Fissures, murs qui se déforment, maisons qui perdent de leur valeur : à Vacquiers, le retrait gonflement des argiles bouleverse la vie de nombreux habitants. Lassés d’attendre une reconnaissance en catastrophe naturelle, ils ont décidé de s’unir au sein d’une association.
Lorsque les fissures ont commencé à apparaître sur sa maison il y a une dizaine d’années, Denis* ne s’est d’abord pas inquiété outre mesure. Il s’est contenté de colmater les premières brèches. Aujourd’hui, il ne compte plus celles qui parcourent les murs de son habitation.
Depuis trois ans, il ne peut plus ouvrir les volets du salon et la poutre en bois située au-dessus de la porte d’entrée est en partie tombée. En cause : le retrait gonflement des argiles (RGA). Ce phénomène, particulièrement présent dans le Nord toulousain et qui s’accentue avec le dérèglement climatique, toucherait au moins 20 % des habitations de cette commune de 1 440 habitants.
Les terrains argileux se rétractent lors des périodes de sécheresse et gonflent au retour des pluies, provoquant fissures et dégâts durables.

Son voisin Pierre, installé dans la commune depuis le début des années 1980, n’est pas mieux loti. Toutes les façades de sa maison présentent des fissures plus ou moins importantes. Dans le salon, des boursouflures sont récemment apparues au-dessus de certains tableaux. Des dégradations que l’homme et son épouse constatent avec impuissance. « J’ai 75 ans, lorsque je vendrai ma maison pour partir en maison de retraite, elle aura sans doute perdu 40 à 50 % de sa valeur », soupire le retraité.

Au préjudice financier s’ajoute une usure psychologique que les habitants jugent plus lourde encore. « Nous avons la crainte permanente que ça empire et que ça devienne dangereux », relate Denis.
« L’inondation et l’incendie, c’est la crise cardiaque ; le RGA, c’est le cancer. C’est vraiment quelque chose de sournois », métaphorise Jean, leur voisin, dont la maison est indemne.
Des réparations très coûteuses
Des dégradations qu’ils évaluent à près de 100 000 euros pour l’un, 250 000 pour l’autre, et qu’ils s’efforcent de ne pas toucher pour ne pas compromettre l’évaluation par les assurances et donc les réparations. Mais pour que celles-ci aient lieu, la commune doit être reconnue par un arrêté de catastrophe naturelle.
Or, selon les habitants mobilisés, Vacquiers attend depuis dix ans sa reconnaissance en état de catastrophe naturelle, alors que des communes voisines, comme Cépet, l’ont obtenue.
Pour sortir de l’impasse, Pierre, Denis et Jean viennent de créer l’association SOS Maisons en danger à Vacquiers. Elle entend soutenir les habitants, les informer sur le retrait gonflement des argiles et les procédures à engager, tout en relayant leurs démarches auprès des maires.
Trente-cinq habitants de la commune y ont pour le moment adhéré. « Nous en recherchons de nouveaux. Ça nous permettra de faire un recours auprès de la préfecture via un avocat. »
L’association, qui ambitionne de devenir départementale, s’est rapprochée de nombreuses organisations similaires partout en France.
Son président, Bernard Velu, se rendra à l’Assemblée nationale avec une association sarthoise le 15 avril prochain. Avant l’été, une réunion avec tous les élus de la circonscription est également envisagée. « Notre idée est de travailler avec des députés pour créer une proposition de loi, souligne-t-il. Sur ce phénomène, on ne veut pas se battre contre les assureurs mais avec eux. »















