Le professeur Jean-Pierre Delord, directeur général de l’Oncopole de Toulouse, revient sur l’histoire du site créé après l’explosion de l’usine AZF, le développement de cet Institut de recherche contre le cancer et les avancées scientifiques.
Tout près du site de l’ancienne usine AZF, dont l’explosion avait fait 31 morts à Toulouse le 21 septembre 2001, l’Oncopole est devenu en douze ans un important centre de soins et de recherche contre le cancer. Le professeur Jean-Pierre Delord, Directeur général de l’Oncopole évoque le traumatisme toujours présent 25 ans après la catastrophe industrielle, mais aussi les ambitions scientifiques de l’Institut de recherche, notamment autour des vaccins thérapeutiques contre le cancer.
ICI Occitanie : Vingt-cinq ans après l’explosion d’AZF, qu’est-ce que cela vous fait d’arriver chaque matin dans ce bâtiment, sur un site aussi chargé d’histoire ?
Pr Jean-Pierre Delord : Oui, j’ai un souvenir encore précis de ce qui s’est passé il y a 25 ans. On avait à Toulouse tous en tête ce qui s’était passé à New York dix jours auparavant, les attentats du World Trade Center. Moi, j’étais revenu à l’époque à Toulouse depuis quelque temps et, jusqu’au centre-ville, on a tous compris que quelque chose de probablement catastrophique s’était passé. Puis, dans les heures qui ont suivi, on a eu de plus en plus d’informations. C’est un événement dont on ne peut rien oublier. Chacun sait, ce jour-là, où il était, pour qui il s’est fait du souci, comment parfois il a pu s’organiser pour aider ceux qui avaient été blessés. C’est un événement dont, bien entendu, toute la population toulousaine se souvient comme d’un énorme traumatisme.
Qu’est-ce que ça vous fait aujourd’hui, 25 ans plus tard, d’être à la tête d’un tel bâtiment de santé, de cet Oncopole qui compte 1.300 soignants et qui accueille 41.000 patients ?
Écoutez, c’est une grande responsabilité et ce qui a été fait ici nous oblige à être les meilleurs possibles. C’est ce qu’on fait en permanence. L’Oncopole est devenu un des meilleurs centres de soins et de recherche européens, de façon absolument certaine, en un espace de temps très court. Alors, nous aussi, on a développé un certain nombre de stratégies.
Comment expliquez-vous d’ailleurs avoir réussi à vous imposer comme le deuxième Oncopole de France en l’espace de quelques années seulement ?
Je l’explique par ce qui préexistait au niveau de l’Oncopole. Toulouse était la deuxième ville de province après Paris en nombre d’équipes de recherche labellisées pour la qualité de la recherche contre le cancer. L’idée de l’Oncopole, c’est de recentrer à la fois les meilleures équipes toulousaines ici et de donner les moyens à notre organisation de recruter parfois d’autres équipes. Et c’est ce que nous avons fait, avec parfois un peu une logique de club sportif, dont vous imaginez bien auquel je pense. On a la moitié de joueurs qui sont issus du terroir, mais qui sont parmi les meilleurs, et on a renforcé l’équipe avec des chercheurs venus du monde entier. Le dernier chercheur arrive des États-Unis. Il est absolument charmant et brillantissime et on a créé un projet scientifique avec l’ambition d’être dans la compétition internationale.
Vous avez récemment publié une étude dans la prestigieuse revue scientifique Nature sur un possible vaccin efficace contre la récidive des cancers ORL. Est-ce que vous avez bon espoir que cela aboutisse ? Et qu’est-ce que cela vous fait d’être publié dans une telle revue ?
Alors, fier. On est toujours assez modeste. On sait que la lutte contre le cancer, ça ne se règle pas en une étape. La cancérologie est une discipline, à la fois en clinique et en recherche, qui est en permanence à la fois ouverte et moteur en matière d’innovation. La possibilité de faire des vaccins individualisés à visée thérapeutique contre le cancer, c’est un long chemin de mise au point, de technologie, de capacité à faire des traitements qui ressemblent soit à des vaccins, soit à de la thérapie génique, et qu’on peut, avec beaucoup de calculs, de la médecine personnalisée, adapter à chaque patient et à chaque situation médicale. Alors, on n’arrivera pas à guérir tout le monde demain, mais je pense que la possibilité d’utiliser des vaccins, ce qu’une étude américaine et la nôtre sont en train de démontrer, vont probablement changer le monde de la cancérologie dans les dix années qui viennent.
C’était un sacré pari, cet Oncopole. Cela paraissait même loufoque à l’époque, il y a 25 ans, lors de l’explosion de l’usine AZF. Aujourd’hui, cela a l’air d’être presque une évidence pour tout le monde. Toulouse Métropole envisage même de créer un grand campus santé d’ici 2032. Tout cela vous réjouit également ? Vous avez presque l’impression d’avoir été précurseur de tout ça ici, à Toulouse ?
Moi, j’étais encore un peu jeune au moment où les décisions politiques importantes ont été prises. Je suis un peu moins jeune maintenant. Je ne peux pas répondre à votre question sans signaler l’action décisive de Philippe Douste-Blazy, le maire de Toulouse en 2001, très soutenu par Pierre Fabre et très relayé par des hommes qui ont pris des responsabilités dans les années qui ont suivi. C’était une belle intuition, il me semble.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555












