EXCLUSIF. La disparition de Sébastien Mégraud cache-t-elle un crime financier ? Vanessa, son ex-épouse, en est convaincue. Malgré des pistes contradictoires et une enquête classée en 2015. À la demande de son avocat, une nouvelle enquête est ouverte. Vanessa réclame justice et attend désormais la fin des investigations menées par la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse et la brigade de recherches de Muret.
« Le jour de sa disparition, Sébastien m’a avoué avoir remporté une importante somme d’argent. Assez pour se payer une maison, une nouvelle voiture et ne plus se préoccuper du quotidien. Sa mort n’a rien du hasard », martèle Vanessa. Sébastien Mégraud, son ex-mari, a subitement disparu le 12 mai 2013, avant d’être retrouvé sans vie dans les eaux de la Garonne le 1er juillet de la même année. Mais derrière ce qui fut initialement classé comme une noyade accidentelle, Vanessa voit l’ombre d’un crime financier. 12 ans après les faits, à la demande de son avocat Me Jacques Derieux, une nouvelle enquête pour homicide a été ouverte pour découvrir la vérité.
Dès le départ, Vanessa et ses filles n’ont jamais cru à la thèse de l’accident. « J’ai mené une longue enquête. Aujourd’hui, je crois savoir ce qu’il s’est passé. Et qui lui a fait du mal », assure l’ex-épouse de la victime. Ses investigations débutent dès le lendemain de la disparition, le 13 mai 2013. « Ce jour-là, je lui amène les filles avant l’école. Nous ne vivions plus ensemble mais il tenait à voir ses enfants. Sébastien, c’était comme mon frère après notre rupture. J’ai sonné plusieurs fois, sans réponse. Je suis revenue l’après-midi, toujours rien. Il s’était volatilisé », se remémore-t-elle.
Les multiples versions d’Alexandre
Face à l’insistance de Vanessa, le silence se brise enfin 3 jours après sa disparition. Un ami hébergé temporairement par Sébastien, que nous appellerons Alexandre, finit par livrer une version qui, très vite, va s’effriter. Il évoque une soirée au Casino de Salies-du-Salat où Sébastien, ivre, aurait dû être ramené de force chez lui. Pourtant, quelques jours plus tard, ce récit est contredit par les images de vidéosurveillance de l’établissement. On y voit Sébastien sobre, le crâne rasé – rendant matériellement impossible l’anecdote de l’ami prétendant l’avoir tiré par les cheveux – et entouré de cinq individus.

Au fil des mois, des pistes contradictoires sont avancées pour égarer Vanessa. Alexandre suggère même un suicide ou un départ précipité à Bordeaux. Des thèses qu’elle balaie d’un revers de main. Les gendarmes eux-mêmes ont écarté cette possibilité à l’époque en constatant que le scénario raconté ne tenait pas debout : « Il venait de gagner le gros lot. Qui se donne la mort après une telle chance ? » Cet argent est, pour elle, le pivot du dossier. Un ticket gagnant a d’ailleurs été encaissé par un habitant de la commune peu après la disparition.
» J’avais l’impression de me faire balader »
Ces éléments troublants ont été transmis à la gendarmerie de Cazères à l’époque, mais, faute de preuves suffisantes, l’affaire a été classée sans suite sans qu’aucune garde à vue n’ait eu lieu. Le médecin légiste a lui-même eu des difficultés à déterminer les causes de la mort. L’autopsie d’un corps qui a passé plus d’un mois dans la Garonne est techniquement très compliquée.

» J’avais l’impression de me faire balader. Qu’on ne souhaitait pas mener ce dossier au bout », se rappelle celle qui tenait une boutique de vêtements au cœur de Cazères. » Cette situation m’a usée mais j’ai tenu pour mes enfants », reconnaît la quadragénaire. Désormais représentée par Me Jacques Derieux, la famille mise sur l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire pour meurtre. « J’ai mes convictions et des éléments concrets. Maintenant, c’est à la justice d’enquêter. Nous avons besoin de savoir », conclut Vanessa avec détermination. Elle continue de se battre comme elle l’a toujours fait depuis 13 ans.



















