EXCLUSIF. Les nuisances sonores en centre-ville toulousain continuent d’envenimer les relations entre les bars et les riverains. Malgré des relevés dépassant de 11 décibels la norme, la cour d’appel a rejeté la plainte du collectif. Explications.
« On ne va pas en rester là, on va faire valoir nos droits », s’insurge Jean-Marie Amoros, président du collectif de riverains Trinité Toulouse Centre. Place de la Trinité, au cœur de la Ville rose, une bataille entre les riverains et trois bars agite le quartier depuis 2019. Jean-Marie Amoros a acheté un immeuble de la place en 2000, chaque soir il rencontre des difficultés à s’endormir. « On doit vivre enfermé et nos fenêtres ne peuvent jamais être ouvertes. Les nuisances sonores commencent à 18 h 30 tous les jours de la semaine, en me couchant je n’arrive pas à dormir », se lasse-t-il.
Cesser les nuisances
Pour faire front, le collectif, composé de seize membres, a décidé de régler la situation devant la justice. Au terme de plusieurs procédures judiciaires, le 29 janvier 2026, la cour d’appel de Toulouse a rejeté la demande du collectif visant à faire cesser les nuisances sonores provenant des terrasses des bars. En appel, la cour n’a pas jugé recevables les différentes expertises de relevé de son. « Il y a eu quatre campagnes de relevé de son : deux par la mairie, une par le collectif et une par le tribunal d’instance. Les rapports font état de dépassements jusqu’à 11 décibels alors que la norme n’autorise que 3 décibels. C’est quand même fou que la cour d’appel rejette une enquête mandatée par le tribunal », s’indigne le président du collectif.
Le bruit d’un Airbus en terrasse
Avant d’en arriver là, les riverains de l’association et les bars concernés ont organisé une réunion de conciliation en 2020. Cette dernière a abouti à la réduction de 25 % de la taille des terrasses. Une action qui n’a rien changé à la situation selon Jean-Marie Amoros : « On dirait que les terrasses ont le droit de faire le bruit d’un Airbus jusqu’à deux ou trois heures du matin ». Du côté des bars, Simon Abadie, dirigeant de Chez Mamie, affirme « s’engager à respecter la loi ». Également gérant du célèbre bar Chez Tonton, il déplore un manque de communication avec le collectif : « Je comprends la situation que peuvent vivre les riverains, mais ce n’est pas dans le non-dialogue que l’on va trouver des solutions ».
Un calvaire pour le bar
À l’intérieur des bars, la gestion du volume semble sous contrôle. « Un boîtier mesure les décibels en permanence, le DJ ne dépasse jamais la limite légale », précise Simon Abadie. Le défi reste l’extérieur : « On ne peut pas demander aux clients de chuchoter. Nous avons un vigile en terrasse pour calmer les ardeurs et nos serveurs sont sensibilisés ». Pour le gérant, cette pression constante est aussi un « calvaire » pour les employés, soumis à des contrôles fréquents des services d’hygiène et de la mairie.
Le dirigeant de Chez Mamie souligne l’importance cruciale de cette victoire judiciaire : « Si nous avions perdu, cela aurait pu créer une jurisprudence compliquée pour l’ensemble des bars de la ville ». Si le collectif n’a pas été condamné à payer les frais d’avocats de la partie adverse, la bataille est loin d’être terminée. « Cette situation est inacceptable. Nous avons déjà identifié un nouvel angle d’attaque juridique », conclut Jean-Marie Amoros, déterminé à poursuivre le combat.
















