Première Française à avoir gravi les 14 sommets de plus de 8 000 mètres, dont une grande partie après 45 ans, l’alpiniste franco-suisse Sophie Lavaud sera à Toulouse ce mardi 10 mars pour une soirée ciné-débat au cinéma Pathé Wilson. Au programme : la projection du documentaire Le Dernier Sommet, réalisé par François Damilano, suivie d’un échange avec la célèbre « Lady 8 000 », dans le cadre du mois de l’égalité femmes hommes.
Vous avez commencé l’alpinisme en 2004. Pourquoi cette date est-elle importante pour vous ?
C’est une date clé, car c’est l’année de ma première ascension du Mont-Blanc. Cette expérience a été le déclencheur de tout le reste. J’ai commencé tard, mais cette ascension m’a donné envie d’aller plus haut. Après le Mont-Blanc, j’ai tenté un 5 000 mètres, puis un 6 000, un 7 000… C’est ainsi qu’a commencé ma grande quête d’altitude.
Quand avez-vous décidé de vous lancer dans l’aventure des 14 sommets de plus de 8 000 mètres ?
Mon premier sommet de plus de 8 000 mètres, c’était en 2012. Je pensais que ce serait le dernier, mais en redescendant, j’ai eu envie de continuer. En 2014, j’ai gravi l’Everest avec François Damilano, et c’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne voulais pas m’arrêter. En 2015, j’ai quitté mon emploi pour me consacrer entièrement à cette aventure un peu folle : les 14 sommets de plus de 8 000 mètres.

Pourquoi cette quête est-elle devenue si essentielle pour vous ?
C’était une quête personnelle, un défi intérieur. J’ai mis le doigt dans le pot de confiture, comme on dit, et je n’ai plus pu m’arrêter. Au début, je prenais les expéditions une par une, sans me projeter trop loin. Je doutais souvent de mes capacités, mais l’envie de continuer était plus forte.
On évoque souvent votre âge dans les médias (57 ans). Est-ce un obstacle ou un atout ?
La preuve que ce n’est pas un obstacle : j’ai réussi ! La vie, c’est une question de timing. Pour moi, c’était le bon moment. Mon expérience professionnelle m’a beaucoup aidée à gérer les aspects logistiques, financiers et humains de ces expéditions.
Comment avez-vous financé ces onze années d’expéditions ?
Les sponsors ont été essentiels, bien sûr, mais je vis aussi grâce aux conférences que je donne en entreprise. J’y parle de mes expériences en montagne et des parallèles avec le monde du travail : la gestion du risque, la cohésion d’équipe, la persévérance.

Quelle a été l’ascension la plus difficile ?
Le K2, sans hésitation. C’est une montagne extrême : éloignée, dangereuse, très engagée. L’Annapurna est redoutable aussi, mais le K2 cumule tous les superlatifs.
Et celle qui vous a le plus marquée ?
Chaque sommet m’a transformée. L’Everest reste un moment fort, bien sûr. Le tremblement de terre de 2015 au Népal a été une épreuve terrible. Et le Dhaulagiri, que j’ai tenté quatre fois avant de réussir, a été une leçon de persévérance. J’ai perdu ma mère pendant cette période, ce qui a rendu cette réussite encore plus symbolique.
Vous avez aussi perdu des compagnons de cordée. Cela a-t-il influencé votre décision d’arrêter les 8 000 ?
Oui, clairement. Trop de disparitions. C’est une des raisons principales pour lesquelles j’ai décidé d’arrêter à 8 000 mètres.
Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Je continue à grimper, mais différemment. Je participe à un projet de sciences participatives sur les glaciers, en collaboration avec l’École polytechnique de Lausanne et NatureMetrics. Nous collectons des échantillons de glace sur les six continents afin d’analyser la biodiversité microbienne et de sensibiliser aux effets du réchauffement climatique. J’ai déjà travaillé au Pérou et au Népal, et cette année, je pars au Canada, en Inde et en Océanie.
Qu’est-ce que l’alpinisme vous a appris ?
À oser. Quand on a un rêve, il faut se donner les moyens d’essayer, pour ne pas avoir de regrets. Les femmes se mettent souvent plus de barrières, alors je leur dis : osez ! L’himalayisme reste une niche, mais il est accessible à celles qui s’en donnent la peine.
Quel message transmettez-vous lors de vos conférences ?
Que la réussite est toujours collective. En Himalaya, seule, je ne vais nulle part. C’est la complémentarité des compétences qui fait la force d’une équipe. Je parle souvent de « followership », l’art de savoir suivre, pour valoriser le rôle de chacun, notamment celui des Sherpas.
Le film sur votre parcours, réalisé par François Damilano, a un ton très personnel. Lui-même se met beaucoup en scène. Comment avez-vous vécu cette approche ?
C’est notre troisième film ensemble. Je lui fais entièrement confiance. C’est un choix artistique validé par Canal +, qui voulait un format grand public et didactique. Le film a déjà reçu plus de dix prix en festival, donc le pari est réussi.
Vous serez à Toulouse pour présenter le film. Avez-vous un lien particulier avec la ville ?
Pas vraiment, si ce n’est un petit-cousin que je verrai demain. Et une amie, Vanessa Morales, avec qui j’ai partagé l’expédition à l’Annapurna. On se retrouvera sûrement pour parler de futurs projets.



















