temps qu’il fait un signe de croix. En revanche, l’avocat général requiert la condamnation de Daniel, second accusé, absent du box car en fuite depuis cinq ans, à 20 ans de réclusion criminelle.
« Amoncellement d’incertitudes »
Sur les bancs de la défense, Mes Issa Ravyn et Franck Berton ne peuvent réprimer un soulagement contenu et prudent. Ces réquisitions sont le résultat de leurs efforts pendant l’audience. Ils ont poussé les témoins, montré les incohérences, installé le doute au milieu du prétoire. Me Issa Ravyn s’en prend d’ailleurs violemment à une procédure « bâclée et marquée par un amoncellement d’incertitudes ». Elle a conduit « un innocent à dormir cinq ans en prison ! »
Quant à Me Franck Berton, d’une voix de baryton empreinte d’émotion, il s’adresse en particulier aux jurés : « Vous avez vécu une chose extraordinaire qui n’existera plus dans quelques années : une cour d’assises. Certains hommes politiques ont peur de vous, ont peur du peuple », cingle l’avocat.
L’avocat lillois, rompu à l’exercice et craignant une mauvaise surprise, s’emploie à redessiner les contours d’un dossier « complètement fou où rien ne fonctionne ». « Rien n’a été sérieusement vérifié. En réalité, monsieur, dit-il en se tournant vers la victime, vous n’intéressez pas les enquêteurs. Le trafic de stupéfiants, beaucoup plus. Celui qui concerne l’homme en fuite depuis cinq ans. » Enfin, ses yeux dans ceux des jurés, Me Franck Berton insiste : « Inutile de vous citer Hugo ou Balzac, mais ce soir, quand vous mettrez la tête sur l’oreiller, vous ne pourrez que vous dire : c’est chaud de disposer de l’éternité de quelqu’un. »
Après trois heures de délibéré, la cour d’assises condamne Daniel à 20 ans de réclusion criminelle et acquitte Gor. Des applaudissements retentissent dans la salle d’audience. En même temps, des larmes coulent des yeux de l’accusé.


















