Pour la première fois en France, une étude menée par l’Observatoire Atmo Occitanie a recherché la présence de PFAS, de pesticides et de perturbateurs endocriniens dans l’air. En 2025, 103 des 191 molécules recherchées ont été détectées dans les quatre territoires étudiés, dont 12 PFAS en Haute-Garonne.
« On en boit, on en mange, on en respire. » Cela commence à se savoir : les PFAS, surnommés « polluants éternels », sont présents dans notre environnement et peuvent notamment être retrouvés dans l’eau et l’alimentation. Moins connu : ces molécules, ainsi que certains pesticides et perturbateurs endocriniens, sont également présents dans l’air que nous respirons. Or, rappelle Atmo Occitanie, observatoire régional de l’air, un adulte inhale chaque jour environ 15 000 litres d’air, soit une dizaine de litres par minute.
Pour la première fois en France, une étude a tenté d’analyser la présence de ces trois grandes familles de polluants et leur saisonnalité dans quatre territoires d’Occitanie. « C’est une première année de mesure, les résultats ont besoin d’être consolidés dans les années à venir pour faire progresser la connaissance », note Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie.
Le constat est sans appel : quel que soit le territoire étudié, des polluants sont présents. « Les molécules polluantes sont partout, il n’y a pas de spécificité régionale », souligne Dominique Tilak, directrice générale. D’autant que compte tenu de leur volatilité, les molécules issues de territoires lointains peuvent se retrouver en Haute-Garonne transportées par les vents.
Sur les 191 molécules recherchées en 2025, 103 ont été retrouvées, dont 42 pesticides, 48 perturbateurs endocriniens et 13 PFAS.
De nombreux perturbateurs endocriniens retrouvés
En Haute-Garonne, des prélèvements ont été réalisés sur des sites de grandes cultures ainsi que dans un milieu urbain. Pour les perturbateurs endocriniens et les PFAS, le nombre de molécules détectées est similaire sur les deux types de sites : 47 perturbateurs endocriniens, sur 53 recherchés, ont été retrouvés en milieu rural comme en milieu urbain. Douze molécules PFAS ont été détectées sur le site de grandes cultures, contre dix en milieu urbain. Sans surprise, les pesticides (en particulier les herbicides) sont plus nombreux sur le site de grandes cultures : 31 contre 18 pour le milieu urbain sur les 87 recherchées.
Parmi les perturbateurs endocriniens, l’étude a mis en évidence la présence significative de microplastiques. Cette augmentation pourrait notamment être liée aux incendies survenus dans les Corbières au mois d’août. Par ailleurs, « la hausse des températures pourrait favoriser la volatilisation de certaines molécules et donc leur présence dans l’air ambiant ».
Atmo Occitanie se présente avant tout comme un observatoire : l’organisme met ces données à disposition des citoyens, des professionnels, des agriculteurs et des autorités sanitaires, sans formuler de recommandations sanitaires sur les molécules détectées. « Même s’il y a des polluants dans l’air, il est possible d’agir ! Par le passé, on a déjà supprimé le plomb et le soufre des carburants, et on a réduit certaines particules. L’important, c’est que la science progresse grâce à des campagnes de mesure régulières et une information transparente », rappelle Dominique Tilak.
Un partenariat avec le CHU de Toulouse
Si ces mesures permettent de mieux documenter la présence de polluants dans l’air, elles ne permettent pas encore d’établir leurs effets sur la santé. Un partenariat noué avec le CHU de Toulouse dans le cadre du projet PADDEL doit justement contribuer à améliorer les connaissances dans le domaine de l’oncologie.
« Chaque année, 52 000 personnes sont diagnostiquées d’un cancer du poumon en France et 20 à 25 % de ces cancers surviennent chez des personnes qui n’ont jamais fumé », rappelle le docteur Valentin Héluain, pneumologue, oncologue, porteur du projet. On sait que les particules fines jouent un rôle dans la survenue du cancer du poumon. « L’objectif de cette étude est de rechercher des corrélations potentielles entre la fréquence d’observation de certains profils de cancers bronchiques et des contextes d’exposition environnementale. »
Les analyses de la qualité de l’air seront croisées avec celles de l’eau réalisées par le Bureau de recherches géologiques et minières. Le projet sera lancé à la fin de l’année et durera 18 mois. Au total, les données de 20 000 patients pourront être mobilisées dans le cadre du projet.














