Le projet BROMO suscite des inquiétudes. Dans un communiqué relayé le 25 mars 2026, le député de la Haute-Garonne Arnaud Simion a interpellé le Gouvernement sur les conséquences potentielles de cette alliance industrielle dans le secteur spatial, pointant un risque pour l’emploi dans le bassin toulousain.
Porté par Airbus Defence and Space, Leonardo et Thales Alenia Space, le projet BROMO vise à regrouper plusieurs activités du spatial européen au sein d’une même entité. Il prévoit de réunir ces acteurs autour d’un projet commun, avec environ 25 000 employés en Europe et un chiffre d’affaires estimé à 6,5 milliards d’euros.
Cette alliance industrielle a pour objectif de renforcer la compétitivité du secteur spatial européen face aux grands acteurs internationaux, notamment américains et chinois, tout en consolidant la souveraineté industrielle à l’échelle du continent. Le choix de Toulouse comme siège envisagé souligne le rôle stratégique de la ville dans cet écosystème. Il soulève néanmoins des interrogations quant à ses impacts locaux, notamment sur l’emploi et la sous-traitance.
Un risque pour l’emploi et l’écosystème toulousain
Pour Arnaud Simion, le projet ne peut être considéré comme un simple rapprochement industriel. « Le bassin toulousain ne peut pas devenir la variable d’ajustement d’une concentration industrielle décidée sans garanties », alerte le député de la Haute-Garonne dans un communiqué relayé le 25 mars. Et d’ajouter : « Ici, le spatial, ce sont des emplois, des savoir-faire et une part essentielle de notre souveraineté industrielle. »
À Toulouse et dans son agglomération, la filière spatiale représente des milliers d’emplois qualifiés et un tissu dense de PME, d’ETI et de sous-traitants. Un écosystème construit sur plusieurs décennies, aujourd’hui considéré comme stratégique pour le territoire comme pour la France.
Dans son communiqué, Arnaud Simion relaie également les inquiétudes exprimées par des organisations syndicales, qui évoquent la suppression de plusieurs milliers d’emplois (chiffres estimés), ainsi qu’une perte de compétences et un affaiblissement de la souveraineté industrielle française.
Toulouse au cœur des enjeux
Le choix de Toulouse comme siège potentiel de cette future entité confirme le rôle central de la ville dans le secteur spatial européen. Une implantation qui pourrait renforcer son attractivité, mais aussi susciter des interrogations en cas de réorganisation industrielle. Pour Arnaud Simion, la question dépasse le seul cadre économique. Le député évoque également un enjeu de souveraineté industrielle et militaire, estimant que l’avenir des sites toulousains ne peut être envisagé sans garanties claires de l’État.
Après plusieurs prises de position sur le sujet lors de déplacements et de rencontres, Arnaud Simion a interrogé le Gouvernement à l’Assemblée nationale afin d’obtenir des engagements précis sur la protection de l’emploi, le maintien des compétences et l’ancrage territorial des activités. Le député insiste sur la nécessité de garanties claires pour le bassin toulousain, où la filière spatiale constitue un pilier économique majeur.
Il considère aussi que ce projet ne peut être traité comme un simple rapprochement industriel, mais qu’il engage des enjeux à la fois sociaux, industriels et stratégiques. Il appelle ainsi l’exécutif à préciser les mesures qu’il entend mettre en place pour préserver les savoir-faire et éviter un affaiblissement de l’écosystème local.
Des garanties encore attendues
Derrière les notions de « synergies », de « taille critique » ou de « réorganisation », le député pointe des réalités concrètes : incertitudes sur les sites, pression sur les fonctions support et fragilisation de la sous-traitance. Une question demeure désormais : quelles garanties l’État entend-il apporter pour sécuriser l’avenir du bassin toulousain ? Arnaud Simion indique qu’il continuera de suivre le dossier afin d’obtenir des engagements sur l’emploi, les savoir-faire et la souveraineté industrielle.
De son côté, lors d’une conférence organisée le 12 janvier à l’ISAE-SUPAERO, Philippe Pham, directeur de la performance, de la qualité et de la gouvernance d’Airbus Defence & Space (Alumni SUPAERO) a détaillé les contours du projet. « BROMO n’est pas une réaction spécifique à SpaceX ou Starlink : l’Europe suit sa propre trajectoire », a-t-il expliqué.
Mais le projet reste à un stade préliminaire. « La création de la joint-venture reste aujourd’hui à l’état de projet », a précisé ainsi précisé Camille Bizon, responsable RH d’Airbus Defence & Space. Et de conclure : « Il est essentiel de mener un processus de dialogue social approfondi pour analyser les impacts sur nos équipes et identifier les opportunités que cette alliance offrira à l’ensemble des collaborateurs. »















