La nouvelle génération d’élus locaux s’installe en Haute-Garonne avec l’arrivée de très jeunes élus. Ces citoyens issus de la Gen Z privilégient l’action concrète de proximité face au désintérêt national.
On les dit blasés, voire désintéressés par la politique. Et pourtant, lors de ces élections municipales, de jeunes candidats se sont lancés dans l’aventure, ont fait campagne et décroché leur écharpe de maire.
En Haute-Garonne, à seulement 21 ans, Charlotte Perefarres est devenue la plus jeune maire du département après la victoire écrasante de sa liste, élue dès le premier tour avec 86 % des voix. Issue d’une lignée d’édiles, elle semble avoir hérité d’une culture de l’engagement local ancrée dans son ADN familial. Elle ne s’est pas non plus réveillée un matin avec une illumination, elle a d’abord passé trois années à faire ses gammes comme conseillère municipale. Son parcours d’étudiante, en master de droit des collectivités territoriales, montre aussi son engagement sur la thématique des politiques locales.
Depuis son installation officielle à la tête de Saint-Béat-Lez, elle s’est immédiatement mise au travail. « Je prends connaissance des dossiers petit à petit. J’ai commencé à recevoir le personnel et j’enchaîne déjà des journées entières de rendez-vous avec les habitants. Je prends beaucoup de plaisir », confie la jeune élue qui peut s’appuyer sur l’expérience de ses aînés.
57 % des jeunes font confiance aux maires
Pour l’heure, hors de question de se mettre bien tranquillement dans les pantoufles de ses prédécesseurs, elle entend bien insuffler à son mandat toute la dynamique de sa jeunesse et la fraîcheur de ses idées, comme celle de remettre en service la piscine municipale.
Cet engagement dans le concret, pour leur village, c’est ce qui a poussé de nombreux jeunes engagés cette année dans ce scrutin. Autant les échéances nationales ne les emballent pas, autant leur quotidien les ramène au cœur du jeu politique. Selon la dernière étude réalisée auprès des 15-29 ans par Elabe pour Le Cercle des économistes et publiée en février dernier, « les jeunes ne se sentent ni représentés ni considérés par un système qu’ils jugent clos sur lui-même ».
Ainsi, sur le panel consulté, 78 % des interrogés estiment les responsables politiques « déconnectés de leur réalité », et seulement 37 % parviennent à trouver ce milieu « inspirant ». Ce rejet cible surtout les politiques nationaux, ceux de l’Assemblée nationale ou du gouvernement. Le maire, élu de proximité, conserve un certain crédit. Ainsi, 57 % des jeunes font confiance aux édiles locaux et estiment qu’ils sont les plus à même de faire bouger les choses.
« Envie de m’impliquer pour ma ville sur le long terme »
C’est dans cet esprit que s’est lancée Leslie Fichel-Marchand à Cazères. À 22 ans, elle devient la benjamine du conseil municipal de Raymond Defis. C’est avant tout son lien avec la commune qui a motivé son engagement. « Je suis très attachée à Cazères, j’avais envie de m’impliquer pour ma ville sur le long terme », confie l’étudiante en communication installée à Toulouse la semaine.
De l’autre côté du département, à Revel, Cécilia Puginier-Cristofol, 19 ans, vient tout juste d’entrer au conseil municipal. Même si elle a sa carte d’électrice depuis un an seulement, ce n’était pas sa première élection. En sixième, elle a été élue au conseil municipal des jeunes alors qu’elle avait à peine dix ans. De quoi lui mettre le pied à l’étrier. « C’est la continuité de mon engagement, confie-t-elle. J’ai grandi à Revel, j’ai toujours aimé cette ville. » Alors qu’elle constate un désintérêt global des jeunes pour la politique, elle prend le chemin inverse. « Il faut leur montrer que quelque chose est possible pour eux, leur permettre d’être représentés », affirme la jeune élue. Étudiante aussi à Toulouse, elle multiplie les allers-retours entre la Ville rose et sa commune natale. Elle parle de son engagement autour d’elle, pousse sa génération à s’intéresser aux affaires publiques. Et à l’échelle locale, elle s’assure que chacun dispose d’une voix.
Comme elle, si Kaïs Rechatin, tout juste élu à Fenouillet à 19 ans, a décidé de s’engager, « c’est avant tout une volonté d’être utile et de m’investir concrètement pour ma commune ». Il ne voulait « pas rester simple spectateur mais devenir acteur des projets qui font évoluer notre quotidien ». Comme de nombreux autres jeunes engagés, il fait… des études de droit à l’université Toulouse-Capitole.
« Cet engagement politique est pour moi une véritable richesse, il me permet d’appliquer ce que j’apprends, tout en développant une compréhension plus fine des enjeux publics. À l’inverse, mes études m’apportent aussi des outils et une rigueur qui me servent dans mon engagement », insiste celui dont la délégation consiste en le développement de l’application municipale.
Cette agilité numérique, propre à sa génération, l’a naturellement désigné pour piloter la stratégie digitale de sa commune, marquant un tournant dans la communication municipale. Car avec ces nouveaux élus issus de la Gen Z, c’est aussi une nouvelle façon de communiquer avec ses administrés qui se met en place. Reste à savoir si cette « proximité augmentée » suffira à réconcilier durablement toute une génération avec l’isoloir, ou si elle restera l’exception d’une minorité engagée.
Majorité de + de 60 ans
Lors du précédent scrutin des municipales, en 2020, seulement 13 maires de Haute-Garonne avaient moins de 40 ans. Dans la tranche des 40-59 ans, on avait 176 élus. La majorité se concentrait donc dans la tranche des plus de 60 ans puisqu’ils étaient 397 sur les 586 communes du département, dont 18 maires ayant 80 ans ou plus. Avec l’arrivée de la parité dans les communes de moins de 1 000 habitants, on devrait assister à des évolutions dans ces données.















