Comme un signe, Lionel Jospin s’est éteint ce lundi matin. Premier ministre de la gauche plurielle entre 1997 et 2002, il avait réuni les différentes composantes de cette partie de l’échiquier politique. C’est aussi ce qu’avaient tenté de faire François Piquemal, le député insoumis arrivé en deuxième position à l’issue du premier tour des municipales à Toulouse (Haute-Garonne), et François Briançon, troisième à quelques points avec sa liste d’union de la gauche, en s’alliant pour ce second tour. Mais l’échec est rude avec un score largement à l’avantage du maire sortant Jean-Luc Moudenc (centre-droit).

Pourtant, dimanche soir, l’attente était plutôt joyeuse aux abords du Winger, le bar de la rue de Bayard où François Piquemal a donné rendez-vous à ses militants. Au fil de la soirée, une foule dense se formait alors que de nombreuses caméras étaient présentes pour voir si la quatrième ville de France pouvait élire un maire LFI.
« Une campagne de peur menée par la droite »
Rapidement, vers 20h30, les premières remontées de terrain et les scores de quelques bureaux de vote, plutôt favorables au maire sortant, font naître l’inquiétude. Les visages se tendent et tous sont rivés à leur téléphone, dans l’attente de nouvelles annonces. Et quand la victoire de Jean-Luc Moudenc se profile, c’est une « grosse claque » pour Julie-Marie, jeune enseignante installée à Toulouse depuis un an et demi, dont le compagnon dénonce « la campagne putassière » de l’entre-deux-tours pour expliquer ce résultat.
Dans l’après-midi, une ancienne députée PS de Haute-Garonne, favorable à l’union, nous confiait son inquiétude devant « la campagne de peur menée par la droite et les organisations patronales », qui avançaient le spectre d’un départ d’Airbus notamment. « Beaucoup d’amis, de socialistes, ne voulaient pas voter pour François Piquemal. J’avais du mal à leur faire comprendre que Toulouse n’allait pas s’effondrer », expliquait-elle.
« Pour moi, la gauche, maintenant, c’est LFI »
Pour beaucoup d’observateurs nationaux, l’échec de François Piquemal est bien la preuve que l’alliance de la gauche traditionnelle avec LFI n’est pas payante, même si elle a fonctionné à Lyon ou Grenoble, par exemple. Entre les deux tours, la liste d’union de la gauche a perdu 3 500 voix par rapport au total du premier tour quand le maire sortant en a gagné plus de 33 000 supplémentaires.
Dominique, une retraitée de 78 ans, ne pouvait cacher sa colère à la terrasse du Winger. Craignant de ne plus revoir la gauche au Capitole, elle fustigeait le comportement des électeurs socialistes qui se sont abstenus ou ont voté Moudenc. « Est-ce qu’ils sont de gauche ? Pour moi, la gauche, maintenant, c’est LFI, même si on dit que c’est extrême gauche. Il n’y a qu’à voir les propos de Delga… »
« Jean-Luc Moudenc pave la route à l’extrême droite »
Dans cette ville particulière qu’est Toulouse, où les élections nationales offrent une large avance à la gauche mais où la mairie est à droite presque sans interruption depuis plus de 50 ans, la réélection du maire confirme la tendance. Catherine Jeandel, qui avait lancé un appel pour l’union de la gauche avec 69 femmes toulousaines en juillet dernier, est abattue. « Si François Briançon était arrivé en tête de la gauche au premier tour, la gauche frileuse toulousaine ne se serait pas fait retourner par Moudenc. La peur des chars sur le Capitole a fonctionné, c’est incroyable. » Et d’ajouter que « Jean-Luc Moudenc n’est pas le maire de centre-droit que l’on décrit ». « Il a accueilli le collectif Némésis et Pierre-Édouard Stérin. Il pave la route à l’extrême droite. »
À l’issue de la soirée, François Piquemal reconnaissait sa défaite mais assurait que les élus de sa liste seraient « une opposition qui tient tête ». Soulignant le mouvement collectif qui était né de cette union d’entre-deux-tours, il martelait, convaincu : « Nous avons sept années pour créer les conditions d’une alternative. »















