En dix ans, la DZ Mafia, cette organisation criminelle spécialisée dans le trafic de drogue, a étendu son influence hors des murs de la cité phocéenne. Du Var jusqu’en Haute-Garonne, en milieu carcéral, les jeunes membres affiliés à ce gang nouent des alliances et enrôlent de jeunes trafiquants locaux. Objectifs : conquérir de nouveaux points de deal, organiser des règlements de comptes et ancrer son réseau sur de nouveaux territoires.
De Marseille à Toulouse, la « pieuvre » étend ses tentacules. La DZ mafia, cette organisation criminelle considérée comme la plus puissante en France, ne se contente plus de tisser sa toile au cœur de la cité phocéenne. La DZ (vient de El-Djazaïr, signifie l’Algérie en langue arabe), véritable cartel de trafiquants de drogue, ne limite plus son influence aux seuls murs des cités de la Paternelle ou de la Castellane, dans les quartiers nord marseillais. Là-bas, plus de 80 % des points de deal sont détenus par ce groupe criminel.
Comment expliquer cette montée en puissance depuis plus de dix ans ? Comment recrute ce réseau tentaculaire responsable de dizaines d’assassinats et de règlements de comptes sanglants ? Depuis ce lundi 23 mars, le procès, sous très haute protection, qui se tient devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence, où deux présumés membres de ce cartel criminel, sur six accusés au total, sont jugés pour « meurtres en bande organisée », permettra-t-il de lever le voile sur les rouages de ce réseau ?
Aujourd’hui, des villes comme Alès, Nîmes, Béziers, Grenoble, Dijon et Toulouse voient débouler des petites mains de la DZ impliquées dans des affaires d’extorsion et de racket, sur fond de trafic de drogue. « Cette organisation a des relais partout en France. Elle recrute principalement sur les réseaux sociaux, soit pour faire exécuter des membres de clans rivaux, soit pour accélérer les ventes sur de nouveaux points de deal. Cela fonctionne comme n’importe quelle entreprise franchisée où le label DZ est mis en avant pour passer à l’action ou pour être carrément prestataires de services », décrypte Bruno Bartocetti, responsable de la zone Sud au syndicat Unité SGP-Police FO.t
Des alliances passées en prison
La DZ essaime un peu partout dans le sud de la France, comme n’importe quelle société commerciale qui cherche à s’implanter sur d’autres territoires. C’est majoritairement en milieu carcéral que la « pieuvre » élargit son horizon. Lorsqu’un membre de la DZ est écroué en Occitanie ou ailleurs, des liens sont établis avec des petits trafiquants locaux. « Ils peuvent passer des alliances ou des pactes pour reprendre un point de deal sur une zone donnée », explique une source judiciaire. Ces rapprochements entre voyous se soldent par des ententes sous le label DZ. Territoires à reconquérir, nouvelles cibles à éliminer, coups de pression sur des commerçants, tentatives de corruption… La palette est large. Mais la stratégie est la même : faire régner la peur et s’ancrer localement pour étendre son réseau d’influence.
« Il n’y a plus de règles, plus de morale »
« Ils ont besoin d’argent pour financer des familles dont les membres sont en prison, blanchir dans le milieu de la restauration ou du BTP », poursuit cette même source. Bras armés du réseau, de très jeunes gens tombés dans l’ultraviolence n’hésitent plus à abattre une cible désignée pour 20 à 40 000 €. « Il n’y a aucune morale, plus de règles », constatent les forces de l’ordre. Dans une économie du narcotrafic qui génère entre 5 et 6 milliards d’euros par an, tous les coups semblent permis.
L’organisation marseillaise s’inspire de modèles étrangers, notamment de la Mocro Maffia néerlando-marocaine et des cartels sud-américains. Elle noue progressivement des relations avec des fournisseurs internationaux afin d’importer cannabis, haschich et cocaïne via l’Espagne, les Pays-Bas ou la Belgique. Un business qui doit s’alimenter chaque jour de nouveaux bras. Le vaste coup de filet baptisé « Octopus » début mars a permis l’arrestation de 42 personnes dans le Gard, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse ou le Var. Une opération considérée comme majeure dans la lutte contre le narcotrafic en France.














