Martine Huc vient de fêter ses 50 ans de carrière au CHU de Toulouse. À presque 70 ans, la cadre de santé vit ses derniers mois à l’hôpital dans lequel elle a gravi tous les échelons. Entrée comme agent d’entretien, elle a passé toutes les formations et concours pour devenir aide-soignante, infirmière, infirmière de bloc opératoire et cadre. De l’ouverture de l’hôpital Rangueil au déménagement dans le nouveau Purpan, Martine Huc raconte une vie de passion et d’amour du métier et des patients.
Dans les longs couloirs qui mènent aux blocs opératoires de l’hôpital Pierre-Paul-Riquet, à Purpan, Martine Huc fait, pour l’instant, « comme d’habitude ». Dossier dans les mains, le calot chirurgical bleu ciel bien plaqué sur la tête, les pieds dans des sabots rouge vif décorés de roses, elle arpente des lieux qu’elle connaît par cœur. Derrière ses larges lunettes cerclées de vert, la cadre de santé camoufle son émotion. Le 28 février 2027, elle quittera le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse, après 50 années de service. « J’aurai 70 ans, c’est la limite d’âge, je ne peux pas continuer », sourit-elle.
Cette longévité professionnelle au sein d’un hôpital est rare, le parcours de Martine Huc l’est encore plus. En cinquante ans, elle a gravi tous les échelons, d’agent d’entretien à cadre de bloc opératoire, guidée par son objectif de toujours, « être infirmière ». Embauchée le 22 mars 1976, à l’ouverture du tout nouvel hôpital Rangueil de Toulouse, Martine Huc commence comme ASH, agent de service hospitalier. « J’arrivais d’Ariège avec mon BEP sanitaire et social, je faisais le ménage et l’entretien dans les chambres de chirurgie cardiovasculaire. Je voulais devenir infirmière mais mon niveau d’études, à l’époque, n’était pas suffisant », témoigne-t-elle.
« Dans le service des grands brûlés, j’ai ri, j’ai pleuré »
Martine Huc occupera également ce poste en neurologie, toujours à Rangueil, avant d’intégrer l’école d’aides-soignantes en 1982. Elle est déjà maman de deux enfants, une fille née en 1977 et un garçon né en 1981. En février 1984, elle intègre l’école d’infirmières de Rangueil et répond finalement aux prédictions de sa grand-mère qui la voyait ambulancière ou soignante. « Durant cette période, mon mari m’a beaucoup aidée », glisse-t-elle sobrement.
Les dix années suivantes, Martine Huc les passe dans le service des grands brûlés. « C’était une expérience géniale. J’ai pleuré, j’ai ri. Affronter la mort, savoir qu’on soigne des patients dont la situation va se dégrader et le dire aux familles, ça touche, surtout quand ces patients sont jeunes. Quand on les guérit, malgré leurs cicatrices, on les trouve très beaux. »

Parmi les plus âgées à l’école des cadres
L’infirmière n’arrête pas là son apprentissage. Après les grands brûlés, elle choisit le bloc opératoire de traumatologie, plus technique qu’un service traditionnel. Elle y reste jusqu’en 2011, avec un diplôme supplémentaire en poche, décroché en 2000, celui d’infirmière de bloc opératoire (IBODE). « En travaillant, on y arrive, c’est ce que je dis aux filles qui préparent le concours. Et il faut préserver sa famille, c’est essentiel. Moi, je me levais plus tôt le week-end ou pendant les vacances au ski pour bûcher mes cours ».
Devenue experte au bloc, Martine continue à apprendre et à partager. « La cadre de mon service m’a confié des remplacements, j’ai décidé de tenter l’école des cadres. C’était en 2010, j’avais 53 ans et j’étais parmi les plus âgées », se souvient Martine Huc. Dix mois plus tard, elle est affectée à Purpan, dans les blocs opératoires ORL et ophtalmo.
C’est là qu’elle prépare le déménagement dans le nouvel hôpital Pierre-Paul-Riquet qui ouvre en 2014. Depuis, Martine Huc est la cadre de santé des blocs du pôle céphalique (ophtalmo, ORL, maxillo-facial). En relation avec les médecins, les soignants, les agents d’entretien, les services administratifs, elle y est connue comme le loup blanc. Elle reconnaît avoir son franc-parler. « À la sortie du bloc, ça peut vraiment crier avec les médecins », confie-t-elle. Quelques blocs plus loin, Cécile, cadre aux urgences neurochirurgicales, décrit Martine Huc comme une « personne ressource, bienveillante, sociable, agréable et professionnelle. Quand on en a besoin, on l’appelle, on se défoule, elle nous détend. Elle va laisser une trace. Quand elle sera partie, c’est sûr qu’on dira « Martine, elle aurait fait comme ça ». »
« Pour mes 50 ans d’ancienneté, j’ai fait le tour de tous les blocs, j’ai kiffé ! »
Pour fêter ses cinquante ans au sein du CHU, en mars dernier, elle a eu droit à des cadeaux, une banderole et des lunettes à fleurs qu’elle a gardées toute la journée. « J’ai kiffé ce moment, j’en ai profité, j’ai fait le tour de tous les blocs ! », se souvient l’infirmière.
« J’aime ce travail d’équipe avec, au cœur de tout, les patients. Je suis très attachée à mes collègues et à ce métier. Cette vie à l’hôpital me plaît mais je vais partir en forme et heureuse de le faire. Il faut fermer la boucle », conclut Martine Huc qui promet de préparer une fête… ou plusieurs !
Au bloc de Rangueil pendant l’explosion d’AZF
De ses 50 années au CHU Toulouse, Martine Huc garde un souvenir marquant du 21 septembre 2001, jour de l’explosion de l’usine AZF. « J’étais au bloc de traumatologie à Rangueil, je m’en souviendrai toute ma vie. On a entendu deux grands bruits, ça tremblait, on ne savait pas ce qu’il se passait. On était sur une opération de prothèse de hanche. Le chirurgien a dit, « il faut finir ». On s’est recentré, tout s’est bien passé pour le patient mais l’angoisse est vite revenue. On voulait savoir où étaient les enfants, la famille, les copains. Après, on a pu faire tout ce qu’il y avait à faire. J’ai quitté mon poste l’après-midi et je suis revenue travailler le soir », confie l’infirmière.














