Jean-Luc Bravo, 31 ans, vient d’être condamné pour « assassinat » et « tentative de meurtre suivie ou précédée d’un autre crime » à vingt-six ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de la Haute-Garonne. L’accusation avait requis trente ans de prison. Lors de la soirée du 1er juillet 2022, dans une maison de Saint-Orens-de-Gameville, aux portes de Toulouse, l’accusé a tué Marine de trente-deux coups de couteau ; puis il a grièvement blessé Lucas, qui voulait sauver sa compagne. Un double crime ultraviolent au mobile resté embrumé dans les silences de l’accusé.
Jean-Luc Bravo déplie une dernière fois ses longues jambes et s’approche du micro. « Je n’ai rien à dire », glisse cet accusé de 31 ans en réponse à la présidente Valérie Noël. Ultime chance, ultime silence. Pourtant, son avocate, Me Myriam Merzougi-Lafargue, dans le rôle délicat de « défendre l’indicible », vient de demander aux jurés « une peine qui ne soit pas vengeresse, pas une peine de colère ou de haine. Une peine, ça doit être juste ».
Juste, pour la défense, c’est écarter la préméditation. « Parce que dans ce dossier, elle s’appuie simplement sur des suppositions. Et les suppositions, ce ne sont pas des preuves », plaide l’avocate. Elle détaille et avance une autre explication à la longue marche effectuée le soir du crime, le 1er juillet 2022 : « En Martinique, faut marcher pour aller à l’école », à l’oubli du téléphone « simplement déchargé », des bijoux « écartés parce qu’enlevés la veille, lors du passage aux urgences », aux vêtements de rechange « pour aller travailler après la nuit chez Mégane » et même aux gants achetés pour une mission intérimaire. « Cette nuit-là, sur les bords de l’Hers, il faisait frais… » « Et puis si on prémédite, on pense à fuir. Jean-Luc n’a rien préparé ! »
La perpétuité écartée des réquisitions
Et si cet accusé parle peu, surtout pas du mobile, son avocate avance une explication : « Il voulait comprendre, échanger avec Marine parce qu’il avait peur pour Mégane. » Selon elle, lui qui est « très amoureux » cherche ainsi à protéger celle avec qui il partage sa vie depuis deux ans, « comme il a protégé sa mère, enfant ». La discussion a mal tourné. Me Merzougi-Lafargue ne l’excuse pas, pas davantage les coups portés à Lucas, mais pense que la violence de son client se trouve dans son enfance violente et carencée.
Seulement chez ce « faux calme », comme le décrit l’avocate générale Alice Gardair, mobilisé dans un mélange « de frustration, de colère, de jalousie » quand il part chez Marine, la préméditation « se retrouve dans chacun de ses gestes », prévient la représentante de l’accusation. Et elle souligne : « Il part et il ne prévient personne. S’il veut simplement discuter, pourquoi ce silence ? »

Pour cet accusé « enfermé dans son silence qui témoigne dès sa garde à vue d’un grand détachement par rapport aux faits. Comme lors de l’instruction et comme lors de son procès », Alice Gardair ne veut pas d’une peine « d’élimination sociale ». Elle écarte la perpétuité mais requiert 30 ans de réclusion avec deux tiers de sûreté et un suivi socio-judiciaire. « Une peine qui doit permettre aux parties civiles », dont elle cite chaque prénom, « de passer une étape dans leur deuil et vers leur reconstruction ».
La dignité des victimes
Me Ravyn Issa, pour la famille de Marine, et Me Martin Vatinel, pour Lucas et ses proches, abordent cette reconstruction avec la dignité dont ces familles ont fait preuve pendant les quatre jours de débats. Ces familles « qui ne peuvent rien oublier », comme l’indique, accroché à la barre, le père de Lucas. « Ces gens n’attendent pas une explication. Ils ont compris qu’ils n’auront droit qu’à un silence », prévient Me Issa. « Pour la mémoire de Marine, ils veulent simplement que l’on nomme leur malheur, un assassinat. »
Me Vatinel amène les jurés, toujours attentifs, dans « ce premier amour, si important ». « Avoir 20 ans, c’est le bonheur, c’est des projets, c’est une vie qui commence ». Une plaidoirie avec des sourires et une complicité avec Lucas, dont le visage traduit les bons souvenirs, pas celui « de la mort qui rôde ». « Vous devez faire en sorte qu’ils sortent de cette nuit, que l’angoisse devienne vie, pour Marine et pour Lucas ! »
Après moins de trois heures de délibéré, la cour d’assises condamne Jean-Luc Bravo à 26 années de réclusion criminelle et sept ans de suivi socio-judiciaire. Sur les bancs des victimes, il n’y a ni joie ni sourire, seulement de la dignité et des larmes, aussi.















