Cinq jours après la disparition inquiétante d’un homme, deux femmes et deux enfants en Aveyron, la police du Portugal annonce ce mercredi avoir arrêté l’homme de 41 ans et découvert les corps enterrés des deux femmes. Dans le village d’origine des victimes, les habitants sont atterrés.
À Vailhourles, 650 habitants, près de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), il n’y a pas foule ce mercredi soir pour commenter l’impensable. Le village entier attendait des nouvelles du garçon de 13 ans et sa mère depuis le 20 mars dernier. On apprenait alors qu’une enquête était ouverte pour disparition inquiétante et d’importants moyens mobilisés pour les retrouver dans la région, tandis que le père était lui aussi introuvable, tout comme sa nouvelle compagne et leur petite fille d’un an et demi.
Ce 25 mars, les autorités du Portugal annoncent l’interpellation mardi soir lors d’un contrôle routier de cet homme de 41 ans, un ancien policier, en possession d’une arme. Les corps des deux mères ont été retrouvés enterrés. Les deux enfants sont sains et saufs. Si le scénario précise de ces deux crimes n’est pas encore très clair, la thèse du double féminicide est de loin la plus crédible. Le profil du quadragénaire était plutôt inquiétant. Déjà condamné à Rodez pour non-représentation d’enfant et harcèlement sur ex-conjoint, il était très présent sur les réseaux sociaux pour dénoncer une soi-disant « corruption » de la justice française.
L’ancien policier résidait dans un village voisin, à Savignac avec sa compagne actuelle, et leur fille de bientôt deux ans.
« La justice n’a pas mis les moyens pour la protéger«
Dans ce tout petit village de Vailhourles où était scolarisé le garçon de 13 ans d’une des deux victimes, les rues sont désertes. La commune elle-même semble endeuillée. Une habitante, les traits tirés, accepte de témoigner, même si l’exercice est douloureux : « Je ne suis pas bien… C’est immonde. Je suis franchement perturbée à l’idée qu’il ait tué ses deux compagnes. Ça me touche énormément. »**
Mais pour sa fille, Émilie, 31 ans, l’heure n’est plus seulement à la tristesse. Elle refuse de s’apitoyer et laisse éclater une colère froide contre le système judiciaire. Selon elle, le drame aurait pu être évité au vu du profil du suspect :
» Au vu de tout ce qui s’est passé, la justice n’a pas mis en place des moyens suffisants pour protéger Audrey. Quand on appelle à l’aide plusieurs fois et que rien n’est mis en place… On avait une femme qui vivait dans l’angoisse, la peur, toujours sur ses gardes. «
Émilie décrit un homme au comportement inquiétant, adepte de la théorie du complot, qui n’hésitait pas à harceler son ex-conjointe :
« Il n’hésitait pas à s’approcher d’elle, à la filmer, à l’accuser. Il disait que c’était son ex-compagne la folle, qu’il fallait qu’il sorte son fils à tout prix. Il arrivait à fond ici pour venir récupérer le petit quand il avait encore le droit de visite… On le savait. Il faut qu’il arrive un drame comme ça pour que ça bouge. Pendant six mois, tous les Français vont s’en rappeler, puis on va l’oublier, et ce sera le tour d’une autre femme. «
Des enfants « brisés qui vont grow sans béquilles«
Cette tragédie laisse derrière elle des orphelins. Émilie, elle-même maman d’une petite fille de dix ans, s’identifie douloureusement à la victime. Leurs enfants partageaient les mêmes bancs d’école. » Le petit était à l’école avec ma fille. J’ai une pensée pour ces enfants qui ont perdu leur maman de manière tragique, et de l’autre leur papa. Ce sont des enfants brisés qui vont grandir sans béquilles. On forme des adultes avec des potentiels problèmes, c’est tragique pour eux aussi « , confie-t-elle la gorge serrée.
Le village, d’ordinaire si paisible, a vécu sous tension pendant cinq jours, au rythme des survols d’hélicoptères et des barrages de gendarmerie. « C’était très anxiogène » , raconte Émilie. « Mais on est un petit village où tout le monde se connaît, on est tous solidaires, on s’ouvre nos portes les uns aux autres. »
Perpétuité : » Même ça, ce ne serait pas assez »
Alors que le suspect devrait être extradé vers la France dans les prochains jours, Émilie n’attend plus qu’une chose : une peine exemplaire.
« La perpétuité. Et même ça, ça ne serait pas assez pour réparer les vies brisées. »
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555














