Jean-Luc Moudenc, le maire divers droite sortant de Toulouse, a remporté dimanche les élections municipales avec près de 54% des voix et plus de 13.000 voix d’écart sur son adversaire, le LFI François Piquemal allié au PS et aux écologistes. Son score assez large interroge. Qui sont ses électeurs ?
À ceux qui ont cru que la gauche pouvait reprendre le Capitole, à ceux qui ont imaginé qu’il pouvait se trouver en situation de faiblesse, le placide maire sortant de Toulouse a répondu par les urnes : 53,9% des voix au second tour, avec 13.200 voix de plus que son rival et 34.000 voix de plus qu’au premier tour. Ce n’est peut-être pas un triomphe, mais une victoire éclatante pour Jean-Luc Moudenc. Et une nouvelle preuve que son électorat puise au-delà des réservoirs classiques de la droite et du centre à Toulouse.
Encore des réserves pro-Moudenc parmi les abstentionnistes du premier tour
Prenons d’ores et déjà pour acquis qu’une large majorité des 10.400 voix de l’extrême droite au premier tour est partie vers Jean-Luc Moudenc au second tour. Il n’empêche il reste encore au moins 24.000 bulletins favorables à expliquer.
Deuxième élément pour justifier le succès de Jean-Luc Moudenc, la participation. Avec 62,5% au second tour en 2026 (contre 56,5% au premier tour), c’est cinq points de plus qu’en 2014 et plus de 17 points de plus qu’en 2020. Et à chaque fois, l’ex-LR nous fait le même coup, il parvient à détourner la participation à son avantage alors que tous les observateurs y voient au départ le signe de la mobilisation de l’électorat de gauche.
Géographiquement, cette hausse de six points de la participation entre les deux tours s’est répartie un peu partout sur la ville, et François Piquemal en a aussi profité. Dans les quartiers prioritaires largement acquis à sa cause, on observe aussi entre 5 et 8 points de participation en plus (Bellefontaine, Bagatelle, Izards).
Mais là où Jean-Luc Moudenc est plus fort encore, c’est qu’il a su faire déplacer son propre électorat en masse, encore plus que le 15 mars. À Lardenne, à la Roseraie, à Jean-Rieux, l’abstention est inférieure à 35%, parfois même à 25%, et le maire sortant engrange un maximum de voix dans de gros bureaux de vote. À l’école la Terrasse, où environ sept électeurs sur 10 sont venus voter, ils ont glissé un bulletin bleu sept fois sur dix. Mathématiquement, c’est un carton.
Moudenc ne prend pas les quartiers sensibles, mais il décroche certains quartiers populaires
Troisième élément qui se ressent avec la participation : la vague Moudenc, déjà ressentie le 15 mars, a déferlé très fort le 22 mars. Oui Jean-Luc Moudenc séduit les quartiers cossus, on enfonce une porte ouverte, et les quartiers richesvotent massivement. Il emporte avec lui toute le gros tiers est de la ville, depuis Croix-Daurade et la Roseraie jusqu’à Montaudran, en passant par Côte Pavée, Château de l’Hers et le Paleficat, avec entre 55% et 75% des suffrages. Il remporte aussi d’autres secteurs aisés, peuplés et hautement stratégiques : Lardenne (65% en moyenne), Saint-Simon (environ 63%), Pouvourville (59%) ou plus en ville, le très chic Busca (65%). Cela, personne ne le découvre, mais c’est encore plus fort qu’au premier tour.
Là où l’ancien président de France Urbaine réussit un tour de maître, c’est en raflant à la fois les vieux quartiers mixtes de Toulouse (Ancely/Casselardit, Sept-Deniers, Amidonniers, Ponts-Jumeaux) et certains quartiers populaires. Oui, les quartiers populaires. Car si le plébiscite pour François Piquemal au Grand Mirail et aux Izards est incontestable, l’Insoumis n’a pas réussi à renverser tous les quartiers modestes sans être sensibles, ceux où vit une population bigarrée aux faibles revenus, peu politisée, comme à Lalande ou à Soupetard. Jean-Luc Moudenc a en revanche bien perdu la rive gauche qui l’a vu grandir : de Bourassol aux allées Charles de Fitte, c’est la gauche qui passe.
Et même certains secteurs proches du Mirail ont préféré la droite à la gauche à l’image des bureaux de vote de la Cépière, et de Gironis-la Fourguette. Quant au centre-ville, situation contrastée avec des scores de la liste « Protégeons l’avenir de Toulouse » très élevés aux Carmes (68%), près de la place Dupuy (62%), tandis que la gauche s’approprie le quartier de la gare, de Bonnefoy jusqu’à Bayard.
Piquemal n’a pas convaincu tous les électeurs de gauche
Ce qui intrigue à Toulouse, c’est aussi que la gauche alliée au second tour ait convaincu moins d’électeurs que les deux gauches séparées au premier. 79.000 électeurs pour François Piquemal soutenu par le PS et EELV le 22 mars, 82.500 pour l’insoumis et le socialiste le 15 mars.
Plusieurs hypothèses concernant donc les électeurs de gauche : une majorité a voté pour la gauche unie, c’est une certitude puisque François Piquemal gagne tout de même 35.000 voix en une semaine, quand François Briançon pesait 39.000 voix au premier tour et les autres listes minoritaires de gauche environ 3.000 bulletins.
Mais il y a et ça n’est pas négligeable, les votes blancs ou nuls, symboles parfait du ni-ni. Ils sont 5.000 en tout au second tour, c’est deux fois et demi plus qu’au premier tour, et deux fois plus qu’il y a six ans lors du duel Moudenc/Maurice.
Une petite part de l’électorat de gauche a également peut-être choisi de s’abstenir, c’est toutefois une hypothèse basse vue la participation record. La dernière hypothèse, c’est celle d’un vote pour le maire divers droite. Ce qui paraissait difficile à imaginer et impossible à admettre pour les responsables de gauche et une partie des politistes s’impose comme une réalité inchiffrable précisément : peut-être 10, 15, voire 20% des voix de François Briançon sont allées directement à la droite. Sur les neuf bureaux de vote remportés le 15 mars sur 284 par le socialiste, trois ont basculé pour Jean-Luc Moudenc le 22 mars.
C’est le report du centre-gauche vers le centre-droit. Des sympathisants du PS, PRG, Place Publique, voire les 2.600 électeurs de Nouvel Air ces centriste écolos, qui ont préféré, pour certains en tout cas, donner leur voix à un maire sortant qu’ils voient comme un modéré, plutôt que de soutenir la France Insoumise. Le chiffon rouge agité par Jean-Luc Moudenc dès le lendemain du premier tour a incontestablement fonctionné, avec son leitmotiv « je veux faire barrer la route aux mélenchonistes ». Blanc, nul, absent ou vers la droite modérée, ainsi s’est matérialisé le dimanche 22 mars à Toulouse le vote de gauche anti-LFI. Même avec des appareils réconciliés, les électeurs de gauche ne sont pas tous réconciliables.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555













