Quelques heures après sa désillusion au second tour des élections municipales 2026 à Toulouse, où il a été battu par le sortant (DVD) Jean-Luc Moudenc (53,87 %), le député (LFI) François Piquemal a retrouvé mardi les ors du Palais Bourbon, où il a repris son travail parlementaire. À l’avant-veille du premier conseil municipal de la mandature, lors duquel il essuiera à nouveau les bancs de l’opposition, ce vendredi 27 mars 2026, le chef de file de « Demain Toulouse, La gauche unie » revient dans un entretien à Actu Toulouse sur sa campagne, sa défaite… et son avenir. Parti très tôt dans sa première course au Capitole, François Piquemal estime avoir « semé les graines » de succès futurs, et plante (déjà) les jalons pour le prochain scrutin, prévu en 2032 ou 2033.
« C’est le paradoxe, ou plutôt la malédiction toulousaine »
Actu : Dans quel état d’esprit êtes-vous après votre défaite ?
François Piquemal : Quand je suis arrivé mardi matin à l’Assemblée, j’ai vu des collègues de mon mouvement, mais aussi des verts, des communistes et des socialistes qui m’ont dit : « Ce que vous avez fait à Toulouse, c’est exceptionnel ». Je suis conscient qu’on a levé une vague d’espoir et réussi à faire une campagne dynamique, heureuse, qui a parlé aux jeunes et aux habitants des quartiers populaires, souvent délaissés. Et puis, on a réussi à faire l’union de la gauche, seul chemin possible pour envisager une alternative à Jean-Luc Moudenc. On a fait un nombre de voix historique pour la gauche à Toulouse, meilleur que celui de la Nupes en 2022.Maintenant, ce sentiment d’enthousiasme est altéré par le fait qu’on arrive au paradoxe ou à la malédiction toulousaine, que d’autres ont vécu avant nous : le candidat de la peur, de l’austérité, des compromissions avec l’extrême droite, a été reconduit.
Vous parliez de votre nombre de voix, mais Jean-Luc Moudenc a aussi engrangé une quantité de suffrages jamais vue pour la droite…
F.P. : Tout le monde s’interroge et se demande comment cela a pu se produire. On sait les ressorts du vote de Jean-Luc Moudenc lors des trois dernières élections. D’abord, il fait une campagne de caniveau, à base de fake news. Et comme il a ses relais médiatiques, le registre de la peur fonctionne toujours.Et puis, il y a ce que le politologue Jérôme Fourquet appelle « la capacité de Jean-Luc Moudenc à mobiliser ses clientèles ». Car il y a eu une surmobilisation de son électorat, qui a valu aussi pour notre liste, mais de manière visiblement insuffisante.À nous maintenant de comprendre les ressorts de ce système, de voir comment on peut les déjouer et les démanteler petit à petit. Il va falloir analyser le score de Jean-Luc Moudenc qui est en effet historique pour une droite qui plus est radicalisée.
Vous pensez que ce discours sur une « droite radicalisée » est audible auprès des Toulousains, ou est-ce qu’ils voient plutôt un centriste à la tête de la ville ?
F.P. : Il est audible pour celles et ceux qui vivent de sa politique, mais il le reste difficilement pour les autres parce que – et je ne le dis pas pour Actu Toulouse – on a un traitement médiatique hyper complaisant vis-à-vis de M. Moudenc. Les gens ont dû mal à savoir qui il est vraiment, quels sont les tenants et aboutissants de ses différents mandats. Je rappelle qu’il est mis en examen pour les dernières Municipales, que sa principale adjointe a été condamnée pour complot politique… Si davantage de médias nationaux s’y étaient intéressés, les gens auraient été au courant. Nous sommes face à un système complexe d’intérêts dans la ville qui est compliqué à démanteler. Et je reconnais aussi un savoir-faire électoral de M. Moudenc qui est terriblement efficace. Pierre Cohen l’a subi, Antoine Maurice aussi, et nous le connaissons à notre tour.Mais je pense que ce que nous avons fait a semé des graines. Cela donne des bases solides et encourageantes pour une victoire dans six ans.
Avez-vous déjà analysé les raisons de la défaite ?
F.P. : On le fera, mais je me donne le temps de laisser retomber la poussière. C’est plus sage.Bien sûr, il y a déjà des premiers éléments que l’on peut sentir, mais je me souviens qu’il y a six ans, il nous avait fallu un an et demi pour comprendre certains ressorts que l’on avait sous-estimés, ou surestimés.
Sur le papier, la gauche cumulée était à environ 55 % à l’issue du premier tour, vous finissez à 46, qu’a-t-il pu se passer ?
F.P. : Les pourcentages, c’est une chose. En 2020 et 2014, l’arithmétique devait également conduire à la victoire de la gauche… Ce qu’il se passe entre les deux tours, c’est la surmobilisation – ou non – des électorats des deux camps. Quand on regarde le score cumulé des deux listes au premier tour, on nous avait prédit une perdition terrible, mais elle n’est pas si importante que ça.
Vous perdez quand même 3 594 voix (par rapport au cumul des listes Piquemal et Briançon du premier tour, NDLR).
F.P. : Si on nous avait dit au soir du premier tour qu’on ferait 79 000 voix, tout le monde aurait pensé qu’avec un tel nombre de suffrages, on serait élus à coup sûr. Mais la surmobilisation des électeurs de M. Moudenc a fait la différence.Évidemment, le fait que Madame Delga soutienne à nouveau la candidature de M. Moudenc au second tour, le fait qu’il y ait eu un bashing médiatique sans comparaison avec les autres élections, participe aussi. Nous sommes face à un système, mais j’ai bon espoir qu’un jour il s’effondre et qu’on puisse faire des choses pour les gens dans cette ville.
« Des gens qui vont se dire socialistes, mais votent à droite »
Avez-vous sous-estimé votre adversaire ?
F.P. : Non, j’ai toujours dit que Jean-Luc Moudenc était favori, même au soir du premier tour. J’ai toujours su que c’était un adversaire redoutable, car il n’est pas que le candidat d’un ensemble politique, mais aussi celui d’intérêts privés. La différence entre nous, c’est également l’argent. On n’a pas les mêmes moyens que lui pour faire campagne : il a envoyé deux tracts dans la semaine du second tour, nous n’en avions pas les moyens.
Y a-t-il eu un vote barrage contre LFI ?
F.P. : Je n’y crois pas, sinon on n’aurait pas obtenu 79 000 voix. Il y a eu un vote, paradoxe toulousain, qu’on connaît, c’est-à-dire des gens qui potentiellement vont se dire socialistes, mais votent pour la droite au second tour… Ce n’est pas nouveau à Toulouse et il ne faut pas le sous-estimer.
Que vous inspirent les socialistes qui disent que « LFI a fait perdre » la gauche, pour reprendre les termes d’Olivier Faure ?
F.P. : Je n’ai pas envie d’entrer dans ces polémiques. La gauche a fait un score historique à Toulouse, mais on est face à un système qui a été plus fort que nous et je ne suis pas le premier à le payer : Antoine Maurice était écologiste, Pierre Cohen était socialiste… L’équation est plus compliquée que ça à résoudre. Il faut prendre le temps d’y réfléchir, d’analyser tous les ressorts, mais une chose est sûre : il faut œuvrer à l’union de la gauche.
Vous trouvez que ce n’était pas le cas ?
F.P. : J’aurais préféré qu’on ait une union de la gauche dès le premier tour sur le programme du NFP [Nouveau front populaire, NDLR]. Cela n’a pas été le cas, c’est comme ça. Dans le contexte actuel, n’importe quel candidat de gauche est diabolisé dès lors qu’il peut accéder à la gouvernance d’une ville. Alors, il faut qu’on soit soudés. Nous, avec François Briançon, on a pris nos responsabilités, et je l’en remercie encore. Sans ça, M. Moudenc aurait été réélu à coup sûr. S’il y a eu surmobilisation, c’est aussi parce qu’on n’était pas loin…
La participation jamais vue depuis 25 ans à Toulouse reflète sans doute le débat clivant entre vos deux listes, mais aussi d’une certaine appétence des Toulousains pour cette élection. Qu’en pensez-vous ?
F.P. : Une des réussites, c’est que nous avons remis Toulouse au milieu de la scène politique française, ce que n’a pas fait M. Moudenc en 12 ans.
Concrètement, la gauche radicale peut-elle gagner à Toulouse ?
F.P. : Oui, mais c’est justement ça le problème ! On est présenté comme une gauche radicale, alors qu’on est une gauche somme toute assez classique, quand vous regardez les programmes. On paye une diabolisation, qu’ont aussi subie les socialistes qui se sont alliés aux insoumis dans d’autres villes. Or, notre programme, ce n’est pas non plus celui de Lutte Ouvrière !
Mais est-ce que l’étiquette “France insoumise” ne vous a pas porté préjudice à un moment ?
F.P. : Toutes les étiquettes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Regardez Antoine Maurice : comme il était écologiste, on disait qu’il était anti-aéronautique. Moi, on m’a taxé d’être antisémite, de vouloir délocaliser Airbus et je ne sais quoi encore… Quant aux socialistes, on dit qu’on ne peut pas leur faire confiance. Si François Briançon avait mené l’union de la gauche, on aurait dit qu’il avait pactisé avec le diable. À chaque fois, il y a des présupposés, du bashing. On peut prendre le problème dans tous les sens, la clé, c’est simplement que notre électorat soit plus nombreux que celui de la droite à aller voter. Et c’est à ça, maintenant, qu’il faut travailler.
Le maire sortant dit que la gauche sous-estime sa force militante…
F.P. : Il a une force militante très importante, c’est vrai, mais la nôtre l’est aussi. Surtout, il bénéficie de savoir-faire en matière de clientèle électorale que nous n’avons pas, c’est certain. Je lui reconnais cet avantage.
2032 ? « J’y pense pour nous, pour la ville »
Jean-Luc Moudenc vous devance aussi dans la 4e circonscription, dont vous êtes député et où il engrange 51,52 %. Est-ce que ça vous inquiète ?
F.P. : Non, ça ne m’inquiète pas. Il faudra qu’on regarde ces résultats en détail, mais il faut décorréler cette échéance de l’élection nationale. À moins que la sociologie ait vraiment changé, mais cela nous aurait échappé.
Allez-vous cumuler les mandats de député et de conseiller municipal ?
F.P. : Je vais assumer les deux mandats, j’ai été élu pour ça. J’ai la responsabilité avec mes autres collègues du conseil municipal d’être force de proposition, et on en fera, mais aussi de s’opposer aux politiques austéritaires et discriminantes qui peuvent être celles de M. Moudenc et de son ami M. Macron. Assez logiquement, je vais m’inscrire dans ce chemin.
Pensez-vous déjà à 2032 ou 2033 ?
F.P. : Oui, mais pas personnellement. J’y pense pour nous, pour la ville, pour les habitants. Ce que j’ai appris ces dernières années, c’est qu’une dynamique politique et une alternative se construisent dans le temps. Alors, on va le faire avec humilité, en étant de bons conseillers municipaux d’opposition, avec un groupe qui défend notre programme et qui soit aux côtés des habitants injustement attaqués.
Y aura-t-il un ou plusieurs groupes d’opposition, vendredi ?
F.P. : A priori, il y en aura deux : un autour de chaque liste de premier tour. Ce qui est assez classique. En tout cas, nous aurons le nôtre, autour de Demain Toulouse.
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