Malgré la centaine d’ours bruns présents dans les Pyrénées, une étude révèle une consanguinité alarmante. 90% de la population descend de seulement trois individus fondateurs, menaçant la survie de l’espèce si des mesures urgentes de renforcement génétique ne sont pas prises.
Dans les montagnes pyrénéennes, le retour de l’ours brun semble se confirmer avec près d’une centaine d’individus recensés aujourd’hui, contre seulement cinq en 1995. Mais derrière ces chiffres encourageants se cache une menace silencieuse : la consanguinité.
Une étude menée par le bureau d’analyse et d’expertise génomique LDgenX, commandée par l’association “Pays de l’Ours – Adet”, alerte sur la fragilité génétique de la population. « 90% des ours présents dans les Pyrénées descendent de seulement deux femelles et un mâle », indique le rapport. Cette fondation génétique extrêmement limitée a déjà triplé le taux de consanguinité en 20 ans. Sans intervention, il pourrait encore doubler dans les 20 prochaines années.
Les conséquences sont déjà visibles. Les oursons issus de lignées consanguines survivent moins bien et les portées sont plus petites : 1,56 ourson contre 2,37 oursons pour une portée moins consanguine. La diversité génétique étant réduite, l’espèce perd également de sa résilience face aux maladies, au dérèglement climatique ou aux changements de son habitat. Plus de la moitié des femelles reproductrices ont déjà un coefficient de consanguinité supérieur à 15%.
Des solutions pour éviter la dégénérescence de l’espèce
Face à cette situation, Pays de l’Ours – Adet demande des mesures concrètes pour sauver la population. L’association recommande notamment de remplacer rapidement les quatre ours morts de cause humaine en 2020 et 2021, de créer un “Comité Scientifique Ours” indépendant et de lancer un nouveau Plan national d’action incluant le lâcher de 30 ours supplémentaires d’ici 2040, avec une priorité aux femelles pour renforcer le brassage génétique.
Alain Reynes, directeur de l’association, alerte : « Nous ne pouvons plus fermer les yeux, il y a urgence à enrayer la consanguinité, au risque qu’elle devienne incontrôlable et durablement préjudiciable à la population d’ours brun. Il en est encore temps, mais l’inaction n’est plus une option. » Car; l’étude insiste sur la notion de “population efficace”, soit la proportion d’individus réellement impliqués dans la reproduction. Pour l’ours des Pyrénées, elle est estimée à seulement 10, loin des 50 recommandés par les experts internationaux pour assurer la viabilité d’une population.
Malgré des alertes répétées et plusieurs condamnations de l’État pour « carence fautive », les mesures de renforcement restent limitées. Pour l’association Pays de l’Ours – Adet, le prochain Plan national d’action, prévu dès 2026, sera crucial pour tenter de sauver l’ours brun dans les Pyrénées avant que la situation ne devienne irréversible.



















