« Je représente une liste citoyenne ». L’affirmation peut surprendre quand elle vient d’un candidat déjà bien identifié politiquement dans le territoire. Pour ces municipales 2026, l’inflation des candidats qui se réclament sans étiquette interroge.
Vous le remarquez sur leurs réseaux sociaux, leurs affiches, leurs façons de se présenter. Le nombre de listes ou candidats « sans étiquette », « apolitiques », « citoyennes » connait une inflation surprenante que les sociologues et politologues auront tôt fait de quantifier.
Responsable local d’un parti mais liste sans étiquette, c’est possible ?
Dans de nombreux ça, notamment dans les petites communes, force est de constater qu’expérimentés ou novices, les candidats sont effectivement souvent loin des appareils politiques. On ajoutera aussi que depuis les Gilets jaunes (2018), et un même un peu avant, un vent de démocratie participative souffle et que des gens, parfois impliqués dans l’associatif ou simples sympathisants d’un parti, s’engagent davantage dans la vie de la cité. Ces listes « vraiment » citoyennes ont fleuri un peu partout, à Foix (Ariège), Coufouleux (Tarn), Deyme ou Saint-Gaudens (Haute-Garonne). C’est aussi à Toulouse en 2020 l’exemple du collectif Archipel Citoyen, qui existe toujours mais dont les représentants élus se sont depuis davantage politisés et rangés en 2026, tantôt derrière l’Insoumis François Piquemal, tantôt derrière le socialiste François Briançon.
Mais cela pose plus question quand il s’agit de candidats expérimentés, à la carrière politique déjà longue. Ils s’appellent, entre autres exemples, Vincent Terrail-Novès à Balma (Haute-Garonne), Bernard Carayon à Lavaur (Tarn), Marc Péré à Castres (Tarn), Jean-Lou Lévi à Montauban (Tarn-et-Montauban). Ce sont des personnalités locales connues et reconnues, de droite ou de gauche, appartenant ou ayant appartenu à un parti. Le dernier préside même l’UDI dans le Tarn-et-Garonne. Toujours à Montauban, Jean-Philippe Labarre présente lui aussi une « liste citoyenne », sauf qu’il a parmi ses colistiers des cadres locaux de Renaissance, du Modem, et le président du PRG82 présenté d’ailleurs sur le site Internet de la liste comme « sapeur-pompier ». Malgré tout, ils insistent pour être présentés comme des candidats sans étiquette, parce que la plupart de leurs colistiers ne sont encartés dans aucun parti. Comme 98 à 99% des Français, du reste.
« Afficher un parti, c’est un fardeau plus qu’un bonus, il n’y a pas d’intérêt politique, vous ne gagnez pas d’électeurs, pire vous pouvez en perdre avec des logos comme Renaissance ou Les Républicains, voire LFI. Les Français ne veulent pas des partis, ils ne veulent pas de clivages« , analyse Paul Brounais fondateur de l’agence Deux Quatre et du Lab électoral qui accompagnent 60 candidats aux municipales partout en France dans leur stratégie de communication.
Le nuançage, quand l’Etat attribue au candidat et à la liste une couleur
On peut aussi citer l’exemple de Jean-Luc Moudenc, le maire sortant de Toulouse, qui a certes quitté les Républicains il y a trois ans et clame partout qu’il est un homme libre, sans étiquette. Mais il s’est entouré sur sa liste de membres d’Horizons, de Renaissance, de LR, du Parti radical, etc. En 2020, la préfecture l’avait classé « divers droite », ce sera probablement le cas aussi en 2026.
Car la préfecture a la main sur ce qu’on appelle le nuançage, très sérieusement régi par une circulaire ministérielle. Si aucun parti n’a officiellement investi un candidat, les services de l’Etat étudient de près qui est le candidat, comment il s’est positionné par le passé, ses engagements, ses déclarations, etc. Et de décider, à défaut d’un parti politique, de le classer sur une échelle : d’extrême gauche (EXG) à extrême droite (EXD), en passant par divers gauche/centre/droite (DVG/DVC/DVD) ou même divers (DIV) pour les inclassables, il y a 26 nuances individuelles en tout. Sans compter les nuances de listes où par exemple, « Union de la Gauche » définit une liste soutenue par des partis du bloc de gauche, dont au moins deux des partis suivants : Parti communiste Français, Parti socialiste, Les Écologistes.
Si le candidat est tout nouveau en politique, ou sans position explicite apparente sur des sujets de fond, il est effectivement classé sans étiquette. Ce nuançage ne concerne que les villes de plus de 3.500 habitants.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555



















