Connaissez-vous le métier de souffleur de verre scientifique ? Cette profession peu connue est exercée à Toulouse par Stéphane Foulon, qui travaille au service du CNRS au sein de l’Institut de chimie. Dans son atelier, cet artisan verrier crée des pièces uniques pour les besoins de la recherche. Rencontre.
Pour rencontrer Stéphane Foulon, il faut aller tout au bout d’un long couloir, au rez-de-chaussée de l’Institut de chimie de Toulouse, et pousser la porte de son atelier. Tous les scientifiques du laboratoire connaissent le chemin. Dans son antre, il chauffe, tourne et façonne le verre pour créer une rampe à vide, un ballon tricol ou toute autre pièce commandée spécifiquement pour mener des travaux de recherche. Discret, Stéphane Foulon est le seul souffleur de verre scientifique du CNRS, à Toulouse. Il exerce ce métier rare et peu connu depuis 39 ans.

Blouse blanche, lunettes de protection sur les yeux, Stéphane Foulon travaille le verre à la chaleur du chalumeau. Rien à voir avec un souffleur de verre à la canne qui fabrique ses mélanges ou fond des lingots au four avant de les cueillir au féret et de leur donner forme. « Je transforme le verre fabriqué industriellement, du pyrex, qui répond à nos exigences pour les expériences scientifiques. Il a l’avantage d’être transparent, d’avoir un faible coefficient de dilatation, de bien résister aux chocs thermiques et aux attaques chimiques », explique-t-il pendant qu’il façonne un couvercle de réacteur destiné à être posé sur une cuve. Ses créations sont uniques mais ne laissent pas la place à l’improvisation, elles doivent répondre aux attentes rigoureuses des chimistes.

« J’ai quelques cicatrices, les réparations peuvent être dangereuses »
Le travail démarre à partir de cannes en verre, longues de 1,5 mètres, aux diamètres différents et qu’il chauffe entre 800 et 1 200 degrés. « Pour fabriquer une rampe à vide, il me faut entre une journée et une journée et demie », précise encore Stéphane Foulon qui effectue aussi de nombreuses réparations. « C’est normal, beaucoup d’étudiants travaillent dans nos laboratoires, il y a parfois de la casse. De même je veille à rendre mes fabrications les plus solides possible pour les manipulations. Le verre n’est pas une science exacte mais je reconnais toutes les pièces que j’ai fabriquées, chaque souffleur de verre a son style ! On est un peu comme un musicien qui a passé beaucoup de temps à faire ses gammes », glisse-t-il. Ses mains aussi gardent les traces de son travail. « J’ai quelques cicatrices, oui. Les réparations peuvent être dangereuses, on risque de se couper, de se brûler s’il reste des produits toxiques à l’intérieur des pièces ».

Stéphane Foulon, 57 ans, a appris son métier à Paris, au lycée Dorian où il a décroché son brevet de technicien de souffleur de verre en 1988. Après quelques années où il exerce en entreprise, il finit par passer le concours de la fonction publique, pour un poste à Montpellier, avant de rejoindre le CNRS, à Toulouse, en 2008. « J’aime travailler ici, je vois mon matériel fonctionner, je rencontre beaucoup de gens, c’est moins fermé qu’en entreprise. Savoir que je suis aux côtés de chimistes qui permettent de faire avancer la recherche en cancérologie ou sur la maladie d’Alzheimer, ça me suffit comme motivation », déclare l’artisan verrier. Un de ses souhaits est de transmettre aux jeunes l’intérêt pour le métier de souffleur de verre. « Une fois les techniques apprises, on peut évoluer de façon très différente, du côté scientifique, comme du côté artistique, ça laisse plein de possibilités dans sa carrière ».
Rapidité d’exécution, coûts moins élevés
« L’Institut de chimie, ce sont 350 chercheurs permanents et de nombreux étudiants. Avoir un atelier de soufflage de verre, ici, à deux pas de nos laboratoires, c’est une chance extraordinaire. Ça nous permet d’avoir une rapidité d’exécution, des coûts moins élevés. Stéphane est un partenaire essentiel, à l’écoute de nos demandes, il est précieux pour toute la communauté scientifique », conclut Régis Laurent, chargé de recherche CNRS, directeur adjoint de l’Institut de chimie.


















