Il y a quelques semaines, la Française Sophie Adenot s’envolait pour la Station spatiale internationale (ISS) pour ce qui sera l’une des dernières missions à bord, puisque l’ISS sera désorbitée en 2030. Les agences spatiales, Nasa et Esa en tête, souhaitent en effet concentrer leurs efforts sur les missions vers la Lune et Mars, bouleversant l’univers des vols habités et laissant la place à des entreprises privées pour développer des stations spatiales commerciales en orbite basse.
C’est pour répondre aux besoins de ces structures que le Spaceflight Institute a été créé à Toulouse, comme l’explique son jeune CEO, Ugo Bonnet. « Si les agences étatiques vont continuer à réaliser des opérations à bord de ces stations, 74 secteurs industriels s’intéressent à des activités en microgravité. Que ce soit dans les semi-conducteurs, les biotechnologies ou la pharmaceutique, avec Sanofi ou Pfizer, par exemple. Certains vaccins peuvent en effet être développés seulement en orbite. Mais, pour cela, il faut former les experts. Les enjeux sont importants et la formation doit durer moins d’un an. »
L’ambition est donc de former tout autant des médecins, que des chercheurs, des ingénieurs ou des experts pour qu’ils soient capables de mener des expériences en orbite. Un sacré défi lorsque l’on sait qu’aujourd’hui, la formation des astronautes dure entre trois et cinq ans, Sophie Adenot ayant été la plus rapide de l’histoire à compléter le processus avant de partir dans l’espace. Lorsque l’ensemble des formations théoriques et pratiques auront vu le jour, l’institut toulousain souhaite proposer ces cours entre 200 000 et 400 000 euros.
Pour cela, il a d’abord fallu obtenir les certifications d’organisme de formation et Qualiopi et, surtout, lever des fonds pour consolider l’entreprise. Mission réussie en novembre 2025 puisque Spaceflight Institute a levé 340 000 euros en novembre 2025 auprès d’une vingtaine de business angles, dont 100 000 euros de prêt d’honneur de Créalia Occitanie. De quoi permettre d’étoffer l’équipe pour compter aujourd’hui une dizaine de salariés.
Un master unique au monde à 25 000 euros
Dans le même temps, Ugo Bonnet et les deux autres cofondateurs ont travaillé au développement d’une formation théorique pour les équipes au sol, avec l’aide de l’Isae-Supaero et de nombreux experts dans le monde. Ce certificat d’études spécialisées, destiné à la fois aux étudiants et aux professionnels en spécialisation ou en reconversion, accueillera 18 élèves pour cinq mois, dans les locaux de l’Isae-Suapero.
Une formation professionnalisante à 25 000 euros pour laquelle les candidatures ont été ouvertes mi-février. « 300 personnes ont manifesté leur intérêt. Nous avons déjà sélectionné 8 profils et nous travaillons, avec les équipes, pour recruter les derniers candidats », précise Ugo Bonnet, qui ajoute que cette formation sera adaptée aux compétences et aux attentes de chacun, grâce à un assistant instructeur autonome développé en interne. « Nous voulons donner à ces personnes, qui ont identifié le potentiel que représente le fait de mener un projet dans l’espace, une compréhension complète de ce milieu pour qu’ils soient conscients des opportunités et des contraintes. »
Le succès de ce master unique au monde, le Human Spaceflight Certificate, est essentiel pour Spaceflight Institute puisqu’il constituera une grande partie de la brique théorique de la future formation des astronautes commerciaux. « Il y a un vrai enjeu pour nous d’être capable de délivrer ce produit qui est très attendu. L’agence spatiale indienne nous suit de près, par exemple », assure Ugo Bonnet, qui a un sacré poids sur les épaules à seulement 24 ans.
L’entreprise, dont le projet a d’abord été incubé au Cnes dans le cadre du programme TechTheMoon, a officiellement vu le jour en juin 2023 avant d’être incubée au sein de l’InnovSpace de l’Isae-Supaero à partir de 2024. C’est à ce moment-là, pour son stage de dernière année, que l’étudiant de l’école d’ingénieur toulousaine a rejoint l’aventure lancée par Jonathan Pickworth, ancien de l’Isae-Supaero, et Stéphanie Lizy-Destrez, professeure de l’école et spécialiste en conception des systèmes spatiaux.















